MM
liHi
fe]
Les matelots anjouanais manœuvrent très habilement les boutres tant à la voile qu'àlarame. Lorsque les vents sont contraires, le patron de l'embarcation embouche une conque marine et jette aux quatre vents du ciel des appels sonores, implorant ainsi les esprits de l'air de lui être favorables et de lui envoyer les brises propices. Cependant, les hommes de l'équipage chantent les louanges de Dieu et du Prophète qu'ils supplient d'exaucer leurs vœux... La voile reste-t-elle flottante le long du mât, ils ne s'en prennent ni à la Divinité, ni à eux-mêmes et se contentent de murmurer la formule fataliste : « Inch Allah ! »
« Parmi les îles de Zaledj, dit El Edrisi, on trouve « celle d'Andjabeh dont la ville principale se « nomme dans la langue de ZanguebarEl Anfoudja, « et dont les habitants, quoique mélangés, sont « pour la plupart musulmans. »
Sans voir, comme certains auteurs, Anjouan dans Andjabeh et les Comores dans les îles Zaledj, il est permis de penser que Tarchipel comoréen fut visité de bonne heure par les Chiraziens qui, en l'an mil de notre ère, avaient fondé TEtat de Kiloa sur la côte orientale d'Afrique.
Dans les premières années du xvi® siècle, vers 1S03, les Portugais ayant abordé à la Grande Comore donnèrent à Gazizia * et à ses satellites Anz'ouan' et Mouali le nom qui leur est resté dllhas de Comoro. Ils ne demeurèrent pas
1 . Gazizia, Anz'ouan', Mouali, noms indigènes de la Grande Comore, d'Anjouan et de Mohéli.
HISTORIQUE • m
longtemps dans ces parages. Les indigènes de Gazizia, en butte à leurs vexations, s'enfuirent à Anjouan, à Mohéli et à Mayotte. Cet exode détermina les oppresseurs à reprendre la route des Indes.
Quelques mois après le départ des « descobradores » portugais, des musulmans de Chiraz, conduits par un des leurs, Mohammed ben Haïssa, vinrent aux Gomores faire œuvre de prosélytisme.
Ils se répandirent dans l'Archipel.
Le fils de Mohammed ben Haïssa, Hassani ben Mohammed, s'arrêta à Anjouan. Débarqué à Sima avec plusieurs de ses compagnons il s'acquit vite les sympathies des indigènes, il les instruisit dans la religion de Mahomet, fit construire des mosquées dans tous les villages et, profitant des dissensions qui existaient entre les chefs des cantons de l'île, prépara les esprits à la fondation prochaine du Sultanat d'Anjouan.
Le grand chef de Moutsamoudou, Fani Ali, gagné à sa cause, lui donna sa fille Djombé Adia pour épouse et peu de temps après, grâce à cette alliance, Hassani ben Mohammed put prendre le titre de Sultan. Il eut pour successeur son fils Mohammed qui réunit Mayotte à Anjouan par son mariage avec Djombé Aminah, fille de Massilaha, chef de M'Zambourou à Mayotte. Ge fut également
H2 • LE SULTANAT d'aNJOUAN
SOUS le règne de Mohammed que Mohéli et la Grande Comore reconnurent la suzeraineté des Sultans d'Anjouan.
Cette suzeraineté fut, il est vrai, de courte durée ; avec Haïssa, fils et héritier de Mohammed, elle n'était déjà plus que nominale.
En mourant, Haïssa confia la régence à sa femme Mollana. Mais les Maorés * refusèrent de ratifier la volonté du Sultan défunt et se soulevèrent contre la régente. La guerre aurait tourné à la confusion des Anjouanais sans l'intervention énergique du chef de Moutsamoudou, Moigné Fani qui prit le pouvoir et défît les Maorés révoltés (161 i).
Anjouan fut, à cette époque, visitée par la flotte hollandaise de l'amiral Reyust. Un des officiers de la galiote « Nassau », Van den Broeck, note dans ses relations de voyages, la visite qu'il fît alors k la reine Mollana, reléguée à Domoni par l'usurpateur Moigné Fani : « Je fus encore, dit-il, renvoie « à terre, de l'autre côté, à la ville de Demonio, « où je fus magnifiquement reçu par la reine et ses « sujets. On offrit de nous accomoder de tout ce « qui était dans le pays et on nous logea dans