dri.9i, trad, Jaubert, U, p. i
guerre implacable, leur manque de « Livre ». Bible et Évangile suffisent pour donner la vie sauve à ceux qui les lisent dans les terres du Coran ; mais, le Prophète ordonnant d'exterminer toute nation qui n'a pas un Livre, Arabes, Kurdes et Turcs ont, depuis quatre siècles, exécuté d'une manière féroce cette condamnation sur les Yézidis. Le Djebel Singiar offrit à ces malheureux une forteresse, où jusqu'en 1840-1850 ils gardèrent leur indépendance; les valis turcs du tanzimat (réforme) vinrent les y pourchasser; après la tuerie d'Omer-pacha (1892), c'est à peine s'il en est resté quelque huit ou dix milliers*. Au pied du Tor Abdin s'étend un pays fertile que le passage des caravanes et des explorateurs nous a rendu familier : Niebuhr, Olivier, Ainsworth, Layard, etc., et récemment von Oppenheim nous ont décrit cette plaine ondulée, barrée de douze ou quinze rivières qui se réunissent dans le Gargar pour se décharger dans le Khabour et l'Euphrate, et ces collines menant au brusque ressaut du Tor, avec leurs vignes, leurs vergers, leurs buissons de roses. Une herbe fleurie au printemps, brûlée dès la fin d'avril, couvre des milliers d'hectares où il suffirait de l'ombre d'un gendarme, d'une ligne de colonies tcherkesses pour ramener les chrétiens des monts et la richesse d'autrefois :
Les bons pâturages sont communs; le caza de Nisibin, entre autres, où se trouvent de vastes prairies, au milieu
1. Voir le livre de J. Menant, les Yézidii^ Leroux, Paris, 1892.
desquelles les tribus turcomanes et kurdes se plaisent à dresser leurs tentes, produit et livre à l'exportation de grands trpupeaux de moutons, de chèvres et de chameaux attire un bon profit des accessoires de cette production, beurre, lait, fromage, poil des chèvres mohair et laine des moutons. Les riantes prairies, émaillées de fleurs, avaient valu à Nisibin dans Tantiquité le nom ôi!Anthemusiae\ les abeilles font leur récolte sur les rosiers qui y croissent à foison et qui, — particularité signalée par l'historien arabe Hadji Khalfa, — ne donnent que des roses blanches d'une délicieuse odeur * .
Au pied du Singiar, c'est terre inconnue; depuis Forbes (1838), nul Européen ne s'est aventuré dans cette mêlée de Bédouins, de Kurdes, de Yézidis et de Turcomans. Mais on sait que d'innombrables tells ^buttes) marquent la place de villes assyriennes et que des taureaux ailés, pointant leurs têtes humaines au sommet de ces buttes, ont valu à Tune d'elles le nom de Tell des Bœufs. Au temps d'Edrisi, Singiar « au milieu du désert est une ville ceinte de murs en pierre très solide. On y trouve de l'eau et tout autour sont des villages; on y recueille des fruits en abondance^. » Aujourd'hui encore, toute la Mésopotamie vante les figues de cette région.
En approchant du Tigre, le rail devra percer une double et triple rangée de hauteurs, un chaos de collines et de vallons, qui bordent la rive droite du fleuve. D'anciennes tribus bédouines sont venues