‹ Le sultan, l'islam et les puissancesChapitre 63 sur 71 · A.-G. Olivier, Voyage, IV, p. 425 et suivantes · texte numérisé non relu

A.-G. Olivier, Voyage, IV, p. 425 et suivantes

Persique n'était pas ordinairement infesté de pirates, si les péages que les Arabes exigent sur TEuphrate étaient ôtés, si les droits perçus par le pacha de Bagdad étaient modérés, si le danger que courent presque toujours les caravanes qui se rendent à Alep et Damas n'existait plus. Bassorah est plus à portée que Suez de l'océan Indien. Le golfe Persique, moins étendu, plus oriental que le golfe Arabique, permet à un navire de se rendre de Bassorah à Surate, à Bombay, au Malabar et même au Bengale bien plus promptement que de Suez; le retour est également bien plus prompt, parce que les vents y sont plus variables; le golfe Persique, d'ailleurs, présente plus de ports que le golfe Arabique.

Et A.-G. Olivier concluait : « Il est à désirer qu'il s'établisse dans ces deux contrées un gouverneipent régulier. » Ces idées d'un contemporain du premier Empire ne lui étaient pas particulières Le général Bonaparte et l'empereur Napoléon avaient mesuré l'importance de ces routes musulmanes pour la pénétration commerciale, et surtout militaire, vers Tlnde anglaise. L'expédition d'Egypte n'avait pas réussi à mettre le golfe Arabique sous la menace perpétuelle d'une Armada française : la diplomatie et les intrigues impériales allaient s'efforcer de mettre le golfe Persique sous le coup d'une descente à travers l'Asie levantine. Les offres du Chah de Perse devaient en 1807 détourner vers l'orient plus lointain cette route napoléonienne de l'Inde : Gardane et ses officiers devaient en préparer les relais, non sur les Fleuves turcs, mais sur les plateaux iraniens; ainsi le « projet persan » de l'Empereur remplacerait le a projet égyptien » du général. Mais, dans l'intervalle,

de 1800 à 1804, il semble bien que le Premier Consul ait envisagé un « projet syro-arabe » et qu'il ait voulu suivre les avis d'Olivier et de beaucoup d'autres.

M. E. Driault* a retrouvé dans nos Archives le mémoire d'un aventurier prussien, un certain comte de Kameke, qui en 1805 traçait à l'Empereur tout un programme de révolte arabe et de « mahdisme » autour de Bagdad, d'où l'enthousiasme religieux, gagnant la Perse, l'Afghanistan et le Cachemire, porterait jusque dans l'Inde les victoires du faux Mahdi, agent de la France. A la fin de son Voyage d'Orient^ Lamartine a publié en 1835 le « Récit de Fattalla Sayeghir », le journal d'un jeune Arabe de Lattakié, serviteur et compagnon d'un agent de Napoléon, en Syrie, M. de Lascaris.

M. de Lascaris, né en Piémont d'une famille grecque, était chevalier de Malte lorsque Napoléon vint conquérir cette île ; il le suivit en Egypte, puis s'attacha à sa fortune, fut fasciné par son génie... Il pressentit que TAsie offrait un champ plus vaste que l'Europe à l'ambition régénératrice d'un héros,... que le grand homme qui y apporterait l'organisation et l'unité ferait bien plus qu'Alexandre, bien plus que Bonaparte n'a pu faire en France. Il paraît que le jeune guerrier d'Italie, dont l'imagination était lumineuse comme l'Orient, vague comme le désert, grande comme le monde, eut à ce sujet des conversations confidentielles avec M. de Lascaris... et voulut lancer un explorateur pour reconnaître ce qu'il y aurait à faire et jalonner la route des Indes, si sa fortune devait la lui ouvrir. M. de Lascaris fut cet homme. Il partit avec des

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