CONFIGURATION GÉNÉRALE
parties hautes de Tîle. Autrefois, un indigène voulait-il défricher un arpent de terre en forêt, il mettait le feu aux arbres plantés sur le terrain qu'il avait l'intention de cultiver et, indifférent aux conséquences de son acte, laissait l'incendie faire son œuvre. C'est ainsi que, pour un arpent de terre mis en culture, plusieurs centaines d'hectares de forêt étaient détruits. Un décret rendu par le sultan Abdallah, sur la proposition de M. le Résident Ormières, a mis un terme à ces errements. La forêt est désormais préservée de la destruction ; elle méritait de l'être.
On trouve dans ces futaies admirables tous les arbres des tropiques, iîcus géants aux troncs énormes, aréquiers élancés, bois de fer, faux
acajous, camphriers, sapotilliers, badamiers A
côté d'espèces connues, on découvre des essences encore ignorées du botaniste, toute une végétation bizarre, innomée, étonnante. De branche en branche, entre les lichens échevelés, les lianes coulent et glissent. De mousses étranges sortent de délicates orchidées aux fleurs morbides. Au milieu de la frondaison en dentelle des fougères arborescentes, entre les feuilles en éventail des palmiers, éclatent les fruits rouges des framboisiers sauvages.
Sur cette végétation luxuriante règne un silence impressionnant de mystère qu'interrompt par intervalles le cri des lémuriens, prolongé et pleureur comme une plainte.
Le soir, avant le crépuscule, sous les derniers rayons du soleil qui filtrent à travers la forêt, des formes se révèlent, des profils se dessinent, des êtres s'évoquent, imprécis et confus. Le sous-bois devient alors un paysage magique qui a toute la merveilleuse incohérence du rêve. C'est, à cette heure, une fantasmagorie de lumière et d'ombre, de clairs-obscurs et de clartés.
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GEOLOGIE
Anjouan est, nous lavons dit, d'origine volcanique. Elle est placée sur la même ligne de soulèvement que Mayotte, Mohéli et la Grande Comore.
Son émersion, qui a eu lieu pendant Tépoque géologique actuelle, a été apparemment contemporaine de celle des autres îles de Tarchipel.
Son ossature est faite de roches ignées, de basaltes, de trachytes.
La lave a coulé un peu partout.
Par places, on découvre des ponces et des tufs, quelquefois du cristal de roche et du mica.
Sur beaucoup de points le sol, graveleux et noirâtre, est couvert d'une sorte de mâchefer, produit de la scorification naturelle des matières éruptives.
Dans certaines régions on trouve de la pouzzolane; dans d'autres, à Sima notamment, une argile réfractaire, rouge, très compacte. Les indigènes se
8 LE SULTANAT d'aKJOUAN
servent de cette glaise ocreuse pour teindre leurs vêtements; ils remploient aussi à la fabrication de poteries grossières.
Le sable des côtes, dû à la désagrégation des roches volcaniques, est généralement noir, grisblanc, lorsqu'il s y est mêlé des parcelles de corail.
L'oxyde de fer, en suspension dans Teau de certaines sources, indique la présence de minerai de fer dans le sous-sol.
Les pierres volcaniques des bords de la rivière Tatingua sont traitées jiar les indigènes qui les écrasent et en font d'assez bon ciment.
A l'exception des districts de Sima-Chisioani, au nord-ouest, et de Jimilimé, au nord-est où les terres sont argileuses, le sol est presque partout perméable.
Anjouan est bien arrosée.
De petites rivières torrentueuses, jamais à sec, encaissées dans des gorges profondes, dévalent des flancs du pic N'tingui et bondissent jusqu'à la mer, de cascade en cascade. A la saison des pluies, grossies sur leur parcours par des ravines, elles roulent des blocs énormes et portent à l'Océan les arbres déracinés de leurs rives.
Sur la côte septentrionale, en allant de l'ouest h Test, on trouve successivement les rivières d'Akibani, de Pouzini, de Chiconi; le ruisseau de Page, dont Temboucliure sert d'aiguade aux navires de guerre qui mouillent dans la baie; Mouro lamjini, qui coule au pied de Hombo et se jette dans la mer à Moutsamoudour; enfin la rivière de Patsy-Ouani.
La pointe de Jimilimé est traversée dans sa longueur par les rus de M'tsaoueni et de M'ton-
t(Mii qui, pendant la saison sèche, se perdent dans les terres avant d'atteindre la côte.
A lest, la rivière Tatingua suit le thalweg de Bambao M'toni et de Marahani d où, par une canalisation savante, elle est dérivée sur les champs de canne de Bambao.
Viennent aussi déboucher, sur la côte orientale, Gégé et, plus au sud, Jomani, qui passe non loin de la vieille ville de Domoni.
Le district méridional de Nioumakélé est presque dépourvu dleau; des sources rares et dun faible débit assurent mal lalimentation en eau douce de ce canton où Ton ne rencontre qu'un seul ruisseau, d ailleurs peu abondant, celui de Kangani.
A signaler encore, à Touest et an sud-ouest, les ruisseaux de Lamboué, Maraharé, M'ro Mo li, Assimpao, Vassy, D'^^indi, Vouani^ Bandani, Chongoui et la rivière de Pomoni.
Sur le versant oriental du N'tingui, en pleine forêt vierge, dillîcilement accessible, le lac mystérieux de Dzialandzé, insondable au dire des indigènes, remplit de ses eaux immobiles et froides le cratère d'un volcan mort. Ce petit lac — il n'a guère plus d'un hectare de superficie — est peutêtre le réservoir naturel d'où sont issues les rivières du district oriental.
HYDROGRAPHIE 1 f
Au Dzialandzé se rattache me légende charmante. Sur ses bords vivent de petites sarcelles ^ les Koiria, que l'imagination des indigènes a faites gardiennes de la limpidité du lac.
Lorsque, par aventure, une feuille tombe sur ses eaux calmes, un Koiria nage vers elle, la pousse devant lui jusqu'à la rive où il la dépose ^ ne voulant pas qu'un seul inâtsuit soit ternie la surface du merveilleux Dzialandzé
Dans le cirque de Bambao M'toni.sourd une fontaine minérale dont le débit est considérable. L'eau en est gazeuse et froide, agréable au goût. Elle a des propriétés diurétiques. A l'analyse elle a donné en grammes par litre ;
Silice 0,128
Bicarbonate de fer (dissous) 0,009
— de chaux 1,010
— de magnésie 0,381
— de soude 0,086
— de potasse 0,044
Chlorure de sodium 0,038
Sulfate de soude 0,028
Fer en suspension (sesquioxydes).
(Analyse n® 290(). Laboratoire municipal de Paris. 28 mars 189(5).