Diplomatie and consular Reports, n^ 3 865, p
iOit LE SULTAN ET LlSLAM
était le Bazar. Non loin des ruines de Séleueie et de Ktésiphon, des anciennes capitales grecques et parthes, les Khalifes arabes avaient fondé leur capitale au pont du Tigre, où convergeaient les routes terrestres de Tlran, de l'Arabie et de la Syrie. A ce carrefour, Bagdad eut quinze cent mille âmes peut-être; les géographes arabes dénombraient ses 24 000 rues, ses 150 canaux, ses 150 ponts, ses 400 moulins et ses 240 000 maisons : Bagdad n'a plus 150000 habitants. Bagdad fut le plus riche marché de Tunivers; les vaisseaux de Bassorah lui apportaient les chargements de Tlnde, de la Chine, de la Malaisie et de l'Afrique; les caravanes de la Perse, du Khorassan, de la Bactriane, de TArménie, de la Géorgie, de la Russie môme descendaient par tous les défilés de la ceinture montagneuse': Bagdad n'est plus reliée au reste du monde que par les courriers qui remontent le Tigre ou l'Euphrate vers Constantinople, par quelques files de chameaux qui lui arrivent de Mossoul, de Damas, d'Alep ou de Kirmanchah, par les keleks, qui, de Diarbékir et de Mossoul, descendent le Tigre, et par les petits vapeurs auxquels les Turcs permettent de remonter le fleuve.
A.-G. Olivier écrivait en 1805 :
Après l'Egypte, aucune contrée n'est plus avantageusement située que la Syrie et la Babylonie pour servir d'entrepôt à un grand commerce pour lier l'Europe avec les Indes orientales, car si l'Egypte communique avec l'océan Indien par la mer Rouge, les deux autres confinent au golfe Persique, dont la position, plus orien-
taie, lui donne quelques avantages sur l'autre. L'Egypte présente, de Tune à l'autre mer, un trajet fort court qu'un grand fleuve et des canaux parcourent en grande partie. La Babylonie est traversée, il est vrai, par deux fleuves, mais il reste encore, de l'endroit où ils cessent d'être navigables, un grand espace à franchir pour se rendre à la Méditerranée, qui ne laisse d'autres ressources que celle des caravanes. Cependant malgré ce long trajet que les marchandises ont à parcourir pour arriver du Golfe Persique à Babylone [ou Bagdad], au moyen du fleuve, puis de Babylone [ou Bagdad] aux portes de Syrie, par terre, le commerce de l'Inde avec l'Europe a eu presque toujours lieu par cette voie, jusqu'à la découverte de rinde par le cap de Bonne-Espérance... Cette découverte ne fut pas seulement amenée par cet esprit inquiet et agité que montrèrent les Portugais à la fin du xv® siècle; elle fut le résultat du besoin impérieux qu'on avait des épices et des marchandises de l'Inde, qu'on ne pouvait plus se procurer qu'à des prix exorbitants, soit que les Turcs les surchargeassent d'impôts, soit que Venise, par qui se faisait alors tout le commerce de l'Orient, eût voulu doubler ses bénéfices. Mais cette découverte, en détournant pour l'Europe la route du commerce de l'Inde, n'empêcha pas que les Musulmans continuassent à retirer par l'Egypte et, surtout par le golfe Persique, toutes les productions de l'Orient dont ils continuèrent à faire usage*.
De ces deux routes musulmanes vers Tlnde, A. -G. Olivier pensait que celle d'Egypte était préférable, « comme la plus courte pour les marchandises et surtout comme la moins chère ». Mais il désirait aussi que Ton rouvrît et améliorât la route de Babylonie :
Le commerce que font aujourd'hui les Turcs par cette dernière route serait bien plus considérable, si le golfe