ACTE TROISIÈME
DUMONT
Et il me plait de le demeurer...
ALVAREZ
Où voulez-vous en venir ?
DUlfONT.
A vous demander un conseil.
ALVAREZ
A moi un conseil 7 Ce n'est pas sérieusement que vous parlez ainsi?
DUMOIIT.
Gomment pourrais-je m'y prendre pour ne pas parler sérieusement dans une situation aussi sérieuse?... Croyez* TOUS que, depuis deux heures, Je n'ai pas eu le temps de réfléchir? — Et les réflexions vont vite dans certains moments. — Je sais donc ce que je fais... car, grâce à Dieu, mon esprit est sain et mon âme est forte... Cest une bonne chose que d'avoir appris la vie à l'école d'une mère honnête femme, et d'un père honnête homme... Je vous interroge donc— c'est le moindre de mes droits ! —et je vous demande, si je vous avais rendu jadis un service signalé; si, après vous avoir rendu ce service, j'étais devenu votre associé, votre ami le plus intime; si, étant votre ami, je vous avais volé votre femme; si j'avais eu d'elle une enfant qui, étant la mienne, eût passé pour la vôtre, que feriez-vous? Répondez.
MATHILDE, à genoax.
Mon Dieu I mon Dieu !
Il y a des situations où l'on ne prend conseil que de soimême et de sa dignité.
DUHONT.
Vous refusez de me le dire.
ALVAREZ
Ce n'est pas à moi de vous l'appr'^Qdrc.
DUMORT.
Alors je puis interpréter votre silence?
ALVAREZ
Interprétez-le.
DDHONT.
A ma place* vous m*eussiez déjà traité de misérable, d'infâme, peut-être même m'eussiez-vous déjà souffleté... afin de rendre inévitable le duel qui ordinairement, entre deux hommes conyne nous, doit résulter d'une pareille situation.
ALVAREZ
Peut-être ! (Ifathild« éoonte arec terreur.)
DUHORT.
Je ne mettrai pas quatre témoins dans la confidence d'un fait qui ne doit être connu que des coupables et du juge... Et d'ailleurs, si je ne vous tuais pas , où serait la répara* tion?... Si vous me tuiez, où serait la justice?...
Alors ?..«
DUHONT.
Alors, j'ai interrogé la loi et je lui ai demandé quels moyens elle m'offrait... Je puis vous tuer... elle et vous... Je puis faire emprisonner ma femme et la flétrir publique-, ment... Je puis me séparer d'elle... à l'amiable, comme ondit... quoi qu'il arrive, déshonneur pour elle, ridicule pour moi... honte pour l'enfant, qui ne peut pas être solidaire de votre crime... La loi est cruelle... elle eût pu mieux prévoir... Il me reste le droit de pardonner... Hélas!... je le voudrais, mais je ne suis qu'un homme, et je n'en ai décidément pas la force, malgré le désir que j'aurais de me montrer supérieur à vous. Si aveugle qu'ait été votre passion, ii est Impossible que vous ne commenciez pas à en rougir et à souffrir du mal que vous avez fait... mal incalculable, — irréparable, — car 11 me prend mon passé... mon présent... mon avenir .. il me prend mon amour dans ma femme, mes espérances dans ma fille, jusqu'à mon amitié dans vous... car à vous trois vous étiez tout mon cœurl