‹ Le sultan, l'islam et les puissancesChapitre 6 sur 71 · Les quatre premiers successeurs de Mahomet · texte numérisé non relu

Les quatre premiers successeurs de Mahomet

3. Cf. A. d'Avril, Le Califat ottoman, Bévue de l'Orient chrétien, t. YI, p. 303 et suivantes.

En droit, le Khalife devrait être un membre, sinon de la famille, tout au moins de la tribu de Mahomet, sinon un Chérif, tout au moins un Koreichite : rOsmanli n'appartient même pas à la nation, à la langue du Prophète. En droit aussi, le khalifat ne devrait être que Torgane de la loi divine, Texécutif de ce législateur suprême qu'est le Coran : le pouvoir du Khalife est sinon constitutionnel, du moins juridique et légal. Ne lever aucune taxe qui ne soit prévue par le Livre, n'engager aucune dépense qui n'ait l'approbation du peuple, administrer pour le profit de tous et faire la part du dernier égale à la part du premier, telle était la règle des premiers Khalifes. Aboul-Féda raconte que, le jour de la mort d'Abou-Bekhr, Omar, étant monté dans la chaire de Médine et ayant reçu le serment de fidélité, prit la parole : « O vous qui m'écoutez, sachez bien qu'il n'y aura jamais d'homme plus puissant à mes yeux que le plus faible d'entre vous, lorsqu'il aura pour lui la justice, et que jamais homme ne me paraîtra plus faible que le plus puissant d'entre vous, s'il élève des prétentions injustes ». Et Fakr-eddin-Rasi ajoute :

Omar, qui avait reçu des toiles rayées du Yémen, les distribua entre tous les fidèles : chacun en eut pour sa part une pièce, Omar comme les autres. Il s'en fit faire un habit et, l'ayant revêtu, il monta dans la chaire pour prêcher la guerre sainte. Un homme, se levant, lui dit : « Nous ne t'obéirons pas. — Pourquoi? — Parce que, dans le partage des toiles rayées, chacun n'a reçu qu'une pièce, et tu n'en devais avoir qu'une. Or, nous te voyons un habit complet : tues grand; une pièce n'aurait pu suffire à te vêtir. »

Omar se retourna sur son ûls Abd- Allah et lui dit : « Abd- Allah, réponds à cet homme. » Abd- Allah se leva et dit : « Quand le Prince des Croyants a voulu se faire un habit, sa pièce était trop courte ; je lui ai donné une partie de la mienne. — A la bonne heure, dit Thomme : à présent, nous t' obéirons *. »

Un sultan n'a jamais gouverné et ne pourra jamais gouverner ainsi. Sultan est un mot arabe qui signifie commandant absolu^ empereur militaire. Pour mériter le titre de sultan, il faut avoir au moins dix mille cavaliers et des rois vassaux, puisque tout sultan doit être roi des rois. Pour payer ses cavaliers, un sultan doit c( manger » ses peuples, et la mangerie en elTet a toujours été la première fonction, la seule fonction du Turc dans Tlslam... Tels étaient, en 1881, les raisonnements du parti arabe et le peuple semblait les comprendre.

De 1881 à 1906, si l'indépendance des peuples arabes n'a pas été réalisée; si la révolte, endémique au Nedjed, au Yémen et parmi les Bédouins, n'a pas gagné tout le pays au delà du Taurus; si même ridée pan-arabique, sans perdre de son influence et de son charme parmi les lettrés, les nobles et les riches, a quelque peu relâché sa prise sur la foule et sur les gens de religion; bref, si, malgré son origine, sa langue et sa résidence turques, le Sultan apparaît encore aux Arabes comme le Khalife légitime : c'est rhabileté du seul Abd-ul-Hamid qui a produit ces

Page 1