‹ Le sultan, l'islam et les puissancesChapitre 50 sur 71 · Vital Cuinet, Turquie d'Asie, II, p. 481 et suivantes · texte numérisé non relu

Vital Cuinet, Turquie d'Asie, II, p. 481 et suivantes

Vers bagdad et le golfe 363

s'irritent de l'invasion allemande, belge, japonaise dans Vestale mondial de la houille britannique!...

Le Bagdad allemand viendrait décharger à Mersina des monceaux de cuivre noir ou de minerai, qui rendraient à Chypre anglaise sa renommée la plus ancienne : Kypros redeviendrait la grande traficante de matières cupriques. Tous les prospecteurs sont d'avis que ces mines d'Arghana Maden seraient un autre Rio-Tinto, le jour où la houille pourrait les atteindre.

A Nisibis, la traversée de « File » n'est encore qu'à moitié faite : pour atteindre le Tigre, il reste deux cents kilomètres; mais le pays et les conditions changent presque du tout au tout. Après les pénibles traversées du Taurus et de TAmanus, après les dangers de la steppe mésopotamienne, la ligne entre enfin dans la partie facile de Tentreprise : de Nisibis jusqu'à Bagdad, trois sections, Nisibis-Mossoul, Mossoul-Tekrit, Tekrit-Bagdad, semblent ne réserver aucun risque.

De Nisibis à Mossoul, le pays est une large et plate vallée, tournée vers l'Orient, un couloir dont l'entrée dépasse cent kilomètres et que le Tor Abdin et le Djebel Singiar, bordent au nord et au sud. La marée bédouine a pénétré aussi dans ce golfe de « rile » : les Chammars courent par là jusqu'à la rive occidentale du Tigre, tandis que les Kurdes descendent à l'autre bord. Les indigènes ont été supprimés ou rejetés aux monts. Les vieux géographes arabes, que cite Edrisi, voyaient déjà ce pays déshabité :

Toute cette région, est en proie aux incursions des nomades et quoique les villes soient entourées de murailles, cependant leurs habitants sont souvent obligés de se réfugier dans des cavernes. Nisibis est grande, bâtie dans une plaine; elle possède des marchés florissants, des rendez-vous pour le commerce ; elle a de Tindustrie, notamment des fabriques de belles étoffes et de l'eau en abondance. La principale source surgit d'une gorge; les eaux se répandent dans les jardins, dans les champs, dans la plupart des édifices et des maisons. Tout autour, à une grande distance de la ville, il y a de jolis villages, de vastes territoires, de fertiles collines où abondent les céréales et les troupeaux. *

Les guerres turco-persanes, puis les rébellions kurdes et bédouines ont tout saccagé. Le Tor Abdin, le Taurus des Moines, fut le refuge des chrétiens : le sandjak (préfecture) de Mardine et de Djeziret compte encore soixante-dix ou quatre-vingt mille Chaldéens, Syriens, Arméniens, Jacobites, Orthodoxes, Catholiques, etc. Le Djebel Singiar fut le refuge de cette étrange nation des Yézidis qui, parlant un dialecte kurde, ont amalgamé dans leur religion des paroles musulmanes et chrétiennes, des rites païens, la croyance en un Dieu unique, le souvenir des deux Principes du Bien et du Mal, Tamour de Jésus-Christ et le respect de Satan : des cérémonies symboliques devant un chandelier de bronze, surmonté d'un oiseau, les ont fait accuser par tous leurs voisins d'adorer le Roi Coq, Melek- TaouSy et les musulmans leur ont fait expier, par une

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