‹ Le sultan, l'islam et les puissancesChapitre 29 sur 71 · Voir là-dessus N. Varney et G. Dambmann, p. 21 et · texte numérisé non relu

Voir là-dessus N. Varney et G. Dambmann, p. 21 et

i84 . LE SULTAN ET L'ISLAM

plus travailleuses et plus honnêtement pacifiques. Aucune ne semble moins atteinte par les tares de l'esclavage turc. Au xvn® siècle déjà, un émir druze, Fakr-ed-Din, ayant constitué une principauté autonome autour de Tyr et de Saint- Jean-d'Acre / était entré dans Tintimité des marines chrétiennes : menacé par les Turcs, il s'était réfugié à la cour des Médicis. C'est à Londres aujourd'hui que se réfugient les patriotes et libéraux druzes.

A l'occasion de la guerre turco-grecque, une amnistie a ramené les cheikhs dans le Hauran. La paix est rétablie entre le Sultan et ces sujets nominaux. Certains voyageurs vantent les bienfaits du régime inauguré par l'intelligence du pacha de Damas'; dans quelques années, quand les chemins de fer et la fréquentation des Européens auront achevé d'éveiller en ce peuple la conscience de ses intérêts, nous verrons si les bienfaits du « bon » pacha suffisent à écarter les « mauvais » conseillers.

Tyrannie turco-allemande ; agitation syro-anglaise ; prédominance du khalifat ; révolte de l'Arabie : à quoi finalement servira le chemin de fer sacré? — A rien peut-être, comme beaucoup de choses dans l'empire turc et comme tous les chemins de fer, en particulier, que les Turcs ont voulu construire ou exploiter eux-mêmes. Entre Moudania et Brousse, entre Haidar-pacha et Ismid, à quoi servirent les lignes otto-

2. Voir R. Dussaud et F. Maclerc, Mission en Syrie, p. 40 et suivantes.

mânes? à préparer l'installation de sociétés françaises ou allemandes.

On ne saurait trop admirer la rapide énergie, la stricte économie, la patience, Tendurance, biref toutes les qualités et les vertus que les ingénieurs d'Abdul-Hamid ont déployées dans la construction : il était impossible d'aller plus vite et de dépenser moins, de mieux surmonter tant de difficultés naturelles et humaines. Mais, au bout du compte, ces articles allemands, qui ne coûtent presque rien, ne valent aussi que ce qu'ils ont coûté : à Tachât, ils ont belle mine ; à l'user, on constate toujours que « l'on en a pour son argent ». Que deviendront ces voies posées à la hâte, ces ouvrages sans fondations, ces remblais à la volée, ces tranchées aussi étroites du haut que du bas, toute cette infrastructure dont les visiteurs signalent l'inachèvement ou la solidité provisoire?

On avoue que, durant l'affaire de Tabah, une mobilisation hâtive ayant poussé vers Maan les troupes de Damas et quelque artillerie, les trains, non pas express, mais seulement accélérés, causèrent un si grand dommage qu'il fallut interrompre la circulation, redresser ou changer rails et traverses. On n'avoue pas que de graves accidents coûtèrent la vie à plusieurs escouades et mirent aux mains des Bédouins plusieurs wagons de munitions.

Sur le plateau désertique, ces mécomptes peuvent être facilement réparés. Mais entre Khaïfa et Deraa, dans la traversée du Ghaur et surtout dans les gorges du Yarmouk, les visiteurs déclarent que les tran-

chées allemandes ressemblent trop fâcheusement à ce canal de Kiel, dont les berges éboulent à chaque battement d'hélice. Les ingénieurs d'Abd-ul-Hamid ont tout calculé au plus juste, ouverture des tranchées, rayon des courbes, pentes des talus, crues de la rivière, trombes des orages ; au premier « imprévu », il semble que la section Ghaur-Deraa sera hors d'usage : en ces gorges déboisées, sous les déluges de ce ciel capricieux, Timprévu étant presque la règle, une inspection vigilante et un entretien presque aussi coûteux que la construction même seront nécessaires. Les Turcs sont-ils capables d'un tel effort?

Lancer deux mille ou deux mille cinq cents kilomètres de rails à travers la steppe et le désert n'est plus aujourd'hui le travail d'Hercule que nos pères admiraient dans l'œuvre d'Annenkoff ; mais les tenir en état, les pourvoir de matériel, leur faire rendre un revenu qui couvre au moins les frais, tirer des wagons, des machines, des constructions un bon service sans les mettre hors d'usage, bref, exploiter est une œuvre bien plus difficile; les Turcs ont beaucoup semé dans leur empire; depuis les réformes de Mahmoud, ils tâchent même de semer à l'européenne; mais toujours ils ont mangé « à la turque », en herbe... Le consul anglais de Damas écrit qu'à la fin de 1906, 17 locomotives sur 38 sont endommagées, 7 hors d'usage et, sur 375 wagons, 125 sont ainsi hors de service *. Un peu dégoûtés de cette came-

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