Diplomatie and consular Beporls, n
lui-même qui sait apprécier les revenus d'un tchiflick (ferme) : le rail en quelques années opérerait cette transformation radicale; au bout de ce rail, Mersina, Alexandrette et les ports de Chypre restitueraient aux cotonnades anglaises le monopole dont elles jouissaient autrefois.
Et les charbonniers anglais ont ici les mômes intérêts. De la ligne principale, deux embranchements doivent se détacher, qui desserviront les villes d'Orfa et de Mardine et amorceront, en quelque sorte, la descente arménienne vers Harran et Ras-ul-Aïn : si la Russie y consentait, tôt ou tard ils monteraient jusqu'à Diarbékir et jusqu'aux portes de la Grande Arménie, Kharpout ou Bitlis. Même réduits à quelques dizaines de kilomètres, ces embranchements peuvent amener une révolution dans le commerce des métaux. La région de Diarbékir a des mines de cuivre, qui, malgré les barbareêkprocédés d'extraction et de traitement, malgré Tabsence de routes et l'emploi du chameau, font descendre vers Alexandrette et Samsoun des chargements considérables :
La mine d'Arghana Maden a été découverte en Tan 512 de l'hégyre (1096). Les gisements connus s'étendent sous un espace d'environ 12 000 mètres carrés. Le minerai est riche en cuivre et sa teneur paraît généralement augmenter au fur et à mesure de l'approfondissement : en moyenne elle est de 30 p. 100 de cuivre, 30 p. 100 de soufre et 40 p. 100 de fer; une bonne exploitation obtiendrait un rendement de 16 p. 100 du minerai passé à la fusion.
Faute de machine à broyer et à brocarder, le minerai est cassé au marteau dès sa sortie de lamine; on en forme
ensuite des meules coniques qui sont entièrement recouvertes de bois; on y met le feu et ce premier grillage dure trois jours. Puis on transporte la matte dans des fours en plein air que l'on remplit de bois et de minerai par couches alternatives et ce second grillage dure vingt-quatre heures. La nouvelle matte ainsi extraite est d'une teneur de 25 à 30 p. 100 de cuivre; mais le métal en se désulfurant s'est oxygéné. On y remédie par une troisième opération dans des fours clos et chauffés au bois, qui donnent le cuivre noir. Des chameliers le transportent alors à l'usine de Tokat, dans le vilayet de Sivas, pour qu'il y subisse le dernier raffinage.
De la mine à Tusinede Tokat, surun parcours de 390 kilomètres, la route en plusieurs endroits est impraticable. De même vers Alexandrette (450 kilomètres), port d'embarquement du cuivre noir, il y a de longues solutions de routes. Et les environs d'Arghana Maden sont entièrement déboisés*.
Depuis que ces lignes ont été écrites (1891), les massacres arméniens sont venus compliquer la situation, enlever la main-d'œuvre, achever de couper les routes, de dévaster les forêts : il faut aller aujourd'hui chercher le bois à cent et cent vingt kilomètres de la mine... Et il est en Angleterre des métallurgistes qui cherchent du minerai pour lutter contre la concurrence américaine; on nous menace de la tyrannie transatlantique et de ces Rois du Cuivre qui réussiraient à affamer nos usines! Et il est à Sheffîeld, à Birmingham, dans tout le Black Couniry, des fabricants de machines et d'outils qui réclament des marchés nouveaux, tandis que les charbonniers anglais