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rante-cinq kilomètres à la rive du Jourdain, — 246 mètres; remonter en quarante kilomètres au rebord de la falaise, -h 376 mètres; atteindre enfin le plateau de Deraa à -f- 530 mètres d'altitude : le problème était déjà ardu; sur l'autre rive du Jourdain, les gorges et les fureurs du Yarmouk le compliquèrent encore. Le lit de cette rivière impétueuse offrait la seule ouverture dans la falaise : coupure profonde et longue, mais sinueuse et de moins en moins large, entre des berges abruptes et éboulantes, sous la menace quotidienne d'orages et de crues soudaines ; 400 mètres de pente sur vingt kilomètres de parcours Cet embranchement Khaïfa-Deraa a coûté sept ou huit fois plus cher que la moyenne du chemin de fer sacré. Abd-uI-Hamid et ses ingénieurs allemands ont cru pourtant faire une excellente acquisition : ils tenaient à s'affranchir de la société française Beyrouih'Damas-Hauran et à posséder un débarcadère sur la Méditerranée, pour la fourniture du matériel durant la construction, pour le transport des pèlerins après l'achèvement. En outre, cet embranchement Khaïfa-Deraa pourra donner bientôt de gros bénéfices. Ce sont les blés du Hauran qui assuraient son meilleur fret à la ligne française Beyrouth-Damas : désormais, la ligne khalifale Damas-Deraa-Khaïfa offre à ces blés un parcours plus rapide et beaucoup moins coûteux.

Les deux voies, française et khalifale, laissent le DjebeUHauran à quelque dix lieues dans l'est; les chameaux doivent descendre jusqu'aux stations; le

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projet anglais Khaïfa-Damas avait prévu un embranchement vers les ruines de Tancienne capitale Bosra, qui, juste au pied du Hauran, redevient un marché de céréales; sûrement les ingénieurs d'Abd-ul-Hamid pousseront tôt ou tard leurs rails de ce côté. En attendant, les chameaux ont une égale facilité à descendre vers la station française de Mzerib ou la station khalifale de Deraa : elles sont à quelques kilomètres Tune de Tautré, et même Deraa est un peu plus proche du pays druze. Mais, de Mzerib à Beyrouth par Damas, 248 kilomètres de rails français ; de Deraa à Khaïfa, 123 kilomètres seulement de rails khalifaux. Même en l'absence d'une voie ferrée, les caravanes préféraient déjà cette descente plus courte vers la mer. MM. N. Verney et G. Dambmann écrivaient en 1899 :

Le Hauran est le grenier de la Syrie ; son terrain volcanique est très fertile à cause de son humus rouge et de ses débris de laves. Le climat, très doux en hiver, permet d'abondantes récoltes. Les Bédouins et les Druses cultivent presque sans peine d'immenses quantités de céréales. D'après Vital Cuinet, la production annuelle du Hauran est évaluée à 16 000 tonnes de blé, 170 000 tonnes d'orge, 150 000 tonnes de maïs, 96 000 tonnes d'autres produits, soit une valeur totale de 84 millions de francs.

L'exportation qu'on évalue à 190 000 tonnes consiste surtout en blé ; l'orge et le maïs sont en plus grande partie consommés sur place : les 3 douzièmes de la récolte vont à Damas, les 8 douzièmes à Kaïfa et Saint-Jean-d'Acre; le douzième restant se partage entre le Liban et les localitt^s de l'intérieur. A l'époque de la récolte, quatre ou six mille chameaux par jour se dirigent sur une ligne droite vers la côte, c'est-à-dire vers Kaïfa et Saint-Jean-d'Acre. La

UQ chameau étant de 200 àS50 kilogrammes, le nsporlé est de 1 million à 1 200 000 kilogrammes , Les caravanes forment souvent des trains de neaux attachés l'un à l'autre. Pour le chemin de lUth-Damas-Hauran, celte concurrence a été beaus redoutable qu'on ne l'aurait cru. La Compagnie qu'elle aurait au moins le trafic suivant :

tonnes annuellement transportées sur la route de Beyrouth, à 30 centimes par tonne kilométrique : rancs; — 23000 tonnes habituellement amenées an à Damas : 368 000 francs; — 70 000 tonnes

à l'exportatioQ du Hauran vers Khaîfa et Saintcre : 1 750 000 francs.

aluations n'avaient rien d'exagéré ; or, les résulbien inférieurs : la Compagnie n'a transporté ment que de 80 à 90 000 tonnes.

I a été abaissé de 27 à 20 centimes la tonne kilo- 1. 11 importerait de le réduire encore pour déracioncurrence des chameliers. Malheureusement la

même de la ligne empêche cet abaissement :

de la crémaillère, qui peut convenir au transport ;em-s, devient tout à fait incommode et dispendieux marchandises.

stème de la crémaillère avait semblé iaévi- 3eyrouth est au niveau de la mer et Damas à très d'altitude; dans l'intervalle, le col du si à 1 487 mètres, le fond de la Beqaa (la Syrie des Anciens) à 900 mètres et le col de l'Anti- . 1400 mètres; trente-cinq kilomètres seuleparent du rivage le premier col. Aux dépenses rand tunnel entre la penlc maritime et la on a préféré les ennuis de la crémaillère ; mais ur de ce parcours est telle que les locomotives . aujourd'hui onze heures de Beyrouth à

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Damas; les diligences autrefois n'en mettaient que treize...

Suivant la pente naturelle et les habitudes déjà prises, il semble donc que les blés hauranais vont continuer de couler vers Khaïfa pour le bénéfice de la ligne khalifale. Sur ce parcours, le plateau du Djolan, la falaise du Ghaur et la vallée de Tibériade sont une autre région de céréales, dont les Anglais avaient commencé l'exploration : les fantaisies des Bédouins en ont fait une terre inconnue ; sa fertilité, malgré Tanarchie nomade, est prouvée par les files de chameaux qui apportent la récolte à Saint-Jeand'Acre. A ces blés du Ghaur et du Hauran, il faut ajouter les produits des mines et carrières, riches et nombreuses en ces terres volcaniques, les bitumes d'Hasbeya, au pied de l'Hermon, et d'Ain-Geddi sur la mer Morte, les produits chimiques à extraire de ces eaux saturées, les minerais de fer partout répandus, mais particulièrement purs dans l'Adjiloun et le Hauran, la houille et le pétrole d'Adjiloun, le sel de la Montagne de Sodome, les pierres meulières, le soufre, etc. Une entreprise surtout promet à la ligne un bel avenir. Au bord du Jourdain, à quelque dix kilomètres au nord de la mer Morte, les gisements phosphatiers d'Amman-es-Salt n'auraient besoin que d'un embranchement de cent kilomètres (en plaine) pour être reliés à la ligne principale : leurs phosphates, à deux cents kilomètres de rail du port de Khaïfa, feraient avantageusement concurrence à nos phosphates tunisiens.

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ngénieurs pensent aussi à l'exploitation des naturelles ou à la construciion d'écluses dans Jourdain cascadeur :

irdain a 190 kilomètres de longueur entre sa lans le Liban ( + 660 mètres d'altitude) et son eme dans la mer Morte ( ~ 396 mètres). De sa source ouleh, sur 50 kilomètres, la différence de niveau 58 mètres, soit 13 mètres par kiiomèire. Du lac lu lac de Tibériade, la difTérence d'altitude est de res pour 20 kilomètres, soit 12 mètres par kilolu lac de Tibêriale à la mer Morte, 100 kilomètres la chute n'ei^t plus que de 136 mètres; mais le is'enfoncetrès rapidement : à 10 kilomètres du lac, . fait une chute de 50 mètres; il y a là une situaprésente plus d'une analogie avec celle du Rhône

eulscher Palàslina Verein est déjà propriétaire 3 environs de Tibériade. Avec ses chutes, ses ses sources thermales, ses tièdes eaux poisîcs, sa renommée évangélique et son doux cette vallée de Tibériade a depuis longtemps es prospecteurs allemands. Ils ont exploré s domaines de Sa Majesté dans la basse vallée rdain, autour de Beisan et de Jéricho : d'iraterrains de parcours, qui servaient aux troules nomades, ont été annexés au domaine de Civile.

irdain s'enfonce ; la vallée s'élargit à partir de Beiresserre à Damch et s'élargit ensuite jusqu'^ la

emey et G. Dainbmaan, Le> Piusianfei, etc., p. i35-i3T.

mer Morte. Le fleuve s'est creusé un lit bordé par deux terrasses superposées. Ces terrasses sont couvertes d'arbrisseaux, tamaris, lauriers-roses, saules, etc. : c'est un impénétrable fourré, une véritable forêt vierge au cœur de la Palestine. Les productions sont celles des tropiques; la canne à sucre y était cultivée au temps des croisades. Toute la région du Ghaur entre le lac de Tibériade et la mer Morte a été déclarée récemment propriété de la Liste Civile : la culture de la canne, qui donne de si brillants résultats en Egypte, pourrait y être introduite; le coton y donnerait d'abondantes récoltes et les forces motrices de la région serviraient à la fabrication de cotonnades bon marché *.

A calculer au minimum les chances d'avenir de cette région, on se demanderait comment les Anglais ont pu la livrer au monopole des Allemands, si l'on ne savait quelle imprévoyance du lendemain et quelle ignorance du passé conduisent parfois la diplomatie de Londres, si habile et si prompte aux combinaisons du jour. Ce golfe de Khaïfa et de Saint-Jean-d'Acre a toujours été l'entrée de la Palestine pour les conquérants ou les commerçants qui venaient de la Méditerranée : c'est ici que se décida le sort de toutes les Croisades; vingt sièges ont rendu Saint-Jean-d'Acre fameuse dans Thistoire des guerres. Aux cheikhs et émirs syriens en quête d'un empire national, cette ville apparut toujours comme le centre indispensable : depuis le druze Fakhr-ed-Din au xvii* siècle jusqu'à Dhaher et Djezzar-le-Boucher au xix% tous les vassaux ou fonctionnaires de la Porte, qui son-

1. N. Verney et G. Dambmann, Les Puissances, etc., p. 435-437.

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, k la révolte, mirent d'abord garnison en cette !sse, qui leur donnait la libre communication >s fournisseurs chrétiens d'armes et de navires. lean-d'Acre garde aussi la route terrestre

suivie tous les conquérants de l'Asie et de te, les Pharaons du xx' siècle avant notre imme Bonaparte et Mehemet-Ali. Si Alexandre it sans bataille la vallée du Nil, c'est qu'il avait

d'abord la Saini-Jean-d'Acre de son temps, e projet levantin do Bonaparte échoua devant heureuse bicoque, dont les Turcs aujourd'hui uent de surveiller jalousement les remparts.

batailles pour l'empire du monde se sont livrées e pays de Mageddo et du mont Thabor... ttilà le pays que, de gaîté de cœur, Londres abanaux Allemands, Londres maîtresse de l'Egypte 'espondanle de la Syrie ! Gabriel Charmes, dont it de vingt-cinq ans la plupart des prophéties it réalisées, écrivait en 1881 (son volume post-

Voyage en Syrie, ne fut publié qu'en 1889) :

ouvelle politique de M. de Bismarck, se faisantl'al' la Turquie pour être plus maître de disposer de ses Iles, aura très probablement un contre-coup en Étant à Coastanlinople, je causais avec un pacha, isé, de la situation de son pays. Comme je lui disais .'avait rien à craindre de l'Allemagne, que l'Alle- I était l'amie de la Turquie et voulait la conserver : me répondit-il, elle veut la conserver comme un objet ige ». Le mot est aussi juste que joli. Mais peut-être lagne ne songe-t-elie pas a échanger toute la Turms en prendre pour elle-même aucun morceau. Au

reste cet échange ne se ferait avec un grand profit qu'à la condition que le « courtier honnête » eût des droits sur tous les points essentiels du pays à partager. GaïfTa est un de ces points. Par sa position maritime, commerciale etmili< taire, il peut être regardé comme une des portes de TÉgypte et de la Syrie.

Depuis le xvii* siècle, Damas était une sorte de fief anglais. M0me à la période la plus florissante de Tinfluence française, notre commerce et nos missions semblaient abandonner aux Anglais ce bazar de TArabie : nous nous contentions d'Alep, du Liban et des Échelles. Aujourd'hui, les consuls britanniques déplorent la décadence du trafic anglais à Damas, l'invasion des produits allemands.

On dit que les financiers de Berlin se proposent d'acheter à la Liste Civile les terres du Ghaur : bien entendu, ils forceraient le Sultan d'en accepter le prix en fournitures militaires et de tolérer sur cette terre allemande des colonies semi-autonomes qui prolongeraient vers l'hinterland les établissements de Khaïfa, de Césarée et de Nazareth. L'un des fondateurs de l'Allemagne nouvelle, de Moltke, rêvait en sa jeunesse la constitution d'une principauté de Palestine, protégée ou administrée par la Confédération germanique, — la rentrée dans l'Empire du royaume de Jérusalem. Et Guillaume II a un pieux devoir envers ces Hohenstaufen, dont il se plaît à restaurer la politique méditerranéenne. Le vieux Barberousse étant mort sur le chemin de la croisade, son fils résolut de l'inhumer en Terre Sainte. Il

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ievanl Saint-Jean -d'Acre qu'il assiégea, te survint; il mourut; les Allemands perage; à la hât«, avant de partir, ils enterère et le fils dans les sables du rivage.

et rendre à rAllemagne les cendres de e! Si Frédéric II, le dernier des grands ten, le « maître de la terre et de la mer », suite recevoir la couronne de Jérusalem, e devoir, c'est que peut-être le Ciel l'a champion de la Wellpolilik : Guillaume II îarberousse !

En même temps que l'embranchement Khaïfa- Deraa (124 kilomètres), la troisième section de la ligne khalifale était achevée entre Amman et Maan : le t" septembre 1904, pour le vingt-huitième anniversaire du règne, une commission de personnages 1res décorés, sous la présidence de l'ancien ministre des AfTaires étrangères, Turkhan-pacha, venait inaugurer tout le tronçon Damas-Maan, — quatre cent cinquante kilomètres, — le quart environ de la ligne entière du Hedjaz.

Entre Amman et Maan, le plateau transjordanien continue la haute plaine de Damas : mêmes steppes dévastées par les Bédouins et coupées de torrents furieux; mêmes ruines nabatécnnes, romaines, byzantines et mêmes possibiHtés de retour à la vie sédentaire, quand des postes de police et des colonies agricoles auront bordé la voie : h Les fils de Ruben et les fils de Gad, — nous disent les Nombres (xxîtn), — vinrent trouver Mo'fse et lui dirent : Ce paya est un lieu propre pour les troupeaux, et les

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iteurs ont des troupeaux... Les fils de Gad bâti- Dibon, Atharoth, Aroër, Jogbeha, Belh-Nimra, i-Haram, etc., villes fortes, et ils firent des parcs r les troupeaux. Et les fils de Ruben bâtirent bon, Eléalé, Kiriathaïm, Nebo, Baal-Méon et na... »

près le^ Juifs ou leurs cousins de Moab, les Grecs, lains et Byzantins, cultivèrent ce pays fertile, i lard, rejetant au désert la vague bédouine qui lit recouvert, les Croisés voulurent en faire le levard avancé de leur royaume de Jérusalena : ni les troupeaux innombrables des nomades 3S moissons de quelques villages chrétiens, se sent encore les forteresses que Renaud de Chân dérendil contre Saladin. La ville de Kérak a sisté avec sa population d'Arabes catholiques ; i son château féodal, le Sultan vient d'installer t mille hommes de garnison, y a douze ans à peine, le pays était indépendant : hefs locaux avaient toute liberté de détrousser oyageurset de se faire entre eux la guerre; les las et même les batailles rangées étaient quolinés; en 1894, un cheikh du désert, Mohammed , écrivait à Pierre Loti : « Au nom d'Allah qui est , et pas au nom du Sultan de Stamboul qui n'est ». Au même Pierre Loti, le caïmacam turc, nourment installé à Akabah, déclarait : » AlleràPétra? on n'y va plus. Depuis un an l'Egypte a cédé ce toire à la Turquie et il faudrait une autorisation >acha de la Mecque, de qui relève à présent ce

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désert. D'ailleurs ce serait trop dangereux pour vous, car les tribus sont révoltées dans le nord ; on se bat du côté de Kérak, et le gouvernement vient de diriger sur ce point trois mille réguliers de Damas. » — « Personne au Caire (ajoute Pierre Loti), pas même les aimables pachas qui avaient bien voulu s'inquiéter de notre voyage, ne nous avait dit que Pétra dépendait maintenant de la Turquie '. »

Jusqu'aux firmans de 1892, en effet, la frontière turco-égyptienne était si peu fixée que les cheikhs de Pétra revendiquaient la protection tour à tour de Stamboul ou du Caire : les Anglais ont abandonné au Sultan ce golfe d'Akabah, qui, appartenant à rÉgypte, leur tenait l'entrée de l'Arabie, comme ils ont abandonné le golfe de Khaïfa, qui leur tenait l'entrée de la Syrie à l'autre bout de la route... Étrange diplomatie!...

Le voisinage de la ligne ferrée et la présence de quelques soldats turcs repeuplent ce désert. Une tribu de Bédouins chrétiens, les Azézats, rebâtissant la ville de Madéba, retrouvent dans les mosaïques de leur église la carte de la Syrie byzantine. Les ruines de Dibon, où, solitaire, la stèle du roi Mésa, contemporain d'Achab (950 av. J.-C), se dressait, il y a quarante ans, pour rappeler la gloire de Kamos et de Moab, abritent des colonies de Tcherkesses et de Syriens. Le mont Nébo, d'où Moïse contempla la Terre Promise, se replante de vignes. Le grand

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