ACTE DEUXIÈME
DUMONT
Vous avez bien fait d'avouer... il vaut mieux dire la vérité dans ces cas-là; mav^ vous auriez pu attendre encore un peu, par pitié... Je ne vous ai rien fait, moi. .. On laisse leurs illusions aux gens qui n^ont pas autre chose. Mais vous n'aviez pas de temps à perdre, vous étiez presçée, il vous attendait, il vous attend... Eh bienl qu'est-ce que vous me voulez? pourquoi êtes-vous là? Vous êtes libre, partez! Il fallait partir sans me rien dire, c'était bien plus simple. Et moi, qui n'ai rien vu, rien soupçonné! Je ne méritais pas mieux, j'étais trop bête; mais, après tout, il m'avait rendu un service, il m'avait prêté de l'argent; il m'a pris ma femme, c'est bien naturel. Et il veut que vous emmeniez Jeanne! il veut me reprendre mon enfant! C'est trop. Mais pourquoi me faites-vous cet aveu?
HATHILDE, qui étouffe.
Parce que j'espérais que vous me tueriez, n'ayant pas le courage de me tuer moi-même.
PUMONT.
Pourquoi voulez-vous mourir ?
MATHILDE
Parce que je suis la plus malheureuse des femmes.
DDMONT.
Malheureuse! En quoi? On vous tiime, vous aimez, il faut vivre!...
MATHILDE
Je ne l'aime pas!
DUMONT
Vous ne l'aimez pas ! Quelle femme êtes vous donc?
MATHILDE
Je vous dirais qu'au fond de l'âme, je n'ai jamais aimé que vous, vous ne le croiriez pas. Et cependant, je n'ai pas autre chose à vous dire, et je ne vous le répète pas pour que vous le croyiez, je vous le répète parce que c'est la vérité la plus vraie. Voilà pourquoi je vous ai fait cet aveu...
Ordonnez quoi que ce soit, je m^ soumets d^avance, pourvu que je ne subisse plus ce martyre, ce châtiment plus effroyable que tous ceux (^ue vous pourriez inventer. Voulezvous que je meure pour vous faire libre, pour que vous p'Ussiez en aimer une autre, et lui donner votre nom que je D*ai pas respecté? Je vous fournirai toutes les preuves. Jugez-moi, tuez-moi, faites de moi tout cet quMl vous plaira. Je vous bénirai, quoi quMl arrive.
DUMONT
Et depuis quand étes-vous tombée si bas?...
MATHILDE
Depuis le jour où j*ai cru quMl vous sauvait.
DUUONT.
Depuis sept ans!... Alors, Jeanne?... (tfathiide baisse la t«te. la
cache dans ses mains sans râpondre.î Eh bien , rclCVez-VOUS, madame; c^est tout, il nV a plus rien & me dire?...
If ATHILDE.
Qu'ordonnez-vous ?
DTJMONT.
Faites tout ce que vous voudrez, madame \ prenez votre enfant, allez-vous-en : je ne vous connais pas.
MATHILDE
Adieu 1 (Elle selère et fait un pas.)
* DUMONT
Où allez-vous?... Je vous défends de mourir.
MATHILDE
Pourquoi?
DUMONT
Parce quMl y a assez de crimes déjà dans le passé, et que votre fille a besoin de vous. Ce n'est pas moi qui relèverai, n'est-ce pas? et son père peut mourir d'un moment à Tuutre.
Henri, vous allez vous battre ?.••
DUMONT
Qu^ vous importe?