Diplomatie and consular ReportSy n
VERS LA MECQUE ET L'EGYPTE iSl
lote allemande, les Turcs viennent de commander 260 tonnes de matériel ^n Angleterre.
Sur les rendements de ce chemin de fer, Abd-ul- Hamid se fait peut-être des illusions : il prévoit des milliers de pèlerins, 200000 au moins chaque année. Les moyennes des années dernières l'ont induit en des calculs trompeurs; il a vu défiler à Constantinople un nombre de hadjis beaucoup plus grand : mais ce sont des causes temporaires qui produisaient cette augmentation. Le consul anglais de Constantinople écrivait en 1902 :
Un trait pittoresque de l'hiver dernier fut la multitude de pèlerins traversant Gonstantinople dans leur voyage de l'Asie Centrale vers la Mecque. L'année musulmane, étant une année lunaire, est plus courte de onze jours que la nôtre, et le mois du pèlerinage fait le tour de notre calendrier. Il tombe maintenant en hiver, en une saison moins dangereuse pour le voyage en Arabie, et cette date, combinée avec les facilités qu'accorde le gouvernement russe, expHque l'augmentation des pèlerins : 4720 en 1899- 1900, 11 650 en 1900-1901, il étaient 21 250 en 1901-1902, dont 18 000 sujets russes, — Tartares, Cosaques, Circassiens, habitants de Bokhara, de Kachgar, du Daghestan et du Turkestan, — 2 500 Persans et le reste Turcs. Ils furent embarqués sur dix-huit vapeurs qui s'en allaient directement à Djeddah et sur les paquebots réguliers d'Alexandrie et de Suez *.
Supposons achevées toutes les lignes qui peuvent rabattre vers Damas les Persans, les Afghans, les Sartes, les Turcs et les Arabes ; admettons aussi que
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rislam méditerranéen prendra la route de Khaïfa, et rislam d'Egypte, celle d'Akabah : tous ces fidèles du Prophète, — qui recommande de faire le pèlerinage à pied ou à chameau, — adopteront-ils les wagons du Khalife? On lisait dans le Temps du 18 août 1906 :
Osman pacha, gouverneur de Médine et cheikh-ul-harerriy télégraphie à Izzet pacha, chambellan du sultan, que rapproche de la ligne ferrée du Hedjaz vers Médine provoque la joie des habitants de cette ville. Les commerçants ainsi que les voyageurs utilisent déjà cette voie, qui leur assure une économie dans leurs frais de voyage. Dernièrement, les autorités de Médine ont décidé de faire bénéficier les pèlerins de cette facilité, en leur recommandant de voyager par cette voie. A cet efTet, tous les guider de pèlerins furent convoqués sous la présidence de leur cheikh.
D'autre part, la ligne ferrée de Damas devant être prolongée jusqu'à Alep avant l'époque du pèlerinage, les pèlerins venant de cette province ainsi que du Kurdistan, de Diarbékir, de Mossoul, de Bagdad et de la Syrie, qui se rendaient jusqu'ici aux Lieux Saints par caravane, pourraient, à partir d'Alep, voyager en chemin de fer. Osman pacha démontre donc la nécessité de faire recommander aux pèlerins, par les autorités provinciales, de prendre comme moyen de transport la ligne ferrée.
Par caravane, le hadj est une entreprise pénible et dangereuse ; le plus mauvais wagon et la plus lente locomotive économiseront beaucoup de temps et de souffrances. Mais la majorité des pèlerins sont de très pauvres gens qui mendient leur pain sur les routes syriennes : de combien d'entre eux pourra-t-on exiger le prix qu*il faudrait, si Ton veut couvrir seulement la dépense de charbon sur ce trajet de 1 800 kilomètres?
Et cette clientèle, affluant la même semaine, nécessitera un matériel énorme qui dormira le reste de Tannée. L'autre fret de la ligne ^ — les blés du Hauran et du Djolan, — affluera pareillement à la saison de la récolte; durant des mois, les trains devront circuler à vide, à travers ce pays déshabité. En supposant que pèlerins et blé suffisent en quelques semaines à alimenter le budget annuel, aucun chemin de fer dans le monde n'aura besoin d'une gestion plus prévoyante, plus stricte, plus honnête. Si les Turcs en viennent à bout, il faudra ne plus désespérer du maintien de leur empire..
Mais déjà la question est ouverte : la ligne une fois construite par des ingénieurs allemands, un directeur français et des contremaîtres européens, à qui reviendra tôt ou tard l'exploitation? sous un nom ou sous un autre, à quels financiers ou à quels administrateurs Abd-ul-Hamid concédera-t-il la ferme de cette périlleuse entreprise? Les usines de Stamboul n'ont pas pu fournir le gros matériel ; les bureaux de Stamboul pourront moins encore fournir le haut personnel. Le Khalife s'entêtera peut-être quelques années à garder aux seuls musulmans l'administration de ce chemin de fer sacré; mais le Sultan, à chaque exercice, verra que 1 800 kilomètres de rails, plusieurs centaines de locomotives et quelques milliers de w^agons coûtent plus cher que chevaux à l'écurie; au bout du compte, il faudra pour cette ligne du Hedjaz, comme pour la ligne de Brousse et la ligne d'Ismid, recourir à l'honnêteté et à l'habileté européennes.
Que les Allemands demandent cette concession et que le Sultan, volontairement ou la main forcée, incline encore à les satisfaire, rien n'est plus vraisemblable. Mais que les Anglais, après Tincident de Tabah, tolèrent cette installation de l'Allemagne aux abords du Canal, rien n'est plus douteux : Guillaume II aurait, grâce aux Bédouins, quelques trop belles occasions de suivre les conseils de ses explorateurs, qui déjà lui recommandent d'installer au long du chemin de fer de Bagdad des casernes et des escouades de police allemande * ; c'est par ce moyen que les Russes s'installèrent en Mandchourie.
Les Français n'ont pas eu jusqu'ici à se louer beaucoup de leurs voies syriennes; se mettront-ils néanmoins sur les rangs? Leur société Beyroutli- Damas-Hauran, après une série de liquidations et de replâtrages, n'est toujours qu'une affaire médiocre ; l'embranchement vers Hamah et Alep et le raccordement aux rails allemands vers Bagdad et Gonstantinople la rendra-t-elle meilleure? désireront-ils alors syndiquer toutes les lignes syriennes? entre l'Egypte anglaise et les lignes allemandes d'Anatolie ou de Mésopotamie, est-ce l'intermédiaire français qui semblera le moins dangereux à Londres, le moins désagréable à Berlin?...
On a vu pendant vingt ans les files de chameaux reprendre comme piste la ligne de traverses et de rails que les Turcs avaient posée entre Brousse et