‹ Le sultan, l'islam et les puissancesChapitre 57 sur 71 · Edrisi, trad. Jaubert, IL p. 157 et · texte numérisé non relu

Edrisi, trad. Jaubert, IL p. 157 et

Alors qu'à Bagdad le Tigre n'est qu'à douze ou quinze lieues de TEuphrate, Técartement, plus bas, dépasse deux cents kilomètres; mais tout le pays intermédiaire n'est qu'une sorte de croûte mal asséchée, toute fendillée de canaux et de crevasses, presque flottante ou inondée, et dont n'émergent que les buttes artificielles des villages et les remblais des chaussées. Après le confluent de Korna, aux environs du 31* degré, les Deux Fleuves, unis dans le Chatt-el- Arab, traînent vers le Golfe, durant deux cents kilomètres encore, leur masse d'eaux vaseuses et continuent d'étendre vers le sud ce pays amphibie de Bassorah que, depuis la période historique, ils ont conquis sur les flots :

Bassorah n'existait pas du temps des anciens Persans. Le plan fut tracé sous le khalifat d'Omar. La ville est bâtie sur terrain plat; il n'y a ni montagne ni rien qui intercepte la vue.... A l'ouest elle est bornée par le désert; à Test par un grand nombre (plus de cent mille) de canaux, sur chacun desquels flottent des nacelles.... Les palmiers sont tellement semblables les uns aux autres sous le rapport de la hauteur et par la beauté de la végétation qu'on les croirait tous coulés dans le même moule ou plantés à la même époque.

Tous les cours d'eau communiquent les uns avec les autres et se subdivisent en divers canaux, dans la plupart desquels le flux et le reflux de la mer se font sentir. A la marée montante, les eaux douces des canaux sont refoulées sur les vergers et les champs cultivés et les arrosent. A la marée descendante, ces eaux reprennent leur cours naturel. Entre les villages et lieux cultivés, on voit beaucoup de roseaux et de marais habités, au milieu desquels les bateaux et les nacelles naviguent au moyen de perches,

à cause du peu de profondeur des eaux et parce que leur cours est obstrué par la fange. Quelquefois, lorsque le Tigre et TEuphrate grossissent excessivement par suite des pluies d'hiver et versent leurs eaux par torrents dans ces marais, divers lieux se trouvent creusés, et d'autres bouchés par la vase K

Avec le flux et le reflux, les navires du Golfe pénètrent dans les Fleuves et la battellerie de Tlrak descend jusqu'aux ports de la mer. Il est probable que, dès la plus haute antiquité, ces deux navigations mettaient les villes chaldéennes au contact des marines de rExtrôme-Orient : c'est par cette route peut-être que la civilisation vint des Indes ou de la Chine. Les anciens Chaldéens racontaient dans leurs mythes que les hommes vécurent sans règle, à la manière des bêtes, jusqu'aux temps où, sortant de la mer Erythrée, à Tendroit où elle confine à la Babylonie, apparut un monstre doué de raison, qui s'appelait Oanès, Éa le Poisson :

Il avait tout le corps d*un poisson, mais, par-dessus sa tête de poisson, une autre tête qui était celle d'un homme ; et des pieds d'homme se dégageaient de sa queue de poisson; il avait la voix humaine. Il passait la journée au milieu des hommes, sans prendre aucune nourriture; il leur enseignait la pratique des lettres, des sciences et des arts de toutes sortes, les règles de la fondation des villes et de la construction des temples, les principes des lois et la géométrie; il leur montrait les semailles et les moissons; en un mot, il leur donnait tout ce qui contribue à la douceur de la vie; depuis ce temps, rien d'excellent n'a

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