‹ Le sultanat d'AnjouanChapitre 30 sur 46 · Gaboussi: théorbe · texte numérisé non relu

Gaboussi: théorbe

' « Deux Arabes, vêtus de leurs habits de fête,

« s'avancent le sabre au poing; ils se saluent, font

« volte-face, marchent vers les assistants, puis

« reviennent Tun vers T autre, la pointe de 1 epée

« dirigée vers la terre. Ils font alors, tout en dan-

« sant, mine de se poursuivre, en exécutant des

« passes d^armes. Un autre couple vient se joindre

(( à eux et la même scène se reproduit... Les

<( mesures, d'abord lentes, vont en s'accélérant ;

« acteurs et spectateurs sont haletants quand le

« salut final fait taire chanteuses et tambourineurs. (( Cependant, les jeunes mariés m'ont envoyé le

« bétel, et un vieillard notable est venu me passer

« au cou deux colliers de fleurs de jasmin. Les

« femmes sont montées sur la terrasse , et des

« fenêtres, me regardent curieusement de leurs

<( grands yeux noirs qui brillent sous le voile. Rien

« ne peut rendre Tétrangeté de cette cérémonie

« nuptiale, la grâce de ces danses et de ces chants

« dans cette atmosphère lourde de parfums d'Orient.

« L'esprit se reporte involontairement aux époques

<( lointaines où les lévites devant Tarche exécu-

« taient les danses hiératiques parmi la fumée des

*< encens. »

. Chez les Oimatsaha le mariage se célèbre de la même façon que chez les Arabes. Toutefois la

jeune fille bushman qui est liancée doit se raser les cheveux et se frotter la tête d'huile de coco.

Arabes ou Bushmen, les nouveaux mariés se teignent toujours les pieds au henné.

Chez les uns et les autres, les frais des noces

sont à la charge du mari.

Les Makois ne se marient point, à proprement parler, ils s'accouplent. De bonne heure les Makois cherchent femme. Un gamin de seize ans épouse une indigène adulte ; h peine marié, il jette ses vues sur une iîUette dont il fera sa seconde femme dès qu'elle aura atteint Tâge nubile. Pour s'assurer de la personne de l'enfant, il fait aux parents de celle-ci des cadeaux de toutes sortes. La période de Texpectative terminée, il abandonne sa première compagne pour prendre celle qu'il a depuis longtemps distinguée. Plus tard celle-ci fera place h son tour h une autre choisie de la même fa^on et... ainsi de suite. . .

Mais revenons aux Arabes et à leurs coutumes. Si les Arabes, ces u traditionnalistes » par excellence, ont respecté dans la suite des siècles l'antique ordonnance des cérémonies nuptiales, ils ont de même religieusement conservé les rites funèbres institués par leurs ancêtres d'Ambie, bien avant la venue du Prophète.

Les funérailles. — Le respect des morts est pour eux presque un dogme. De quels soins pieux n'entourent-ils point leurs coreligionnaires défunts! Que Ton en juge. Un croyant est-il expiré, ses amis et ses proches oignent d'huile son cadavre, placent une pierre sur le milieu du corps pour prévenir le gonflement des tissus abdominaux et la veillée commence par la récitation à haute voix des versets du Coran.

La prière dite, le « mosamoufou», le purificateur des trépassés, les mains dans de longues mitaines de toile, lave le corps et recouvre la tête du mort d'un turban ou d'un capuce, tandis que des chanteuses salariées entonnent des hymnes funèbres.

Cependant, on apporte à la maison mortuaire le linceul que des musulmans dévots ont ourlé et cousu à la mosquée, et l'ensevelissement a lieu.

Le cadavre, étendu sur un kibani, est entouré de bandelettes et roulé dans le suaire.

On le transporte ainsi à la mosquée où, devant les fidèles assemblés, l'imanlit la prière des morts.

Le cortège se rend alors au cimetière qui est toujours situé à l'intérieur de la ville ou du village. A Moutsamoudou les cimetières sont nombreux, chaque famille noble a le sien. Il n'est pas une

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melle de la vieille cité cjui n'aboutisse à une petite place hérissée d'aloès nains entre lesquels émergent des tumuli

Lac'os ubique^ p»tor ei plariauÊ tmoriis imago.

Scrupuleux observateurs de la tradition, les Anjouanais procèdent aux inhumations suivant les rites prescrits.

Ils creusent une fosse de cinq pieds de profondeur dans la paroi nord de laquelle ils pratiquent une niche longitudinale destinée à recevoir le corps. Au moment de Tenterrement les bandelettes et le suaire qui enveloppent le cadavre sont dénoués à hauteur du flanc droit, coté qui doit toucher la terre.

Les parents descendent le corps dans la fosse et le déposent dans la niche, la face tournée vers La Mecque : l'ouverture est ensuite fermée par une planche et la fosse comblée.

L^n homme pieux s'avance alors sur la tombe, asperge d'eau la terre de sépulture et adresse au défunt les exhortations dernières :

*< Que le démon, dit-il, ne te trouble point dans « Tétemel repos; fasse Allah que les mauvais « anges ne t'induisent pas en tentation et que tu « trouves la voie sainte du Paradis parmi les bien- « heureux élus. »

Pendant les trois nuits qui suivent rinhumation, sept nuits si le défunt est A^ race noble, les parents et les amis vont lire le Corè^ dans la maison mortuaire.

Lorsque meurt un personnage, on élève un abri sur sa tombe et, durant une semaine, nuit et jour, des vieillards récitent des sourates à son intention.

Quatre jours après le décès, les membres de la famille donnent aux pauvres « le Charoa-Mimba », littéralement « le Festin du ventre » qui marque dans Tesprit populaire la destruction complète de l'intestin et des viscères en général. Cette croyance remonte à la plus haute antiquité. On. en trouve trace dans la Bible. Il y a dix neuf cents ans, Marthe disait à Jésus :

«Maître, Lazare sent mauvais, il y a quatre jours «qu'il est mort.» (Joan. xi, 39.)

Deux autres repas suivent le Charoa-Mimba, l'un une semaine, l'autre six semaines après la mort ; seuls, les parents et les amis du défunt sont invités à y prendre part.

Festins de funérailles, ensevelissement, inhumation sont autant de cérémonies touchantes où la mémoire de celui qui n'est plus est exaltée. C'est ainsi que le peuple de Dieu devait célébrer la mort des siens.

Lorsqu'on assiste h un enterrement arabe, des souvenirs historiques s'imposent à l'esprit et ici encore il semble que Ton voie se dérouler devant soi une de ces scènes bibliques telles que l'imagination se plaît à les concevoir à travers le latin imapé de la Vulgate.

Chez les Bushmen on retrouve les mêmes cérémonies funèbres que dans la caste arabe.

Quant aux Makois, ils ne s'attardent point aux pompes religieuses. Ils creusent une fosse sur le type des tombes arabes et bushmen, lavent le corps du défunt et l'enfouissent sans autre forme de procès.

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