Vitol Cuinet, Turquie d'Asie, III, p
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qiies jaillissant de toutes les parties de son corps ' ». En 1907, si le Madhi revenait, ce serait assurément pour servir les desseins de TAngleterre et soulever Arabes et Persans chîites contre Texploitation osmanlie.
Des quatre sanctuaires chîites, Kazmié est aux portes de Bagdad et Samara, sur le Tigre, en amont, est à Textréme pointe de Tlrak vers le nord-est : Kazmié n'est qu'un faubourg; Samara n'est qu'un village (2000 habitants peut-être). Samara, plus proche que Bagdad des cols iraniens, plus voisine aussi de la haute Mésopotamie, fut jadis préférée comme capitale par certains Khalifes ; il est probable que la voie ferrée, quand elle descendra le long du Tigre, de Mossoul à Bagdad, lui rendra quelque vie. Mais les deux métropoles du chîisme sont Nedjef et Kerbela, sur l'Euphrate, à 100 et 200 kilomètres au sud-est de Bagdad, en pleine Babylonie : dans les projets allemands, le rail doit prendre ce chemin et, de Bagdad à Bassorah, longer l'Euphrate, non le Tigre.
Ce tracé s'imposait aux Allemands par ses avantages économiques; les nécesssités militaires et religieuses ne l'imposaient pas moins au Sultan-Khalife.
Aux siècles derniers, avant que la vapeur permît à
1. Mémoire de Kameke, dans E. Driault, la Politique orientQle de Napoléon, p. 179.
nos bateaux de remonter vers Bagdad le rapide courant du Tigre, c'est les eaux tranquilles et pesantes de TEuphrate qui, seules, pouvaient amener dans Fhinterland les barques à rame et les petits voiliers* : dès la première antiquité, les métropoles chaldéennes, Éridou, Larsam, Ourouk, Nippour et Babylone, étaient assises sur TEuphrate; ce sont des cavaliers et des gens de guerre qui transportèrent sur le Tigre la capitale de Flrak, Séleucie, Ctésiphon, Bagdad ou Samara. Mais tandis que le Tigre était puissamment aidé dans son œuvre de colmatage et de remblai par les innombrables torrents et rivières du plateau iranien, l'Euphrate, épuisé déjà par la longue traversée du désert syrien et ne recevant aucun secours des déserts arabiques, ne travaillait que plus lentement à rehausser la moitié de Tancien golfe que ses boues conquéraient : le pays euphratéen au sud de Bagdad n'émerge qu'à peine; si des digues ne le protègent pas, il suffit d'une crue môme légère, et tout est inondé.
L'antiquité chaldéenne et la renaissance arabe, par les soins qu'elles prirent de ces digues, avaient tiré de Feau des millions d'hectares que les marécages occupent aujourd'hui. La nonchalance bédouine et la corruption turque entretinrent encore ces digues, tant que le commerce de Bassorah à Bagdad emprunta cette voie. Mais, depuis cinquante ans, presque toutes se sont éventrées, éboulées, fondues, et les tentatives
. i*^Voir là-dessus A«-G. Olivier, Voyage^ IV, p. 425 et suivantes.
de navigation à vapeur sur TEuphrate, que Chesney avait inaugurées en 1840, que les Turcs ont poursuivies jusqu'en 1870, seraient impossibles aujourd'hui. Même dans le bas Euphrate, les navires ne sauraient pénétrer : saigné par les innombrables canaux d'irrigation, écartelé en quatre ou cinq lits, épandu en flaques et mers intérieures, le fleuve n'a plus la profondeur suffisante; à certains endroits, Willcocks n'a trouvé que 75 centimètres d'eau*; ce marais est un guêpier de barques pillardes, et les trafiquants n'osent y pénétrer que sous la sauvegarde des cheikhs indigènes :
Aussi loin que la vue peut s'étendre, de toutes parts une plaine immense, uniforme, une forêt de roseaux élevés, à travers laquelle le fleuve dessine un large sillon. Par intervalles, une échancrure nous montre les eaux pénétrant la masse épaisse pour y tracer des canaux et y ménager des refuges. Ce sont là les repaires des pirates. Derrière le rempart de cette végétation puissante, Toreille tendue, Toeil aux aguets, ils surveillent le cours, interrogent Thorizon, âpres, calmes et patients. Des heures, des journées, des nuits s'écoulent ainsi, car ils n'opèrent qu'à coup sûr. De grandes barques, dont un trop nombreux équipage rendrait l'attaque périlleuse, passent sans soupçon du danger qu'elles frôlent. Mais en voici d'autres plus petites, dont la démarche alourdie révèle l'importance de la charge; personne en avant, personne en arrière; elles voguent isolées; la capture est assurée : vite les uns aux armes, les autres aux avirons, et la pirogue, aussi effilée et légère que l'oiseau de proie, glisse au milieu des tiges flexibles jusqu'au lit du fleuve où elle fond sur les bateliers sans défiance.
1. W. Willcocks, The Irrigation of Mesopotamat p. 5 et suivantes.
Ce fragile esquif, dont on retrouve le modèle sur les bas-reliefs de Ninive et de Babylone, semble taillé pour ce genre d'industrie : des nattes de roseaux, reliées par une membrure de roseaux, le tout recouvert d'un enduit de bitume.... Le plus difficile est d'y prendre place; mais une fois assis et un pagayeur aux deux extrémités, on file comme une flèche. Gela s'appelle un machkouff : pour les riverains de l'Euphrate, c'est le cheval des autres tribus arabes.
Chaque famille a le sien. Les pauvres s'associent pour en posséder un. N'est-ce pas l'instrument indispensable à l'existence journalière? Quelles voies suivre pour sortir de chez soi, si ce n'est le fleuve, ses milliers de bras qui se perdent sous les joncs, et ses marécages auxquels se dispute le coin de terre assez solide pour y construire une cabane * ?
Ce bas Euphrate a 300 kilomètres de long, si Ton part de Korna, où le Tigre et l'Euphrate confluent, pour remonter vers Samawa : sa largeur moyenne est de 30 mètres, sa profondeur de i ou 2 : Soukh-ech- Cheyouk {le Marché des Cheikhs, 12 000 habitants) et Nasrieh (12 000 habitants) en sont les étapes : ce pays des Montefiks, sur 40000 kilomètres carrés, compte 250000 habitants, dont à peine un tiers de sédentaires. Jusqu'en 1870, ces Montefiks vivaient autonomes, ne devant à la Porte qu'un tribut souvent impayé. Leurs cheikhs ont, depuis, accepté des fonctions et des titres turcs, et décidé quelques-unes de leurs familles à se fixer et à cultiver; mais surtout ils ont protégé des villages sabéens et juifs, qui peu à peu ont rétabli quelques cultures en ces champs de