La piastre vaut environ 23 centimes
A Kirmanchah, — écrit le consul anglais', — les corps sont examinés par un médecin turc, qui délivre un passeavant et scelle le cercueil, si le cadavre lui semble pouvoir supporter le voyage. A Khanikhine, nouvelle ouverture des cercueils pour acquitter la taxe de 1/2 livre turque : les cadavres trop avancés sont enterrés sur place. — Les cadavres, reprend V. Cuinet, sont portés deux à deux, chacun dans une kedjaoua, sorte de caisse ou de cage dont une paire fait la charge d'un mulet; l'administration sanitaire fait ouvrir ces caisses parce qu'il est arrivé souvent qu'on l'a fraudée en mettant deux morts dans une caisse, — Les muletiers, continue le consul anglais, reçoivent 3^ tomans ^ pour le convoi d'un corps jusqu'à Kerbela; souvent ils en jettent dans la rivière Diala à Khanikhine pour s'épargner le transport. — Les corps des personnes riches, conclut V. Cuinet, sont escortés de mollahs qui chantent, tout le long du chemin, des cantiques et des prières pour le repos de l'âme... Aux abords des lieux saints, on décharge les corps dans la plaine pour procéder aux grandes ablutions et purifications d'usage; le minutieux lavage de tant de cadavres venus de loin est opéré au milieu de l'encombrement des bagages, des chevaux, des mules, des vieillards, des enfants entassés les uns sur les autres.
Les pèlerins apportent la dîme de leurs communautés et ce tiers de leurs fortunes que les Chiites de tous pays doivent en mourant léguer aux Lieux Saints. Aussi les biens des sanctuaires et des prêtres sont immenses. Tel gardien en chef de la mosquée d'Houssein à Kerbela possédait, dit-on, 11 millions de francs : « on évalue à 30 millions de livres turques, soit à 690 millions de francs, la valeur totale des trésors