‹ Le sultanat d'AnjouanChapitre 39 sur 46 · CULTURES INDIGÈNES · texte numérisé non relu

CULTURES INDIGÈNES

arpents de canne à sucre et de vanille. Il en est qui possèdent encore de très belles cocoteries.

Jadis, ils avaient aussi des caféières ; elles ont disparu, tuées moins par Thymeleya que par Tinconcevable incurie des propriétaires.

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LE COMMERCE INDIGENE

Les Anjouanais, nés marins, ont toujours été commerçants. Dès le xvii*' siècle, les Arabes d'Anjouan trafiquaient avec Mascate, apportant sur le grand marché du golfe d'Oman les produits de Madagascar et de la côte orientale d'Afrique.

En 1614, un officier hollandais, Van den Broeek, écrivait : « Ils vont k Madagascar quérir du riz, du « millet, de Tambre gris et des esclaves qu'ils « portent en Arabie, par la mer Rouge, pour y « troquer des toiles et des mouchoirs des Indes, « du coton et de Tamfion. » De Flacourt signale leur présence sur le littoral occidental de la Grande Ile: « Le pays, dit-il, se nomme Andou- « vouche, qui signifie baye. Ceux des isles Comoro « fréquentent avec des barques et y viennent « acheter du ris, des pagnes de soye et des ((esclaves; et troquent de l'argent pour de l'or (( ainsi que j'ay appris. »

Ils faisaient surtout la traite des noirs avec leurs coreligionnaires de l'Oman ou de rYémen.

Vers 1807-1810, on ne les vit plus sillonner de leurs boutres la mer Rouge et le golfe Persique. A cette époque, les théories humanitaires de Wilberforce étant à l'ordre du jour, les nations européennes s'étaient émues et avaient envoyé des vaisseaux dans l'Atlantique et dans la mer des Indes avec mission de faire la chasse aux navires suspects.

Les Anjouanais durent donc restreindre leur trafic et se contenter de n'être désormais qu'entrepositaires d'esclaves. Ils allaient chercher la marchandise humaine à Madagascar ou au Mozambique et la transportaient à Anjouan où ils la vendaient aux négriers européens. La traite ne cessa dans le Sultanat que vers 1840, au moment de la cession de Mayotte à la France, par Andriansouly (23 avril 1841).

Un article publié par M. Le Bron de Vexela (Univers, Iles d'Afrique) donnera une idée de la façon dont se traitaient les affaires commerciale s à Moutsamoudou, en Tan de grâce 1843.

« J'avais envoyé tous les articles que je croyais « pouvoir convenir ; le Sultan avait fait étaler tous « ces objets dans une salle, et lorsque j'arrivai, se

« trouvaient réunis autour de lui les princes et les « principaux habitants. J'eus à peine le temps de « me réposer ; à Tinstant vingt questions me furent « faites à la fois: « Combien ceci, combien cela? » « et ce qui leur plaisait davantage était toujours « trop cher. « Nous ne sommes pas comme les « Sakalaves, me disait le Sultan, nous connaissons « le prix de tout cela ? » Enfin après une séance de « plus de quatre heures, nous tombâmes d'ac- « cord : tous les articles dont le prix venait d'être « fixé par Salim (1845) et consenti par moi, furent « inscrits et restèrent dès lors invariables.

« Nul Anjouanais, quelque soit son rang, ne peut « acheter ni vendre un article tant que le prix n'en « est pas fixé d'avance par le Sultan, dans une « réunion spéciale comme celle que je viens de « décrire. Après que tout eût été stipulé sur ce « qu'ils voulaient acheter, vint le tour des articles « d'échange, car n'allez pas vous imaginer pouvoir « vendre aux Arabes contre de l'argent ; ils ont « pour habitude de se dire très pauvres. 11 faut « avoir bien soin de convenir d'une mesure, c'est « pour Tétranger une chose essentielle s'il ne veut « pas être trompé ; il doit surtout veiller lorsqu'il « reçoit la marchandise. Le Sultan reçoit un droit « de dix pour cent qu'il prélève sur la valeur des

« articles importés, cinq pour cent sur celle des « articles exportés, et de plus cinquante piastres de « droit d'ancrage.»

Le commerce anjouanais ne s'est pas relevé du coup que lui a porté l'abolition de la traite, il est aujourd'hui tombé à rien ou presque. Anjouan n'exporte guère que des peaux de bœufs et de cabris, des noix de coco, des arachides, des cordes en fibres de cocotier ; les arachides sont envoyées à Zanzibar, les noix de coco à Madagascar.

Sur les marchés locaux on vend quelques cabris, des légumes et des épices. C'est aussi là que les indigènes viennent se pourvoir des feuilles de bétel et des noix d'arec qu'ils ont coutume de mâcher avec de la chaux. A ce mélange, qui provoque une salivation rouge et abondante, certains attribuent la propriété d'exciter l'appétit, de faciliter la digestion et de tonifier l'intestin. Quoi qu'il en soit, l'usage du bétel est très répandu dans l'île, je ne sais pas d' Anjouanais qui ne chique point.

Les transactions se font ici en roupies et en subdivisions de roupie, chirobos * et toumounis ^, à l'effigie de Sa Très Gracieuse Majesté Britannique ou de l'empereur Guillaume II.

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