‹ Le sultan, l'islam et les puissancesChapitre 9 sur 71 · Georges Gaulis, Les Questions d'Orient^ p · texte numérisé non relu

Georges Gaulis, Les Questions d'Orient^ p

LE SULTAN BT l'iSLAM. 3

L'école rifaïte est, depuis de longues années, représentée à Constantinople par Aboul-Houda. Celui-ci, originaire d'Alep, vint dans la capitale peu de temps après que la réputation de Zafir s'y fut établie. Il y gagna des adhérents parmi les courtisans, qui surent lui gagner les bonnes grâces du Sultan, lequel ne vit aucun inconvénient à favoriser simultanément les deux écoles des Ghadeliyah et des Rifaiyah.

Or, les Rifaiyah avaient pour représentant à Médine Sayid Ahmad Asad, dont la famille est sur le pied de guerre avec celle de Sayid Çâfî, l'ami de Zafir. Asad, apprenant la faveur d' Aboul-Houda, se rendit à Constantinople et, depuis ce moment, les deux raisons sociales Aboul-Houda, Asad et C*®, Safir, Çâfî et C^®, ne cessèrent d'employer les intrigues et les calomnies pour se nuire réciproquement dans l'esprit du Sultan. Asad est parvenu à humilier Çâfî ; mais Zafir a été épargné par égard pour l'ancienneté de ses relations avec le Sultan.

Il est, à Constantinople, un autre vieillard, qui a su profiter pour lui et pour les siens de la religiosité du Sultan. Il appartient aux Sayids Alawidites de l'Hadramaut, honorés dans tout le monde mahométan : il s'appelle Sayid Fadhl-pacha, depuis que le Sultan lui a conféré cette dignité. Les Alawi, se targuent de leur généalogie incontestée qui les rattache à Alawi descendant de Houssein, petit- fils du Prophète...

Ces trois vieillards, qui sont censés représenter les plus hauts intérêts de la religion dans l'entourage du Sultan, se font injurier réciproquement par leurs disciples et plumitifs anonymes : c'est la guerre à mort pour se réserver l'exploitation des dispositions religieuses du Sultan ^

Abd-ul-Hamid a remis le sort de l'empire aux intrigues religieuses de ces saintes gens. Dès 1879, après

1. G. Snouck Hurgronjc, Rev. de VHist. des Religions^ XLIV, p. 262 et suivantes.

le renvoi des Jeunes Turcs, il appelait aux affaires le Tcherkesse tunisien Khaïr-eddin, qui lui promettait de fédérer autour de son trône tous les musulmans de l'empire et du dehors. Après le renvoi de Khaïr-eddin, les journaux officieux continuèrent d'inviter <( les princes et les peuples de Tlslam à entrer franchement en relations avec le Khalife, à lui confier la direction de leur politique et à se soumettre à ses ordres* ». Mais durant les dix-huit premières années de son règne (1876-1894), Abd-ul-Hamid tâtonna, sembla parfois reculer et toujours hésita sur le choix des moyens.

Dans sa vie privée, il s'efforçait de mériter l'approbation des plus dévots. Finis les jours d'abomination, où les surnoms de mest (ivrogne) et de giaour (infidèle) étaient bien portés par les Sultans, buveurs de vin et disciples de l'Europe! Finis même, les étalages de luxe et de crapuleuse débauche, qui étaient comme d'étiquette à la cour du Grand Seigneur ! Par crainte des complots, par calcul politique ou par quelque réveil de sa foi, Abd-ul-Hamid revenait à la rigueur des premiers âges, à l'observance presque littérale : «Ne portez pas d'habits de soie, a dit le Prophète, car celui qui s'en revêt dans ce monde ne s'en revêtira pas dans l'éternité... Le feu de l'enfer consumera les entrailles de celui qui boit ou mange dans des vases d'or et d'argent. » Abd-ul-Hamid affecta la simplicité, l'austérité. Il ne lâcha plus la

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