Le Livre par excellence, le Coran
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soumission qui, certes, ne manque pas de grâce et impressionne toujours celui à qui il est adressé, quelque blasé qu'il soit.
L'instruction de l'enfant terminée, mais à ce moment seulement, le magister reçoit des parents le salaire de ses leçons de plusieurs années : une vingtaine de roupies au plus.
Cette rétribution, qui noua pat*aît insignifiante, est une récompense très suffisante des services rendus par le maître à l'écolier si l'on songe au peu de progrès que l'élève a faits au cours de ses études. Le but que les parents s'étaient proposé en envoyant leur enfant à Técole, l'étude du Coran, n'est jamais ou presque jamais atteint. Cela tient à la méthode d'enseignement adoptée par les instituteurs arabes. Et ce vice d'instruction n'est point particulier à Anjouan, on lé ' retrouve dans tous les pays d'Islam. M. le lieutenant-colonel Monteil le signale dans son beau livre « De Saint-Louis à Tripoli par le lac Tchad » . Parlant des écoliers musulmans de Kano, il dit : « Ils ânonnent tout le « long du jour des versets qu'ils ne sont pas desti- « nés à comprendre. L'étude du Coran, en effet, « pour la majorité des élèves, se borne à un exercice « de mémoire analogue à celui de nos enfants de « chœur et de nos chantres qui psalmodient dans
« nos églises les hymnes et cantiques lutins dont « ils ne comprennent un seul mot *. »
Les jeunes Anjouanais ne font pas exception, ils ânonnent comme leurs frères en Islam et sans plus de résultat.
1. Lieutenant-colonel Monteil, De Saint-Louis à Tripoli par le lac Tchad (ch. IX).
Les Arabes venus à Anjouan dans un but de prosélytisme religieux convertirent de bonne heure à la foi de Mahomet les insulaires Oimatsaha.
Ils furent moins heureux auprès des nègres qui demeurèrent réfraetaires ou à peu près à toutes les tentatives de conversion, les Makois mahométans sont peu nombreux.
Les musulmans anjouanais — Bushmen exceptés — ne sont point fanatiques. Ils observent toutefois scrupuleusement les pratiques de leur religion.
Aux heures prescrites pour la prière , à l 'aube , vers le milieu du jour, à quatre heures de l'après-midi, au coucher du soleil et à sept heures du soir, le muezzin proclame du haut du minaret la gloire et la puissance de Dieu, indiquant ainsi aux fidèles que le moment du Salam est venu.
Le croyant, purifié par les ablutions rituelles, se tourne vers la Mecque et prononce la formule
invocatoire les mains écartées en un geste hiératique, puis il s'agenouille en murmurant les sourates du Coran, se prosterne la tète contre le sol et reste ainsi plusieurs minutes dans l'attitude de Tadoration.
Le vendredi et aux jours de fête, le Sultan, chef de la religion, se rend en fitacon à la mosquée. Deux de ses fidèles portent Tétendard du Sultanat et Tombrelle à franges vertes, insignes du Haut (Commandement. Les villageois de Merontsy tiennent à honneur d'escorter, en ces solennités, le souverain du pays.
Tous les Anjouanais jeûnent à l'époque du Hamadan. Chose étrange, ceux qui ne sont pas Musulmans, obéissant sans doute à la force de l'exemple, font abstinence comme les autres.
Les biens de mainmorte, — Les Sultans, n'ayant jamais voulu reconnaître aux confréries religieuses le droit 4p posséder, les biens de mainmorte sont peu nombreux dans l'île. Les quelques terrains qui sont constitués en habous sont frappés d'inaliénabilité, soit pour une raison d'ordre religieux, soit dans un but d'intérêt privé.
Dans le premier cas, les biens sont « habousés » pour qu'ils ne puissent être vendus et que leurs revenus soient affectés à l'entretien des mosquées;
dans le second cas, le « habous » s'explique par le désir qu'a le constituant de conserver à sa descendance la possession d'un immeuble qui lui appartient.
La législation algérienne des Habous n'est pas appliquée à Anjouan. L'ordonnance du 1*^*' octobre 1844, la loi de 1851 et le décret de 18S8 sont lettre morte dans le Protectorat. La matière est, ici, régie par la loi musulmane selon Chaféi.
Indifférence des Arabes anjouanais en matière religieuse, — Au contact des Européens, la foi des Anjouanais s'est émoussée. Ils ont des tendances au scepticisme et ne pratiquent plus maintenant qu'avec un sourire d'incrédulité.
Ceci ne se remarque point au premier examen ; il faut, pour s'en rendre compte, voir les Arabes de près, fréquenter chez eux.
Les moins fervents sont — le croirait-on ? — ceux qui ont fait le pèlerinage de la Mecque et qui jDortent le titre envié d'el hadj (pèlerin). L'un deux, que je questionnai sur son voyage en Arabie, me répondit: « Du pèlerinage je n'ai gardé qu'un mauvais sou- (i venir. On m'avait dit que Makka était la ville (( sainte, ce n'est qu'un repaire d'exploiteurs qui, « sous couleur de religion, volent les enfants de « Dieu. Je puis te le dire, je lai vu. »
Nonobstant ces symptômes non équivoques d'indifférence en matière religieuse, les croyants — qui ne croient plus — suivent rigoureusement les exercices du culte, affectent même des dehors vertueux, égrènent leur chapelet en marchant et, s'ils boivent du rhum et du w^hiskey, du moins ne s'enivrentils qu'en cachette.
Ils sont aussi demeurés les « jaloux » par excellence. Leurs épouses * ne peuvent sortir qu'à la tombée du jour et voilées. En voyage, les femmes de condition sont obligées de se faire transporter dans des litières fermées.
La circoncision. — Tous les Anjouanais, Musulmans ou non, se font circoncire. On ne circoncit guère les enfants avant l'âge de douze ans. Il est superflu d'ajouter que cela ne va point sans une cérémonie.
L'opération est faite en présence d'un public nombreux ; lorsqu'elle est terminée, l'enfant est exposé à la vapeur d'une décoction particulière qui, au dire des indigènes, aurait des propriétés lénitives. On passe ensuite aux bras et au cou du patient une parure de femme, collier et bracelets, qu'il doit garder pendant sept jours.
1. On sait que Mahomet permet au Musulman l'union légitime avec quatre femmes et le concubinage légal avec les servantes elles esclavcsqui vivent sous le toit conjugal .
C'est encore une occasion de réjouissances, de danses, de chants et de batteries de tam-tam qui se renouvellent tous les soirs de cette semaine.
Après la circoncision une retraite de trois mois est prescrite à Tenfant qui, durant ce temps, ne doit, sous aucun prétexte, quitter la maison paternelle.
Superstitions, — Les Anjouanais sont très superstitieux. Ils portent presque tous, pendues au cou ou attachées aux bras, des amulettes qui consistent en morceaux de bois aux vertus singulières, en feuilles de papier sur lesquelles sont inscrits des versets du Coran ou tracés des chiffres cabalistiques extraits de quelque grimoire de sorcier bushman, amulettes pour Tamour et le bonheur, grigris contre Tépilepsie et la gale bédouine.
Ils font aussi très volontiers des sadakas. Le sadaka est une invocation au démon. Ils supplient le diable de les préserver d'une maladie, de les soustraire aux maléfices, de nuire à leurs ennemis. Un indigène est-il atteint de démonomanie, l'exorciste ne chasse point le mauvais esprit mais l'adjure humblement de vider la place.
La connaissance des sadakas est une vraie science, ceux qui la possèdent sont vénérés et craints.
Les invocuteurs du démon font, pour obtenir les favtîurs qu'ils sollicitent, des sacrifices propitiatoires. Ils immolent, par exemple, un bœuf ou un cabri, donnent une part de la chair aux pauvres et font olfrandc au diable des morceaux de choix ((u'ils déposent à un endroit réputé favorable.
D'autres fois ils consacrent au Sera * un taureau, une vache ou une chèvre. Dans ce cas l'animal sadaka est laissé libre, il peut vagabonder à Taise et sans crainte, il est intangible et sacré. Le diable seul a le droit Je disposer de lui et de lui retirer la vie si bon lui semble.
( Certains sadakas étaient jadis accompagnés de sacrifices humains. Ces sanglantes pratiques qui rappelaient la fameuse immolation du « chevreau sans corne » dans le culte du Vaudoux ont disparu depuis ([u'Anjouan est sous le protectorat elï'eclir de la France.
Le chidiabouchamouji, littéralement « la défense de la ville », coutume aujourd'hui tombée en désuéude, était un sadaka général. On le célébrait une ois Tan. Trois bœufs donnés par le sultan étaient promenés autour dos remparts de Moutsamoudou.' Du minaret et des terrasses des mosquées les nuiez/ins énonf;aient h haute voix les vœux de la