‹ Le sultan, l'islam et les puissancesChapitre 44 sur 71 · Cf. Vital Cuinet, Turquie d'AsUy II, p · texte numérisé non relu

Cf. Vital Cuinet, Turquie d'AsUy II, p

Un préfet turc y réside en effet, mais son pouvoir s'arrête à quelques mètres de sa caserne, et, noyé dans le flot des nomades, c'est à grand'peine qu'il maintient ses communications avec Alep et Bagdad ; à chaque étape, il lui faut entretenir des kellat (fortins); presque chaque année, sa petite armée doit aller débloquer l'une de ces garnisons qu'assiège quelque cheikh rebelle. La géographie officielle évalue à cent mille kilomètres carrés l'étendue de cette préfecture — un cinquième de la France — et à cent mille habitants le chiffre de sa population : un habitant par kilomètre carré, sous la latitude de Chypre, dans une plaine sillonnée de fleuves et de. rivières constantes, pourvue de sources et de lacs !

Pour remédier aux défaillances de ses soldats, Abdul-Hamid essaya de sa politique religieuse : ses missionnaires tentèrent de ramener aux pratiques de rislam et à l'obédience khalifale les tribus dont la plupart vivent sans culte ni croyance; mais les cheikhs ne virent en ces mollahs (religieux) que des secrétaires et des intendants, que leur science de l'écriture met en état de tenir les comptes et la correspondance ^ Une école, Aschiret Mektehi^ fut fondée à Constantinople pour dresser aux mœurs turques les fils de nobles. M, von Oppenheim vante le régime de cette institution, où chacune des grandes familles bédouines dut envoyer quelques enfants : propreté, confort, gratuité, voyages payés, enseignement

1. Voir dans A. Blunt, Bédouin Tribes of Euphrates, I, p. 69, 110, I 121, etc.

scientifique, historique et religieux, tout est combiné pour transformer ces jeunes Arabes « en fidèles sujets de Sa Majesté et en apôtres de la civilisation ^ ».

Par des cadeaux, des titres de pacha ou la promesse d'une solde régulière, le Sultan crut parfois décider les cheikhs à construire des villages et à défricher les terres noires qui bordent les rivières. Mais le nomade conserve son dégoût de la vie agricole, son mépris du fellah (laboureur). « Avec la vie de fellahy la honte, » disent ces chevaliers du désert; pour eux, fellah reste Texacte traduction de notre manant. Cultiver ou faire cultiver et déroger, c'est tout un : le noble le plus « sang bleu », Vasil, qui dans son tube de fer-blanc porte au cou sa généalogie authentique depuis les Compagnons du Prophète et môme au delà, n'est plus qu'un bâtard, un Turc, un chien, quand il mange à poste fixe le pain de son champ ou quand il troque pour un mur de pisé la toile de sa tente. Dans la pratique, les mésalliances avec des femelles kurdes ou citadines altèrent bientôt la pureté du sang asil chez les hommes comme chez les chevaux qui renoncent à la libre vie : un Paris, un (ils de ces « Bourbons » de la nation chammar, qui durant deux siècles furent la gloire du désert, devient un mulet turco-nègre, dès que, se laissant mettre au cou les décorations et le sceau de pacha, il vient croupir dans les sillons riverains du Tigre.

Le cheval, la grande lance, le chameau pomponné,

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