TOTAL
Nombre. Tonnage.
Nombre.
Tonnage.
Nombre.
Tonnage
Anglais . . .
Indigènes . .
Zanzibar . . .
Autres ....
En 1906, apparition des Allemands. Le consul anglais écrit :
Une agence de la Hamburg Amerika s'est ouverte ici durant l'automne, chez Robert Wdnckhaus et O^ : quatre
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vapeurs sont arrivés en septembre, octobre, novembre et décembre; un cinquième a été nolisé par une maison grecque et un sixième jBst venu secourir un confrère échoué sur la barre. Les quatre premiers ont amené 45 600 colis (valeur 2 millions 700000 francs) et remporté 178 800 colis (valeur 9 millions 200 000 francs), plus 3 550 tonnes de grain (valeur 300000 francs). Les Allemands ont débarqué à Bassorah 1 300 tonnes de charbon. La ligne, disent les agents, n*est pas subventionnée pour ce service mensuel, avec escales à Anvers, Marseille, Port-Saïd, Suez, Port-Soudan, Djibouti, Mascate, Lingah, Bouchir et Bassorah.
En amont de Bassorah, sur le Tigre, le monopole des Anglais autrefois n'était pas moins absolu. Ils avaient obtenu pour les petits vapeurs de leur compagnie Lynch, Euphrates and Tigris Steam Navigation, le service entre Bassorah et Bagdad.
Entre Bassorah et Bagdad, le fleuve est désert, au milieu de déserts. Deux agglomérations de huttes y sont installées : Korna (5 000 habitants), au confluent du Tigre et de TEuphrate, au point où les Arabes veulent retrouver le paradis terrestre; Amara (10000 habitants), au point où le bas Tigre est le plus proche des monts iraniens et où des terrains asséchés permettent aux caravanes d'atteindre la rive du fleuve. Car la plaine de la rive gauche, entre le Tigre et la frontière persane, est abandonnée aux divagations des torrents et des rivières, que jadis des barrages retenaient à la sortie des monts pour en répartir les eaux sur les sillons du bas ou pour les conserverjusqu'aux sécheresses de Tété* Les Bédouins
de la confédération des Béni Laams et les Kurdes du Louristan se disputent ces pâturages; de loin en loin ils y cultivent quelques champs.
Sur le fleuve môme, les seuls va-et-vient de YEuphraies and Tigris steam navigation ont établi une paix intermittente, que troublent souvent les coups de fusil et les embuscades des riverains, mais que maintiennent, malgré tout, la menace ou l'irruption des canonnières britanniques : les voyageurs les moins anglophiles reconnaissent que, seul, le contrôle des Anglais force le Turc à un minimum de police. M. Denis de Rivoyre remonte vers Bagdad à bord du vapeur anglais Bloss Lynch :
Nous sommes précédés, à une centaine de mètres tout au plus, d'un tout petit vapeur portant pavillon ottoman et battant la flamme des navires de guerre. C'est une mesure de sécurité qu'a cru devoir prendre le gouvernement turc pour protéger la navigation. Quelques semaines auparavant, Tun de ces bateaux Lynch, le Khalifatf a été victime d'un guet-apens. Au moment où, porté par le courant, il se rapprochait de la berge, une fusillade bien nourrie éclata tout à coup et, pendant un quart d'heure, il eut à continuer sa course sous les coups de fusil. L'homme à la barre fut tué, le capitaine grièvement blessé. C'était un chef indigène qui, depuis longtemps en hostilité avec l'administration ottomane, n'avait pas trouvé de meilleur moyen de s'en venger. Sûr d'une impunité que lui garantissaient à la fois et la disposition des lieux et rimpuissance de la répression, il se flattait par cette agression de compromettre vis-à-vis de l'Angleterre, le Sultan, suzerain nominal de toutes ces terres.... A défaut d*une action plus efficace, les Anglais voulurent bien se contenter de l'éclaireur en question, destiné à recevoir à
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leur place les premiers coups, sinon à les prévenir désormais *.
Chaque année, pareilles comi- tragédies se renouvellent. On lit dans le Bulletin du Comité de F Asie française de juillet 1906 (p. 291) et le Times du 20 mai 1907 répète :
Les autorités turques n'arrivent pas à mettre fin à la révolte des tribus arabes, riveraines du Tigre. Au milieu de juillet, on annonçait que la navigation sur le fleuve était impossible en raison des coups de feu que les Arabes tiraient sur les bateaux.
Jusqu'en septembre 1906, la compagnie Lynch n'avait droit qu'à deux vapeurs en service. Le bas Tigre, saigné par les canaux d'irrigation ou les fantaisies des nomades, est peu profond, mal balisé, jamais dragué, sujet à de brusques changements de cours et de lit ; sa rapide violence ne s'apaise un peu qu'aux approches du confluent; sa vitesse dépasse presque partout trois nœuds à l'heure; seuls, de petits vapeurs peuvent le remonter. Les deux bateaux Lynch n'ont donc jamais suffi au trafic des marchandises, qui engorgeaient les entrepôts des deux terminus, Bagdad et Bassorah. Le gouvernement turc avait, il est vrai, une flottille de cinq ou six vapeurs qui devaient concurrencer la ligne anglaise ; mais ces bateaux de la Porte, comme ailleurs ses locomotives, ne marchaient qu'à longs intervalles,
1. Denis de Rivoyre, les vrais AraheSy Pion, Paris, 1884, p. 12-13. Cf. M. von Oppenheim, Vom Mittelmeer zwn Pertisehen Golf, II, p. 288 et suivantes.
lentement et avec de grands risques. Les conseillers allemands d'Abd-ul-Hamid lui suggérèrent de reprendre cette ligne au compte de la Liste Civile; une Compagnie Hamidieh fut fondée, qui acheta de nouveaux bateaux et organisa (1904-1905) deux voyages par semaine : au début, tout alla bien, puis rapidement usés comme leurs prédécesseurs, mal entretenus, plus mal réparés, ces vapeurs se ralentirent ou s'échouèrent. Le consul anglais écrivait au début de 1907 : « Faute de moyens de transport, Taccumulation des marchandises en souffrance a été plus grande encore durant la saison des basses eaux; VEuphraies and Tigris Sieam Navigation eut, une fois, 3 000 tonnes sur ses wharfs.... En mars 1907, la Porte a accordé à M. Lynch la mise en service d'un troisième vapeur; mais, le développement du commerce s'accélérant, Taccumulation est toujours grande ^ . » L'engorgement durera, tant que les Anglais n'obtiendront pas pleine liberté de navigation. Mais le Turc redoute cette pénétration anglaise et l'accroissement de l'influence anglaise à Bagdad : par le commerce et par la politique, Bagdad est déjà une place anglaise.
C'était le commerce, l'exploitation de l'Inde et de l'Extrême Orient qui jadis avait fait, en grande partie du moins, la fortune de Bagdad comme de Bassorah : Bassorah était l'Échelle de ce commerce, Bagdad en