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M. VAES. R OSCAR BOL C. KURTH, A. POTTIEf
ont atteint la population de nos villes et de nos villages dans leurs personnes et dans leurs biens, les fusillades, les incendies et les pillages, qui se sont poursuivis un peu partout sur notre territoire, non pas même avec le caractère de représailles, mais avec de véritables raffinements de cruauté. Au surplus, aucune provocation n'a pu être établie à Visé, à Warsage, à Louvain, à Wavre, à Termonde et dans d'autres localités encore qui ont été l'objet d'une destruction totale froidement exécutée plusieurs jours après l'occupation, sans oublier l'incendie systématique des habitations isolées situées sur le passage des troupes, et la fusillade des malheureux habitants qui s'enfuyaient.
Les Allemands ont prétendu, dans leurs journaux, que le gouvernement belge aurait fait distribuer aux populations des armes dont elles devaient faire usage contre les envahisseurs du territoire. Ils ajoutent que le clergé catholique aurait prêché une sorte de guerre sainte et incité partout ses ouailles à massacrer les Allemands. Enfin, ils ont soutenu, pour justifier les massacres de femmes, que celles-ci ne s'étaient pas montrées moins acharnées que les hommes, allant jusqu'à verser de leurs fenêtres de l'huile bouillante sur les troupes en marche.
Autant d'allégations, autant de mensonges ! Loin d'avoir fait distribuer des armes, les autorités, à l'approche de l'ennemi, ont partout désarmé les populations; les bourgmestres ont partout mis leurs administrés en garde contre des violences qui entraîneraient des représailles; le clergé n'a cessé d'exhorter ses ouailles au calme; quant aux femmes, sauf d'après un récit de source suspecte, dans un journal étranger, elles n'avaient d'autres préoccupations que d'échapper aux horreurs d'une guerre sans merci (1).
Ce qui n'empêche pas le gouvernement allemand de réitérer son accusation en l'entourant d'atténuations hypocrites.
(1) Rapports sur les violations du droit des gens en Belgique, p. 55,
Il î LE SII'I'I.ICK DK L0UVA1N
Voici en effôt le texte d'un rapport officiel adressé le 22 janvier dernier par le ministère de la Guerre allemand au chancelier de l'Empire.
Ce document a été publié par le journal catholique hollandais le Tijd dans son numéro du 22 mars dernier :
Département de la Guerre, Berlin, W. f 6.
Leipzigstr., 5.
Majoor Bauer,
Obergeriehtsrat dr. Wagner, Kalkulator Petzoldt.
Accusations portées contre les Allemands dans V affaire du traitement infligé au clergé belge.
En réponse à la lettre de Votre Excellence du 20. 1. 1915, n° 2267, le ministère de la Guerre a l'honneur de vous faire la communication suivante : Nous n'avons reçu ici aucune communication officielle relative au cas du cardinal Mercier. Gomme il faudra tenir compte, en tout premier lieu, du cas susdit, dans l'éventualité d'une contradiction, nous demandons à ce sujet des informations télégraphiques au Gouvernement général impérial à Bruxelles. Quant au démenti désiré des prétendus assassinats des membres du clergé, nous sommes à même de vous faire les déclarations suivantes :
Toutes les affirmations énoncées jusqu'à ce jour par les Belges en ce qui concerne les prétendues brutalités des troupes allemandes sont manifestement à marquer du sceau de l'invention, car elles passent sous silence le simple fait, établi par les déclarations de centaines de témoins entendus sous serment et qui n'a été sérieusement mis en doute par aucun Belge, qu'au début de la guerre la population civile s'est laissée séduire, sur une échelle des plus étendues, à faire des attaques traîtresses et ceci avec le consentement des autorités. Le septième rapport de la
Commission belge d'enquête doit même reconnaitre maintenant que le gouvernement a fait afficher partout, au commencement delà guerre, des proclamations relatives à la guerre du peuple, proclamations dans lesquelles |a partie de la population la moins instruite devait voir un appel à une guerre générale du peuple (1).
Trompé de la sorte, le peuple se croyait justifié en attaquant, à l'abri des maisons, des arbres et d'autres refuges, avec des armes qui avaient été cachées sous les habits ou dans les habitations, en attaquant donc, brusquement, dans les villages, principalement de nuit, les troupes qui ne soupçonnaient rien et qui, peu de temps auparavant, avaient été reçues par cette même population d'une façon aimable en apparence. Ce n'est que contre cette guerre du peuple, non permise, que fut dirigée la défense allemande; cette situation simple des faits est constamment dénaturée du côté belge etce qui n'était, en somme, qu'une répression provoquée par son propre gouvernement de la guerre de francs-tireurs, est représenté comme une cruauté de l'armée allemande.
Toute allégation concernant un martyre, une profanation ou des traitements indignes infligés par les Allemands est un pur mensonge. Ceci concerne en particulier l'attitude des soldats allemands vis-à-vis des membres du clergé séculier ou régulier. Le gouvernement allemand est persuadé que c'est précisément le clergé belge qui a essayé, comme conducteur, de ramener le peuple à la raison et de le décider à renoncer à ces attaques. C'est pour ce motif que les officiers allemands ont essayé, à plusieurs reprises, de se mettre en communications avec le clergé, ce qui leur a réussi, à seule fin de prévenir la population, par leur intermédiaire, comme celaest arrivé entre autres à Louvain(!). Cela n'a pas toujours réussi : c'est ainsi que le 15 août 1914 le curé de Hollange s'est plaint au général-major Kuhne qu'à son regret il ne lui était pas possible d'amener beau-
(1) On vient de lire les textes; je laisse le lecteur juge de il'aLo* minable tartufferie de cette interprétation.
coup de mauvais éléments de sa commune à s'abstenir de tirer sur les Allemands, à l'abri des arbres.
Nous référant à l'attitude du gouvernement belge, nous devons déclarer encore que — chose que le gouvernement allemand regrette profondément — de ci de-là il y a quelques ecclésiastiques qui oublièrent leur position et se mirent du côté des francs-tireurs, qui prirent même les armes et firent le service d'espionnage. 77 nest pas douteux que ce furent des cas exceptionnels; mais là où ils se produisirent il fut impossible à l'autorité militaire de faire une distinction entre les ecclésiastiques et les laïques qui portèrent les armes. A son regret, elle dut exiger séparément justice également de ces ecclésiastiques ainsi qu'il a été fait à Spontin, Battice, Aerscliot, Hockay et dans quelques autres localités. On doit encore remarquer qu'à plusieurs reprises des civils et des soldats ont abusé des vêtements religieux pour l'exécution de leurs attaques traîtresses.
Jamais ni officier allemand ni soldat n'a, de propos délibéré, porté atteinte à des biens ecclésiastiques ni maltraité un membre du clergé. L'enquête ordonnée par le gouvernement allemand en ce qui concerne la liste publiée du côté belge des prêtres et moines prétendument assassinés nécessitera encore un temps assez long. Ce que Von peut croire en somme des altérations belges relatives à des poursuites et à des assassinats de prêtres est illustré par le cas du vice-recteur de V Université de Louvain, Dr. Coenraets; la Commission belge d'enquête ne tarissait pas dans ses détails concernant sa fin affreuse; il aurait été mis à mort à Louvain en présence de centaines de spectateurs, parmi lesquels des femmes et des enfants qui furent obligés d'applaudir, voilà ce quon lit dans le protocole de la Commission et elle s'en est servi pour faire de la réclame partout. La vérité est que le Dr. Coenraets se trouve encore actuellement en bon état de santé chez le professeur Toels à Heerlen, Hollande. On peut ainsi se faire une idée de la véracité des nouvelles listes. La vérité est que les troupes allemandes n'ont pu, là où elles ont rencontré de l'opposition, faire de distinction entre les francs-tireurs et ont dû punir ceux qui d'ailleurs
avaient commencé par souiller la dignité de leurs fonctions religieuses et tout ecclésiastique considérera ceci comme juste.
Comme délégué, V. Wandel.
A Monsieur le Chancelier de V Empire
[Affaires étrangères).
Ce document a fait l'objet dune réponse du « Bureau documentaire belge » que nous croyons devoir reproduire intégralement. Elle vise à la fois la légende des francs-tireurs et l'accusation portée contre l'attitude du clergé belge (1) :
Le journal hollandais De Tijd (n° du 22 mars 1915) publie le texte d'un mémoire adressé par le ministère de la Guerre allemand au Chancelier de l'Empire, et envoyé par celui-ci, en forme de circulaire, aux représentants de l'Empire allemand à l'étranger, au sujet de l'attitude de la population civile et du clergé belges envers les troupes allemandes.
Ce document, contrairement à ce que croit De Tyd, n'est pas entièrement inédit : la plus grande partie en a déjà été reprise dans un communiqué du 7 février 1915, de l'ambassadeur allemand de Madrid, à la presse espagnole.
Des réfutations en règle, avec preuves à l'appui, en 'ont été immédiatement publiées (voir notes du B. D. B., nos28, 29, 30).
En outre, un défi a été publiquement porté à l'ambassadeur allemand à Madrid de produire dans la presse les documents officiels belges auxquels son communiqué faisait allusion; le défi, transmis par télégraphe, a été inséré dans les journaux espagnols des 19 et 20 février 1915; il est resté sans réponse.
(1) Bureau documentaire belge, classement général n° 75, série critique n° 25.
La lumière est donc faite, depuis près de deux mois, sur la valeur réelle du présent mémoire allemand.
Néanmoins, comme sa publication intégrale actuelle, pourrait, par erreur, passer pour nouvelle en certains pays neutres, il paraît utile de rappeler ici, en la complétant par des documents nouveaux, la réfutation précédente.
§ I. — L attitude de la population civile belge.
Le mémoire allemand dit :
Aucun Belge ne met pins sérieusement en doute qu'au commencement de la guerre la population civile se laissa aller, avec l'approbation de l'autorité et dans la plus large mesure, à des attaques traîtresses contre nous.
De telles affirmations générales sont sans aucune force probante. Seules des déclarations précises et personnelles ont valeur d'argument.
Le mémoire allemand dit encore :
Le septième rapport de la Commission belge d'enquête reconnaît lui-même que le gouvernement, au début, fit afficher partout des proclamations dans lesquelles la partie peu cultivée de la population a du voir un appel aux armes.
Le septième rapport belge ne contient rien de pareil. Il est exclusivement Consacré à relater des faits d'emploi de balles explausives, de mauvais traitements infligés aux blessés et prisonniers, d'attaques d'ahibulances, d'internements de médecins, de violences à des civils employés comme boucliers vivants pour les troupes allemandes, enfin de bombardements exécutés en violation des lois de la guerre. Il n'y est pas l'ait allusion à une seule proclamation belge.
En t'ait de proclamation officielle belge, la Commission d'enquête a reproduit, en annexe à ses rapports, les documents suivants :
1° Une circulaire de M. Berryer, mioistre de l'Intérieur, adressée, le 4 août 1914, aux 2.700 communes du pays, à la fois, par voie télégraphique (télégramme d'État) rappelant à la population (qui, d'ailleurs, ne l'ignorait pas dans son
ensemble) que les hostilités contre l'envahisseur sont exclusivement réservées à l'armée, à la garde civique et aux corps de volontaires régulièrement organisés. Certaines des dispositions de cette circulaire sont empruntées textuellement à la convention de La Haye (tel, par exemple, ce qui concerne la population d'un territoire prenant spontanément les armes à l'approche de l'envahisseur, et qui reproduit fidèlement l'article 2 du règlement annexé à la convention).
2° Un avis du même ministre, inséré journellement dans la presse et affiché dans là plupart, sinon dans toutes les communes du pats, dès le début du mois d'août; et renouvelé spécialement encore le 30 septembre 1914 pour la partie du pays jusqu'alors inviolée; cet avis recommandait à la population civile de « s'abstenir soigneusement de tout acte d'hostilité contre les troupes étrangères » et déclarait à la fois « criminel et imprudent l'acte de violence commis par un seul civil ».
La circulaire et l'avis ne laissent place à aucun doute, ni à aucune équivoque même pour la partie la moins cultivée de la population. (Voir leur texte p. 102 et 105.)
En réalité, là ne se borna pas l'action préventive des autorités belges.
Dans la plupart des communes, l'autorité locale cotisti- I née poussa la prudence jusqu'à réitérer elle-même, sous forme d'avis et d'arrêtés communaux, dûment affichés, les recommandations ministérielles. Les troupes allemandes ont pu trouver des avis et arrêtés de ce genre placardés aux places et carrefours, dans de nombreuses villes et villages.
Bien plus, joignant l'acte à la recommandation, un nombre considérable de ces autorités communales prirent des arrêtés spéciaux rendant obligatoire le dépôt immédiat aux commissariats de police et aux hôtels de ville, de toutes les armes à feu des particuliers (revolvers et fusils de chasse). Les Allemands trouvèrent ces dépôts, avec armes étiquetées au nom des propriétaires et, en plusieurs cas affectant d'y voir la preuve d'une organisation clandestine de la guerre de francs-tireurs, ils en rendirent les
autorités communales responsables, en dépit de toutes les explications fournies, et frappèrent la commune entière d'amendes ou de châtiments collectifs plus terribles.
Tels sont les actes du gouvernement et des autorités belges.
Ils sont patents, établis par des documents officiels, par la collection des journaux belges de l'époque, par des photographies des murs d'affichage, etc.
Si le gouvernement allemand les dénie, il a le devoir d'apporter ses preuves.
La population a si bien compris ces mesures, s'y est si bien conformée qu'il n'y a eu, dans aucune région de la Belgique, de guerre de francs-tireurs organisée. Le gouvernement allemand, en dépit de toutes ses affirmations, n'a pas encore pu apporter une seule preuve d'un cas d'agression traîtresse de la population d'une région ou d'un village contre ses troupes.
Les auteurs du mémoire invoquent une lettre prétendument écrite par le curé de Hollange à un officier supérieur allemand et dans laquelle le prêtre inculperait « des malfaiteurs de sa commune »; mais ils ne donnent pas le texte de cette lettre, rendant ainsi impossible tout contrôle et toute discussion sérieuse.
Au reste, cette lettre suspecte, fût-elle authentique, elle n'établirait encore rien d'autre qu'un cas isolé. Or, c'est d'une attitude générale de la population et du gouvernement que l'on argumente. Et c'est cela dont le mémoire n'apporte pas de preuve (1).
(1) Cette réserve était pleinement justifiée. D'un rapport officiel de révêché de Namur, il résulte que la déclaration attribuée au curé de Hollange est fausse de tout point :
« Evéché de Namur.
« A l'appui de ses affirmations, l'autorité allemande cite un, fait particulier : celui du curé de Hollange, qui, le 15 août 1914, se serait plaint au général-major Kuline qu'à son regret il ne réussissait pas à détourner plusieurs éléments criminels de sa paroisse de tirer sur les Allemands du haut des arbres.
Qu'on veuille bien faire appel aux souvenirs personnels du
De nouveau, le gouvernement allemand est mis au défi de produire le texte authentique de la proclamation du gouvernement belge, qui aurait excité ou aurait pu exciter la population civile à attaquer traîtreusement l'armée allemande.
| II. — L'attitude du clergé belge.
Sur ce point, le mémoire allemand révèle une double préoccupation : réduire à quelques cas individuels et exceptionnels l'inculpation générale de participation aux hostilités primitivement dirigée contre l'ensemble du clergé belge; et disculper l'armée allemande des accusations portées contre elle à raison des cruautés qu'elle a
général- major Kuhnc : lui-même reconnaîtra qu'à la date du 15 août il n'était pas à Hollangc. Il n'y avait pas, ce jour-là, un seul soldat allemand à Hollange.
« Le général-major Kuhae a séjourné à une date ultérieure à Hollange; il a eu alors un court entretien avec le curé; mais aucune parole n'a été échangée qui ressemble de prés ou de loin au propos rapporté ci-dessus. Le curé donne à ce sujet le démenti le plus formel. Il exprime le désir qu'il soit confronté avec le général-major Kuhne.
« Le propos rapporté est d'autant plus étrange que les troupes allemandes ont été très bien reçues à Hollange; que la population tout entière s'est comportée d'une manière irréprochable, au point de n'inspirer Ja moindre inquiétude ni au curé de la paroisse, ni aux troupes allemandes.
« Non seulement on n'a pas tiré un seul coup de feu contre les troupes allemandes, mais on n'a mêneepas songé que la chose fut possible. Il n'y avait plus une seule arme dans le village : toutes avaient été préalablement recueillies et déposées à la Maison communale, conformément aux instructions du gouvernement belge.
« Bien plus, quiconque connaît les habitants de Hollange, d'un caractère doux et très paisible, peut affirmer qu'aucun d'entre eux, eût-il des armes, n'aurait songé à en faire usage.
i< Il existe une preuve évidente qu'il ne s'est produit à Hollange aucun acte d'hostilité, c'est que ce village est l'un de ceuxoù il n'y a eu ni une seule maison incendiée, ni un seul civil fusillé.
« Le fait concernant Hollange est donc faux, dans son ensemble et dans ses détails : qu'on juge par là du bien-fondé des conclusions. »
122 LE SUPPLICE DE LOt VAIN
exercées, sans motif, contre de nombreux membres de ce clergé.
On sera frappé du changement d'attitude du gouvernement allemand dans ses imputations contre le clergé belge.
Au début de la guerre, les accusations contre les prêtres belges ont été nombreuses; le clergé belge était accusé de fanatiser la population civile, d'instituer la guerre de francs-tireurs et même de la diriger. Guillaume II n'hésita pas à prêter à ce réquisitoire l'autorité dune confirmation impériale publique : dans son message au président Wilson, affiché à Bruxelles, au début de septembre 1914, il donne comme raison du régime de terreur instauré en Belgique par son armée « les cruautés commises dans celte guerre de guérilla menée par des femmes et des prêtres sur des soldats, des médecins et des ambulancières (1)..- »
L'accusation à cette époque prit un caractère si général qu'elle donna lieu, en Allemagne, à une recrudescence de l'hostilité confessionnelle contre le catholicisme dans certaines régions protestantes; l'évêque de Ilildesheim s'en émut dans une lettre rendue publique ; le bureau Pax, office de défense apologétique créé par le clergé et le parti du centrej jugea urgent, pour les intérêts confessionnels du catholicisme allemand, de faire méthodiquement la lumière sur ces calomnies. Mais la conviction des milieux officiels allemands était telle, que la Koelnische V'olkszeitung, s'étant permis de protester respectueusement contre l'affirmation téméraire de l'empereur, se vit suspendre par la censure.
Plusieurs mois durant, les accusations se propagèrent multipliées sans contrôle par la presse. Il ne fallut rien moins que la ténacité intéressée des enquêteurs du bureau Pax, pour y mettre un frein et ramener petit à petit les journaux et le gouvernement allemand à tin peu plus de circonspection (2).
(l)Cf. Gin. Wàxweiler, La Belgique neutre et loyale, Lausanne et Paris, Payot, éditeur, p. 199.
(2) Voir, sur cet incident, p. 132.
Le mémoire allemand, dont il est ici question, est le produit de ce nouvel état d'esprit: il abandonne catégoriquement l'accusation générale, pour ne retenir que quelques cas individuels et exceptionnels.
Il est pris acte de ce désaveu officiel que le gouvernement allemand s'inflige ainsi tardivement à lui-même. Mais même réduite à la faible importance de phénomènes individuels, l'accusation peut-elle davantage se soutenir?
C'est ce dont on peut juger.
Le mémoire allemand invoque, à titre d'exemples, seulement quatre cas individuels de participation de prêtres belges aux hostilités contre les troupes allemandes : ceux des Curés de Spontin, de Batlice, d'Aerschot, et de Hockay, de qui, dit le mémoire, l'armée allemande « dut exiger des comptes», ce qui signifie en langage militaire allemand « mettre à mort ».
Or, il est établi par des documents et témoignages de la plus haute valeur, et même par des aveux allemands publiés sous le regard de la censure, que les affirmations du mémoire sont fausses dans chacun de ces quatre cas.
1° A Spontin, diocèse de Namur, le curé fut fusillé, sans jugement et quoique innocent. Preuve : la déclaration officielle incontestée et incontestable du chanoine Schmitz, délégué de Mgr Heylen, évêque de Nâmur, publiée dès le 2 décembre 191-4 dans le grand journal catholique hollandais De T\jd. (Voir ce rapport déjà publié dans la note du B.D. B. n°30.)
2° A Battice (diocèse de Liège), le ministère de la Guerre avait naguère officiellement déclaré que le curé, «portant le brassard de la Croix-Rouge », épiait d'une manière suspecte les troupes allemandes, et des lettres de soldats allemands, se prétendant témoins oculaires, avaient dit qu'il avait été fusillé. (Voir la correspondance de Cologne, datée du°2i mars 1915, au Tyd,n° du 25 mars 1915.) En réalité, le curé de Battice n'a pas été fusillé ; il vit toujours, mais il a été odieusement maltraité sans raison par les Allemands; lui-même a écrit au Tyd une lettre où il raconte les sévices dont il a été victime. Cette lettre a été reproduite dans la note du B.D. B. n° 67.
3° A Aerschot (diocèse de Malines) : il est établi, par le témoignage d'un professeur hollandais de Dordrecht, M. Grondijs, protestant de religion, qui fut à Aerschot le lendemain del'exécution, etil est confirmé par les récits allemands eux-mêmes, qu'un prêtre futfusillé, mais sans jugement et sans même qu'il fût prévenu d'avoir personnellement participé à des hostilités d'une manière quelconque ; il fut enveloppé avec un groupe d'autres notables, dans les représailles exercées en masse sur la population, rendue responsable de ce qu'un coup de feu, lire très probablement par des soldats allemands pris de panique, avait tué le général allemand au balcon de la maison du bourgmestre. (Cf. Les Allemands en Belgique; Louvain et Aerschot. — Noies d'un témoin hollandais , par L. H. Grondijs, Paris et Nancy, Berger-Levrault, éditeur.)
1° A Hockay (diocèse de Liège), le curé fut mis à mort sans avoir été accusé, ni même prévenu d'avoir participé à des hostilités ; les troupes allemandes entrant dans le village et voulant fusiller tout le monde sous le prétexte ordinaire que quelqu'un avait tiré, le curé s'offrit en viclime volontaire pour que l'on épargnât ses paroissiens ; il fut donc priset fusillé.
Le jugement définitif sur tous les cas individuels d'accusation allemande contre des membres du clergé belge vient d'être porté en Allemagne même, par un Allemand, et sans contradiction, ni delà censure, ni delà presse allemande :
Dans aucun cas, il n'a été démontré officiellement qu'il ait été tiré du haut des clochers avec la coopération de prêtres Tout ce qui jusqu'à présent a été appris et, en même temps, soumis à enquête, en fait de prétendues cruautés des prêtres catholiques dans cette guerre, a été sans exception trouvé faux et entièrement inventé. Nous ne pourrons savoir qu'après la guerre comment, avec ce fait, peut se concilier le fameux télégramme de notre empereur au Président des Etats-Unis de l'Amérique du Nord...
Ce jugement catégorique est de M. Lorenz Muller, qui l'imprime en caractères gras et largement espacés dans le dernier numéro paru de la revue scientifique Der Fels. (Voir De Tyd, n° du 25 mars 1915, n° 20577, page 1.)
Il est d'ailleurs pleinement confirmé par les multiples
enquêtes du bureau Pax, dont une grande partie ont été analysées par le R. P. Bern. Duhr, S. J., dans sa brochure : Der Lugengeist im Vôlkerkrieg . (G. J. Manz, éditeur, à Miïnchen-Regensburg.)
§ III. — L'attitude des troupes allemandes envers le clergé belge.
Le mémoire allemand affirme que les troupes allemandes se sont correctement conduites envers le clergé belge et n'ont procédé à des exécutions que dans quelques cas de punition méritée et de nécessité absolue.
On vient de voir, au contraire, que dans les seuls cas cités, à supposer — chose qui n'a jamais pu et ne saurait être démontrée — qu'il y ait eu un coupable, le coupable, en toute hypothèse, n'était pas le prètrequi fut mis à mort.
Quant à savoir si les exécutions furent, en réalité, peu nombreuses, la liste des prêtres et religieux belges, immolés en dépit de leur innocence, répond éloquemment.
Le cardinal Merciercite nominativement dans sa fameuse lettre pastorale, datée de la Noël 1914, tous ceux dont la mise à mort était alors avérée. De nouveaux noms sont venus s'ajouter à cette liste ; elle comprend actuellement, bien qu'encore incomplète : 13 prêtres ou religieux du diocèse de Malines, 6 du diocèse de Liège, 26 du diocèse de Namur, dont 2 prêtres du diocèse de Tournai, tués dans le diocèse de Namur ; 3 (dont un séminariste) du diocèse de Tournai; 1 du diocèse de Bruges.
Total : Quarante-neuf prêtres et religieux mis à mort en Belgiquepar les troupes allemandes .
A ces massacres viennent s'ajouter les cruautés exercées sur de très nombreux prêtres encore en via et qui furent injuriés, blessés, torturés, emprisonnés, enlevés comme otages, toujours sans jugement, ni preuves, ni même inculpation personnelle.... (1)
(1) Pour plus de détails, voir Le martyre du clergé belge, par Auguste Mélot. (Coll. des Pages actuelles, n° 12.)
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Sur la conduite des autorités allemandes à l'égard du clergé belge, les faits surabondent. Citons celui qui concerne un éminent ecclésiastique, auquel le Souverain Pontife devait peu après conférer la prélature romaine. Il s'agit de Mgr Pelzer, secrétaire delà Bibliothèque vaticane, dont le Temps (4 mars) rapporte ainsi l'aventure :
L'abbé Pelzer, muni d'un laissez-passer délivré par la « Kommandantur » de Liège, avait quitté Liège le 17 octobre pour rejoindre son poste à Rome. Avant d'arriver à Baie, à Weil-Leopoldshœhe, il fut arrêté et fouillé II n'avait aucun papier compromettant. Il parle parfaitement l'allemand. Mais ses explications et son passeport, signé par le commandant allemand de Liège, ne lui servirent de rien ; pas plus qu'une lettre de recommandation de l'évêque de Liège, dont le commissaire allemand disait ironiquement : a Pour moi, l'évêque, cela n'existe pas. » L'abbé Pelzer fut jeté en prison à Fribourg-en-Brisgau et soumis au régime cellulaire des détenus de droit commun Un de ses amis, professeur à l'université de Fribourg, offrit vainement de lui donner l'hospitalité. Dans sa prison on ne lui servait à manger de la viande que le dimanche. Durant toute sa captivité on ne lui permit pas un seul jour de célébrer la sainle messe.
Il fut enfin relâché le 18 novembre. Il y avait alors quatre semaines que les journaux allemands avaient publié la lettre par laquelle le Saint-Père félicitait, le 18 octobre, le cardinal Hartmann, archevêque de Cologne, du traitement de faveur réservé, lui avait-on affirmé, par ordre de l'empereur aux prêtres prisonniers de guerre en Allemagne.
L'abbé Pelzer était accompagné de quatre séminaristes, MM. Froidmont, Michiels, Van Aubelet Dehalleux. L'évêque de Liège envoyait ces jeunes gens à Rome pour y faire leurs études de théologie à l'université grégorienne. Leurs pas-
seports étaient en règle comme ceux de l'abbé Pelzer. Ils n'étaient pas plus que lui suspects d'espionnage. Malgré cela, ils lurent, eux aussi, arrêtés et jetés en prison à Fribourg On ne les relâcha que quelques jours après l'abbé Pelzer, et, au lieu de leur permettre d'aller à Rome faire leurs études, on les renvoya à Liège.
Pas plus à Liège qu'à Namur et à Tournai, la personne de l'évoque ne fut respectée par l'autorité militaire allemande. Quand le prélat, MsrRutten, âgé de soixante-quatorze ans, se rendit à la citadelle pour demander que la ville de Liège fût épargnée, il y fut retenu traîtreusement comme otage et menacé d'être fusillé. On lelaissa plusieurs heures, sous la pluie battante, dans la cour de la citadelle. Un officier allemand vint l'y injurier grossièrement. On finit par l'enfermer dans une écurie.
L'évêque de Liège a reçu des autorités allemandes l'aveu qu'aucune charge n'a pu être relevée par la justice allemande contre les prêtres de son diocèse.
c) L'autorité de V enquête officielle belge.
Les affirmations allemandes, on le voit, ne tiennent nul compte des démentis préalables de la Commission officielle belge. Mais c'est systématiquement que le gouvernement allemand affectait de dénier toute valeur à cette enquête :
Par qui a-t-elle été faite? faisait-il écrire çjans les feuilles à sa solde. Par des Belges. Mais, pour que de pareilles conirnissions d'enquête aient une valeur indiscutable, il faut qu'elles comprepnent des représentants des deux parties en cause et ne soient pas unilatérales...
L'argument était de nature à impressionner; le gouvernement belge ne s'y est pas mépris et il l'a aussitôt rétorqué. Voici l'essentiel de sa réponse :
La presse allemande a tort de reprocher à l'enquête de la Commission belge d'être unilatérale. En effet :
1° Les deux enquêtesT civile et militaire, ordonnées en Belgique et en Allemagne par le gouvernement allemand, ne sont-elles pas, elles aussi, unilatérales?
2° Il était impossible à la Commission belge d'enquête de se rendre dans les localités occupées par l'ennemi pour y faire comparaître devant elle des accusés allemands, appartenante l'armée d'opérations ou faisant partie de la hiérarchie militaire.
3° Le gouvernement belge ne s'est jamais refusé à laisser contrôler les accusations portées par la Commission d'enquête contre les troupes allemandes. Il a autorisé les journaux belges à déclarer qu'il était prêt à coopérer à l'organisation d'une Commission d'enquête internationale, composée de délégués de nations non belligérantes : jamais le gouvernement allemand n'a manifesté, sous aucune forme, l'intention d'entrer dans cette voie.
4° Bien plus : des propositions formelles d'enquête internationale faites par des Belges et des Allemands ont été catégoriquement rejetées. C'est ainsi que des socialistes belges avaient proposé aux députés socialistes allemands, Noske, Wendel et Koster, de passage à Bruxelles, de procéder avec eux à une enquête contradictoire; ces députés répondirent évasivement et se récusèrent.
D'autre part, il résulte d'une correspondance publiée par Y Indépendance belge du 2 ) janvier 1915, que M. Charles Magnette, sénateur de Liège et grand maître de la francmaçonnerie belge, proposa aux grandes loges maçonniques d'Allemagne l'institution d'une Commission d'enquête, composée de délégués de loges appartenant à des pays neutres, auxquels se seraient joints un franc-maçon allemand et un franc-maçon belge. Cette proposition fut formellement rejetée par M. Wilhelm Suss, dans une lettre datée de Darmstadt, 27 septembre 1914, et par la grande loge « Zur Zonne » de Bayreuth; l'un et l'autre se trouvèrent d'accord pour dire que ce serait faire injure aux troupes allemandes de les supposer capables d'avoir commis des cruautés comme celles dont on les accuse.
Quant aux sept autres loges auxquelles s'était adressé M. Magnette, elles ne lui firent pas même l'honneur d'une réponse.
La presse germanophile est donc tout à fait malvenue de reprocher à la Commission belge d'avoir fait seulement une enquête unilatérale. Il n'a dépendu que de l'Allemagne de faire contrôler par une Commission de neutres les résultats de cette enquête. Elle s'y est obstinément dérobée (1).
Toujours dans le but d'affaiblir l'autorité des rapports de la Commission belge, un communiqué de l'ambassade allemande à Madrid, reproduit dans toute la presse pro-germanique, articulait ceci :
La valeur que l'on doit attribuer aux déclarations belges sur la persécution et les assassinats de prêtres est démontrée par le cas du vice-recteur de l'Université de Louvain, Dr Coenraëts. La Commission d'enquête belge publia des détails terribles. Il fut dit que le docteur fut tué cruellement à Louvain, devant des centaines de personnes, parmi lesquelles se trouvaient des femmes et des enfants, qui furent obligés d'applaudir cet acte d'horreur.
La vérité est que le Dr Coenraëts se trouve actuellement en toute tranquillité à Heeren (Hollande), chez le professeur Toels. Rien que ce détail suffira pour que toute personne impartiale se fasse une idée de la véracité de cette liste.
A quoi le gouvernement belge riposta :
L'ambassade allemande de Madrid a vraiment tort de ne pas vérifier les textes sur lesquels elle appuie ses petites histoires. Aucun rapport de la Commission belge d'enquête ne raconte que M>r Coenraëts, vice-recteur de l'Université
(1) Bureau documentaire belge, Publication n° 23,
de Louvain, fut tué. Voici comment le cinquième rapport, à sa sixième page, relate l'incident qu'invoque la note allemande :
« Les femmes et les enfants demeurèrent sans nourriture, sur la place de la Station, pendant toute la journée du 26 août. Ils assistèrent à l'exécution d'une vingtaine de leurs concitoyens, parmi lesquels se trouvaient plusieurs prêtres et religieux qui, liés quatre par quatre, furent fusillés à l'extrémité de la place, sur le trottoir qui longe la propriété de M. Hamaide. Un simulacre d'exécution de M%T Coenraëts, vice-recteur de V Lniversité, et du P. Schmidt, de l Ordre des Frères Prêcheurs, eut lieu devant eux. Une salve retentit et les témoins, convaincus de la réalité du drame, furent contraints à applaudir. »
Puisqu'il n'y eut qu'un simulacre d'exécution, les Espagnols auxquels s'adresse la note allemande comprendront sans peine que Mgr Coenraëts soit encore vivant, sans que, pour cela, l'ambassade allemande de Madrid soit fondée à tirer argument de la présence du vice-recteur de l'Université en Hollande, afin de démontrer que les soldats allemands se sont conduits comme d'innocents moutons. Au contraire, car personne ne croira que c'est pour éviter les égards qu'on lui témoignait que Mgr Coenraëts a dû se réfugier en pays étranger! La vérité est que Mgr Coenraëts fut pris comme otage, menacé à plusieurs reprises d'être fusillé et, après une journée d'angoisses terribles, emmené avec un convoi de prisonniers en Allemagne, d'où il put ensuite se rendre en Hollande (1).
d) Mésaventures des apologistes d'outre-Rhin.
L'opiniâtreté allemande à mettre en cause le clergé n'a pas été sans causer quelques mésaventures aux
(1) Bureau documentaire belge, Publication n° 29.
calomniateurs. C'est ainsi que pour justifier l'incendie de Louvain, le Dr Sonnenschein — un des agents ecclésiastiques les plus en vue de la grande officine du Centrum de Mùnchen Gladbach — publiait, dans la Kôlnische Volkszeitung, une prétendue interview du vice recteur de Louvain, dans laquelle, après avoir reconnu que des coups de fusil furent tirés par des civils sur les Allemands, Mgr Coenraëts ajoutait :
« Je vous dirai que, comme prêtre catholique, je préfère mille fois être Allemand que Français. Ainsi pense la majorité de notre clergé, surtout en Flandre. Les horreurs de la guerre ne nous font pas changer d'attitude. La guerre est la guerre et l'incendie de Louvain n'est qu'un épisode... et rien de plus qu'un épisode. »
Mgr Coenraëts a dû énergiquement protester: l'interview était inventée de toutes pièces î
C'est ainsi, encore, qu'ayant invoqué le prétendu témoignage des Dominicains de Louvain — rapporté par la Flandre libérale, — les apologistes allemands se sont vu infliger le démenti suivant :
Louvain, le 30 novembre 1914.
Monsieur le Rédacteur en Chef,
L'un des premiers jours d'octobre (1), la Flandre Libérale a communiqué à ses lecteurs une lettre de M. Partsch, professeur à Fribourg, relatant à sa façon les malheureux événements survenus à Louvain les 25, 26 et 27 août. Dans une parenthèse, il invoque à l'appui d'assertions que nous estimons absolument inexactes, le témoignage des Domini-
(1) La date ne peut être antérieure au 5 octobre. Elle est probablement le 5 octobre ou un des jours immédiatement subséquents.
cains de Louvain. Comme d'autres messieurs, il veut faire passer les dominicains comme ayant affirmé que les civils ont lire sur les troupes allemandes, ce qui aurait provoqué les terribles représailles dont la ville a souffert.
Ayant été, seul des Dominicains, mêlé activement et de façon conséquente aux événemenls des jours susdits, j'estime de mon devoir de donner un démenti formel à M. J. Partsch et d'avertir le public que ni moi, ni aucun dominicain de Louvain ne peut être cité en témoin du fait que les civils ont tiré sur les soldats allemands. D'ailleurs nous ne croyons pas que ce fait se soit produit. J'ai personnellement déclaré sous la foi du serment devant le juge d'instruction allemand que je n'ai vu aucun Louvaniste tirer sur les soldats et que je n'ai aucune preuve d'un tel fait. Tous les Dominicains de Louvain sont dans le même cas, prêts à en rendre témoignage.
Je vous serais très reconnaissant, Monsieur le Rédacteur en Chef, de bien vouloir donner communication de cette lettre aux lecteurs de la Flandre Libérale et de nous aider ainsi à tirer de l'erreur ceux qui par certains journaux ont été amenés à croire, contrairement à la vérité, que les Dominicains ont attesté que les civils de Louvain ont tiré sur les soldats.
Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur en Chef, l'assurance de ma haute considération et de ma reconnaissance pour le service rendu.
Père Fr. Hyac M. Parys, Sous-prieur des Dominicains.
Cette tactique pour se disculper en excitant contre le clergé belge l'irritation du peuple allemand, et à laquelle Guillaume II lui-même n'eut pas honte d'avoir recours dans une proclamation affichée à Bruxelles au début de septembre, eut d'ailleurs en Allemagne un résultat inattendu et fort piquant. Elle y réveilla, dans la partie protestante et incrédule, l'hostilité tradition-
nelle contre les catholiques et leurs prêtres. A ce point que, pour parer à ces suspicions, la presse catholique allemande en fut réduite à établir elle-même, par des documents officiels ou par des attestations qu'elle suscitait, la fausseté des accusations qu'elle avait ellemême contribué à propager.
C'est ainsi qu'entre nombre de rectifications que l'on doit à l'activité du service spécial d'enquêtes qu'elle créa à cet effet, on peut à titre d'exemple, noter cellesci, publiées par son Bureau Pax :
A propos de Revues de guerre et de Brochures.
I. — La Conquête de la Belgique 1914. Scènes vécues, d'après des communications de participants à la campagne, colligées et rédigées par le major Victor von Strauss (Editeur Wilhelm Kôhler, Minden I. W., maison d'éditions patriotiques).
Cette brochure contient aussi, outre d'autres récits d'atrocités, la nouvelle cauchemaresque de la découverte de cinquante cadavres de soldats allemands dans les caves d'un couvent de Louvain, nouvelle qu'urz officier allemand aurait racontée à une infirmière quittant Louvain. La « Kommandaotur » de Louvain a caractérisé cette histoire en la déclarant inventée de toutes pièces. Cette brochure a été envoyée également à des librairies catholiques pour y être mise en vente. Psous mettons en garde contre son achat.
II. — Le Porte-drapeau de Verdun. Une histoire des temps de guerre de l'année 1914, racontée aux jeunes gens par K. F. Stauffer (Editeurs : A. Anton et Cie, Leipzig et Berlin).
Ce livre contient la description des combats de francstireurs à Beaulieu et à Louvain et de la participation des prêtres à ces combats. A la page 177 il est question de la bataille de barricades à Louvain :
«... Sur la barricade se tient un religieux ; il est ceint d'un sac. Des deux mains il y puise des munitions et il les distribue, etc.. A Beaulieu c'était aussi le curé qui avait excité la population contre nous. Il en est de même dans tout le pays. Les gens par
eux-mêmes se comporteraient parfaitement avec intelligence, mais ce sont « ces messieurs noir» » qui attisent le feu... »
On ne doit pas donner en main à la jeunesse allemande de pareilles suspicions générales. Au point de vue de l'intérêt de la paix confessionnelle (! ?) elles sont profondément regrettables. Nous devons mettre en garde aussi contre l'achat de ce livre.
La campagne d'accusation contre le clergé belge — qui s'explique à la fois par des raisons de politique et par des aversions confessionnelles — a donc lamentablement échoué.
C'est ce dont prenait acte, dans une revue scientifique allemande, Der Fels (avril), le publiciste catholique Lorenz Muller. Son article contenait la déclaration suivante, typographiquement mise en vedette et l'on a vu plus haut que le Bureau documentaire belge en prenait acte, à son tour :
Officiellement, il n'a été établi aucun cas où on aurait tiré de tours d'églises avec l'aide de prêtres. Tout ce qui est connu jusqu'à présent et qui a fait l'objet d'une enquête, au sujet des prétendues atrocités attribuées aux prêtres catholiques au cours de cette guerre, a été trouvé faux et totalement imaginé, sans exception aucune. Notre empereur a télégraphié au président des Etats-Unis de l'Amérique du Nord que « même des femmes et des prêtres commirent des atrocités dans cette guerre de guérillas et blessèrent des soldats, des médecins et des ambulancières ». Comment cette dépêche peut être mise en rapport avec le fait ci-dessus (que rien n'existe à charge des prêtres), nous ne pourrons le savoir qu'après la guerre.
Les auteurs de l'imposture ont, d'ici là, le temps de méditer l'aphorisme de notre La Fontaine :
Tel, comme dit Merlin, cuyde engeigner autrui Qui souvent s'engeigne lui-même.
e) Autres fourberies.
Dans les premiers jours d'octobre 1914, l'officieuse Gazette de U Allemagne du Nord publiait, sur Louvain, un rapport officiel de M. von Falk, conseiller intime, et dont le Temps (8 octobre) donne l'analyse :
Ce rapport constate que l'ancienne halle aux draps, où étaient établies l'université catholique et l'adjnirable bibliothèque, est complètement incendiée, à part deux murs de façade, et il note que la bibliothèque, avec son trésor de manuscrits précieux, est ainsi irrémédiablement perdue. Mais exception faite de ce très grave dégât, il n'y a pas à déplorer à Louvain la perte de monuments artistiques de grande importance.
Le rapport déclare que l'hôtel de ville est indemne, grâce aux ordres donnés par le major von Manteuffel^ qui dans le but de circonscrire autant que possible l'incendie fit démolir les maisons voisines de l'hôtel de ville qui étaient déjà en flammes. Par contre, l'église Saint- Pierre (1) a subi des dégâts considérables, mais elle pourra être restaurée dans son état antérieur. Les tableaux qui se
(1) Ace sujet, M. Grondijs écrit ceci :
<( Dans le rapport officiel publié par une commission d'enquête allemande figure l'assertion que le feu a gagné la Collégiale par hasard. Selon ce rapport, des maisons voisines, d'où on aurait tiré sur les soldats, auraient été incendiées parles troupes, pour punir les habitants. De là le feu aurait gagné l'église. A priori, il est difficile de voir comment le feu se serait si facilement propagé à travers les murs épais de ce grand bâtiment. D'ailleurs, au moment où les flammes commencèrent à jaillir de la petite tour qui se trouvait au milieu du toit, toutes les maisons dont parle le rapport étaient intactes.
« On a prétendu que les tableaux qui se trouvaient dans l'église auraient été sauvés par les officiers allemands. Ce mot sauvé me semble être un euphémisme. »
(Les Allemands en Belgique, note, p. 54.)
trouvaient dans la chapelle du chœur, et parmi lesquels il va des œuvres de Dierk Bout et du maître de Flemalle, ont été sauvés, ainsi que toutes les œuvres transporlables que contenait l'église et qui ont été déposées à l'hôtel de ville. Des œuvres d'art de l'église Saint-Pierre elle-même, seul le tambour est détruit, mais l'ensemble architectural est intact. Les autres églises se trouvaient en dehors de la zone- du l'eu, qui s'étendait sur un sixième de la ville, et n'ont pas été atteintes.
La Gazette de V Allemagne du Nord avait d'ailleurs utilisé peu auparavant un autre témoignage, celui de M. Helleferich, alors directeur de la Deutsche Bank et actuellement ministre des finances de l'Empire. Suivant M. Helleferich, non seulement Louvain n'aurait eu que médiocrement à souffrir mais c'est justement grâce aux troupes allemandes qu'elle échappa à un désastre (J).
Le quartier Est a seul été détruit. L'hôtel de ville est resté complètement indemne. Des officiers, qui ont pris part au combat dans les rues, écrit M. Helleferich, racontent que les soldats allemands étaient allés chercher des pompes à vapeur pour sauver de la destruction ce bijou d'architecture et les maisons qui l'avoisinent. Ils poursuivirent leurs travaux de sauvetage, bien que les habitants continuassent à tirer sur eux (sic). Malheureusement il n'a pas été possible de sauver la précieuse collection de la
(1) Dans les Leipzigcr Neueste Nachricht^n (6 octobre) on lisait, sons la signature « Rittmeister von S. S. ».
« Du dôme, qui a une apparence délabrée et qui a un besoin urgent de réparations, le toit seul a brûlé et une partie de la voûte au-dessus du chœur est tombée. Rien n'a été abîmé qui n'aurait tout de môme dû être reconstruit avec le temps.
« Cette ville, dont les rues tortueuses et malpropres, avec leurs cafés malodorants, entouraient l'hôtel municipal et le dôme, comme elle ressuscitera belle de se» cendres, suivant l'ordre et l'art allemands ! »
bibliothèque de l'Université. La tour de la cathédrale s'est effondrée, mais la nef est intacte.
Sur quoi, le Journal des Débats observait justement :
Cette nouvelle version est, du reste, en contradiction absolue avec ce que disait une dépêche de l'agence Woliî en dale du 29 août :
« L'attitude de la population méritait des représailles inexorables. C'est ainsi que l'ancienne ville de Louvain n'existe plus aujourd'hui. »
Et la Gazette de Francfort renchérissait encore :
« C'est à Louvain que se sont passés les événements les plus tragiques de cette guerre. Aux vêpres siciliennes que cette ville voulait préparer à nos armées, conformément aux terribles conséquences du droit de la guerre {sic), la destruction de la ville a dû répondre. »
Nier, démentir effrontément, on ne s'en est pas privé; mais inventer le démenti que la victime recevrait de ses propres amis, c'est mieux.
On vient de voir les abominables propos que l'abbé Sonnenscbein mettait dans la bouche de Mgr Coenraëts et ceux que l'on prêtait aux Dominicains de Louvain.
Voici ce que publiait la Gazette de Francfort du 21 février dernier :
Le New-York World du 28 janvier publie l'information suivante de son correspondant de Washington :
« Parmi les milliers de réfugiés belges, actuellement en Angleterre, il n'en est pas un seul qui ait eu à souffrir d'atrocités de la part des soldats allemauds. C'est ce qui résulte d'un rapport envoyé par l'ambassadeur des Etats- Unis à Londres, au département d'Etat, bureau de l'extérieur, à Washington. Ce rapport pose en fait que le gou-
vernement britannique a examiné de près des milliers de récits relatifs à des sévices exercés par des soldats allemands sur les réfugiésbelges(l). Les colonnes des journaux anglais étaient remplies, au début de la guerre, d'accusations de cette nature. Suivant le rapport de l'ambassadeur américain à Londres, les fonctionnaires du gouvernement britannique ont, à présent, soigneusement examiné toutes ces imputations ; ils ont parlé avec les prétendues victimes et ont contrôlé l'ensemble des preuves. Comme suite à cette enquête, le département britannique des affaires étrangères a déclaré à l'ambassadeur américain que ces accusations paraissaient devoir être attribuées à l'hystérie et à des jugements préconçus. On ajouta que beaucoup de Belges eurent à supporter des épreuves pénibles, mais que « celles-ci résultent des circonstances inhérentes à l'état de guerre, plutôt qu'à la brutalité de soldats allemands. » Il faut reconnaître qu'on s'est dépensé du côté américain pour faire la lumière sur les histoires mensongères relatives à la Belgique. Nous n'avons encore rien lu, dans la grande presse anglaise, sur cette enquête prescrite par le gouvernement anglais et sur son résultat tout à fait négatif.
C'était faux de tout point. Le gouvernement britannique communiquait en effet, le 20 mars, la note suivante à la presse :
Un article paru dans la presse d'un pays neutre a été porté à la connaissance du gouvernement de Sa Majesté; l'ambassadeur américain à Londres, s'il faut en croire cet article, aurait été informé par le gouvernement de Sa Majesté que les récits faits par les réfugiés belges sur les atrocités commises par les soldats allemands doivent être attribués à l'hystérie ou à des idées préconçues. Il est de plus allégué que l'ambassadeur américain aurait envoyé un rapport à Washington, à ce sujet. Le gouvernement de
(1) Voir Appendice II.
Sa Majesté s'étant mis en rapport avec l'ambassadeur américain tient à faire connaître qu'il n'y a rien de vrai dans l'article en question.
w 2. — Dénégations d'intellectuels.
a) Le manifeste des quatre-vingt-treize .
Au début d'octobre paraissait un « Appel au monde civilisé » revêtu des signatures de quatre-vingt-treize hautes personnalités du monde intellectuel allemand et qui débutait ainsi :
En qualité de représentants de la science et de l'art allemands, nous soussignés protestons solennellement devant le monde civilisé contre les mensonges et les calomnies dont nos ennemis tentent de salir la juste et bonne cause de l'Allemagne dans la terrible lutte qui nous a été imposée et qui ne menace rien de moins que notre existence.
Et, avec une tranquille arrogance, sans articuler la moindre preuve, obéissant au mot d'ordre du caporalisme prussien, ces intellectuels d'état-major affirmaient, par exemple :
Il ri est pas vrai que nos soldats aient porté atteinte à la vie ou aux biens d'un seul citoyen belge sans y avoir été forcés par la dure nécessité d'une défense légitime. Car en dépit de nos avertissements, la population n'a cessé de tirer traîtreusement sur nos troupes, a mutilé des blessés et a égorgé des médecins dans l'exercice de leur profession charitable. On ne saurait commettre d'infamie plus grande que de passer sous silence les atrocités de ces assassins et d'imputer à crime aux Allemands la juste punition qu'ils se sont vus forcés d'infliger à des bandits.
Il n'est pas vrai que nos troupes aient brutalement détruit Louvain. Perfidement assaillies dans leurs cantonnements par une population en fureur, elles ont dû, bien à contre-
cœur, user de représailles et cartonner une partie de la ville. La plus grande partie de Louvain estrestée intacte. Le célèbre hôtel de ville est entièrement conservé : au péril de leur vie, nos soldats l'ont protégé contre les flammes. — Si dans cette guerre terrible, des œuvres d'art ont été détruites ou l'étaient un jour, voilà ce que tout Allemand déplorera certainement. Tout en contestant d'être inférieurs à aucune autre nation dans notre amour de l'art, nous refusons énergiquement d'acheter la conservation d'une œuvre d'art au prix d'une défaite de nos armes.
// nest pas vrai que nous fassions la guerre au mépris du droit des gens. Nos soldats ne commettent ni actes d'indiscipline ni cruautés.
A ces allégations audacieuses ou serviles, qui disqualifiaient ceux qui leur apportaient l'autorité d'un nom jusqu'alors respecté, les représentants de l'intelligence française répondirent comme il convenait. Nos Académies flétrirent et expulsèrent de leur sein ceux de leurs correspondants étrangers qui donnaient au monde savant ce triste exemple de défaillance du caractère et de mépris de toute critique. Parmi les nombreuses et décisives réfutations que suscita ce document revêtu des signatures de quelques théologiens allemands notables, on ne s'étonnera pas que nous signalions plus particulièrement celle de la Faculté libre de théologie protestante de Paris, et celle de Y Université catholique de Paris.
Dans sa Réponse au manifeste des intellectuels allemands, la Faculté libre de théologie protestante disait :
La Faculté libre de théologie protestante de Paris a trouvé avec douleur les signatures de plusieurs théologiens éminents au bas de pièces émanées de savants allemands. La conscience chrétienne et la conscience scientifique Tobli-
gent également à protester contre les affirmations impudentes de ces manifestes.
Aucune nécessité, réelle ou prétendue, ne peut légitimer la violation de la parole donnée, ni excuser la violence et la cruauté. Le mépris de la neutralité jurée, la dévastation des contrées occupées, la mise à mort des non-combattants sont des actes inconciliables avec la foi évangélique. Les commettre ou les justifier, c'est renier l'Evangile.
Croire que la force donne à ceux qui la détiennent le droit d'imposer leur volonté aux faibles, c'est faire injure à l'œuvre d'affranchissement des petits que Jésus-Christ a accomplie.
Cette attitude est incompréhensible chez des théologiens obligés par leur foi d'enseigner que le royaume de Dieu est destiné aux humbles qui confessent leur misère et n'attendent leur salut que de Dieu.
Justifier des crimes au nom d'une prétendue supériorité de culture, c'est rabaisser l'idée même de culture, inséparable de toutes les exigences de la conscience morale; c'est méconnaître que la civilisation européenne est faite de la collaboration de tous les peuples et compromettre devant le monde la portion qu'on en possède.
Accepter des affirmations sans preuves, ne tenir aucun compte des documents les plus authentiques, s'interdire toute appréciation critique des témoignages contradictoires, c'est manquer aux devoirs les plus élémentairesde la recherche scientifique.
Profondément attachés à notre patrie, nous la servirons bien en demeurant inébranlablement fidèles aux principes absolus de la morale chrétienne et de la probité scientifique.
Répudiant tout orgueil, nous protestons contre l'abus d'une méthode d'autorité, qui ne peut qu'étouffer la vérité. Nous en appelons du parti pris et de la partialité au jugement de la conscience et de l'histoire, certains que Dieu fera briller sur le monde la lumière de la vérité et de la justice.
Au nom de la Faculté,
Le doyen, Ed. Vaucber.
De son côté, Y Université catholique de Paris disait aux signataires de « l'Appel ».
... Votre voix est celle de l'erreur, d'une erreur que nous nous refusons à croire volontaire.
Et, pour prouver ce que nous affirmons, nous nous appuyons, nous, sur les documents diplomatiques publiés par les diverses puissances, sur des enquêtes conduites avec le plus grand souci de l'exactitude, sur ce que nous avons vu de nos yeux, documents qui établissent d'une façon péremptoire que l'Allemagne a prémédité la guerre et a fait échouer toutes les tentatives de conciliation; enquêtes et constatations qui nous donnent le droit de protester de toutes nos forces, à la face du monde, contre les actes abominables par lesquels l'armée allemande a fait reculer la civilisation jusqu'aux invasions des barbares.
Bombarder des villes ouvertes, détruire systématiquement les usines et les habitations, soit en les bombardant sans nécessité militaire, soit en les incendiant méthodiquement avec des pulvérisateurs ou des pastilles fulminantes préparés à l'avance; lancer du haut des ballons sur les quartiers pacifiques des villes ouvertes des bombes qui blessent ou tuent des femmes et des enfants; contraindre des non combattants et des femmes à marcher en tête des colonnes assaillantes afin de paralyser la résistance de l'adversaire, prendre des otages par centaines et les rendre responsables de violations du droit des gens dont ils sont entièrement innocents et qui, le plus souvent, ne peuvent être reprochées à aucun citoyen ennemi, puisque, ou bien elles sont totalement imaginaires, ou bien elles ne sont que le moyen suprême de légitime défense d'une population victime des pires attentats; fusiller ou emprisonner des prêtres qui n'ont d'autre tort que d'être les chefs moraux du peuple catholique, et des maires qui, scrupuleusement respectueux des lois de la guerre, se bornent à défendre leurs concitoyens contre les violences injustes et les pil-
lages; usurper le drapeau de la Croix-Rouge pour transporter des soldats et des munitions, et bombarder au contraire les hôpitaux et les ambulances de l'ennemi couvertes de ce drapeau protecteur; porter clandestinement les armes et déguiser en femmes des soldats qui ont caché leur fusil sous les plis de leurs jupons ; lever les bras pour faire signe qu'on se rend et fusiller à bonne portée les soldats qui approchent sans méfiance; employer des balles dum-dum et des balles explosibles d'un poids inférieur à 400 grammes; achever les blessés, couvrir la haute mer de mines automatiques de contact qui « ne deviennent pas inoffensives dès qu'elles ont rompu leurs amarres », et qui, par suite, exposent aux pires dangers la navigation pacifique; tous ces méfaits, dont V autorité militaire doit nécessairement accepter la responsabilité, sont des violations manifestes de la loi des nations. On n'a pu justifier pour les excuser d'aucune provocation et le belligérant qui les a commises s'est déshonoré lui-même.
Le droit moderne de la guerre, chrétien dans ses origines, repose tout entier sur deux principes essentiels : le principe de la distinction entre les combattants et les non-combattants; l'affirmation que la guerre n'autorise pas le belligérant à faire à l'ennemi le plus de mal possible par tous les moyens possibles. Notre implacable ennemi se met en révolte ouverte contre ces deux règles primordiales et il est douloureux de constater que cette révolte n'est que le développement logique de son attitude au début des hostilités. N'a-t-il pas commencé la guerre en violant la neutralité de deux pays, le Luxembourg et la Belgique, dont il devait, par convention expresse, garantir l'indépendance et l'intégrité1? Prétendre qu'il n'a fait que nous devancer, n'est-ce pas chose monstrueuse, alors que l'événement n'a que trop prouvé que notre frontière du Nord n'avait pas été mise en état de supporter le premier choc de l'ennemi et que toutes nos armées étaient à l'Est.
De tels actes violent non seulement la loi humaine, mais la loi religieuse, car l'Eglise, à travers les âges, a, dans sa morale, déterminé les conditions de la légitimité de la guerre et les maximes qui s'imposent à la conscience des
belligérants. Il appartient à des professeurs catholiques de rappeler que, dès le dixième siècle, l'Église, par la belle institution de la Paix de Dieu, poussa la première — et avec quelle vigueur — l'humanité vers l'acceptation de cette « discipline de la violence » qui fut pour elle un des progrès les plus méritoires et les plus bienfaisants. Déjà, à cette époque, les conciles de Gharroux et de Narbonne proclamaient que les clercs, les vieillards, les femmes, les laboureurs devaient être soustraits aux entreprises du belligérant, et cette protection s'étendait aussi aux animaux de labour et aux moulins. Ainsi le travail était protégé en même temps que la faiblesse, et la force commençait de reconnaître la maîtrise du droit.
Renoncer à ces règles, détruire de parti pris les temples de la science, de l'art et de la religion, aller, comme il est arrivé dans plusieurs églises, jusqu'à des attentats à proprement parler sacrilèges, c'est retourner à la barbarie, c'est même sortir du christianisme, invoquât-on mille fois le nom de Dieu pour couvrir ses actes (1).
^ fâ
b) Manifeste des Universités allemandes.
Après les « intellectuels », les « universitaires ». Dans les derniers jours d'octobre 1914, vingt-deux Universités allemandes envoyaient aux Universités des pays neutres une adresse qui disait:
Vous tous qui savez que notre armée n'est point une armée de mercenaires, qu'elle comprend toute la nation, du premier au dernier homme, qu'elle est conduite par les meilleurs fils du pays, qu'à cette heure des milliers de professeurs et d'élèves tombent comme officiers ou soldats sur
(1) Bulletin de V Institut catholique de Paris, 25 novembre 1914, p. 189.
LOUVAIN. — Rue de la Station.
LOUVAIN. — Rue de la Station.
i^OUVAIN. — Rues ce Tourlemont et de la Monnaie.
LOUVAIN. — Rue de Namur.
les champs de bataille de France ou de Russie ; vous tous qui avez lu et entendu en quel esprit et avec quel succès la jeunesse est chez nous instruite et élevée, qui savez combien nous inculquons le respect et l'admiration des chefsd'œuvre de l'esprit humain, quel que soit le pays auquel ils appartiennent, nous vous prions d'être nos témoins et de dire si ce que nos ennemis rapportent est vrai et qu'il est exact que l'armée allemande soit une horde de barbares et une bande d'incendiaires qui trouvent plaisir à détruire les innocents, les villages, et à détruire les monuments d'art et d'histoire ; et si vous voulez rendre honneur à la vérité, vous serez convaincus avec nous que là où les troupes allemandes durent accomplir une œuvre de destruction, elles cédèrent aux impitoyables lois de la -défense
dans le combat
Si, dans cette terrible guerre, dans laquelle notre peuple ne lutte pas seulement pour sa puissance, mais pour son existence et toute sa civilisation, l'œuvre de destruction devait être plus grande que dans la guerre précédente, et si les trésors d'art devenaient la proie de la fatalité destructrice, il ne faut pas oublier que la responsabilité de cette calamité incombe tout entière à ceux qui ne se contentèrent point de déchaîner cette guerre abominable, mais encore n'hésitèrent pas à donner des armes à la population pacifique pour qu'elle tende des embûches à nos troupes confiantes, contre toutes les lois de la guerre et les coutumes des peuples civilisés.
À quoi, le h5 novembre, les Universités françaises répondaient par un manifeste adressé aux Universités des pays neutres et où les responsabilitésencourues sont rétablies en ces termes :
... Qui tient pour non avenues les conventions internationales par lesquelles les puissances signataires se sont engagées à n'user, dans la conduite de la guerre, d'aucun moyen de force constituant une « barbarie » ou une « perfidie » et à respecter les monuments historiques, les édifices des cultes, des sciences, desarts et de la bienfaisance,
sauf dans le cas où l'ennemi, les dénaturant le premier, les emploierait à des fins militaires ?
Dans quelles conditions l'université de Louvain a-t-elle été détruite?
Dans quelles conditions la cathédrale de Reims a-t-elle été brûlée ?
Dans quelles conditionsdes bombes incendiaires ont-elles été jetées sur Notre-Dame de Paris?
A ces questions, les faits seuls doivent répondre.
Déjà, vous pouvez consulter les documents publiés par les chancelleries, les résultats d'enquêtes faites par des neutres, les témoignages trouvés dans des carnets allemands, les témoignages des ruines de Belgique et des ruines de France.
Ce sont nos preuves.
Contre elles, il ne suffit pas, ainsi que l'ont fait les représentants de la science et de l'art allemands, d'énoncer des dénégations, appuyées seulement d'une « parole d'honneur » impérative.
Il ne suffit pas davantage, comme les universités allemandes, de dire : « Vous connaissez notre enseignement ; il n'a pu former une nation de barbares. »
Nous savons quelle a été la valeur de cet enseignement. Mais nous savons aussi que rompant avec les traditions de l'Allemagne de Leibnitz, de Kant et de Gœthe, la pensée allemande vient de se déclarer solidaire, tributaire et sujette du militarisme prussien, et qu'emportée par lui elle prétend à la domination universelle...
c) Pour circonvenir les neutres.
Aux plaidoyers directs, comme ceux dont je viens de relever les plus retentissants, il faut ajouter les tentatives incessantes du pro-germanisme faites chez les neutres par des Allemands plus ou moins maquillés, ou par des neutres plus ou moins germanisés. A côté
de campagnes menées ouvertement, comme celles qui agitent les Etats-Unis, ou comme en Europe celle de Sven-Hedin, l'opinion parmi les neutres n'a cessé d'être travaillée par la propagande la plus insidieuse.
Le cas de Louvain oITre de notables spécimens de cette défensive allemande et il ne sera pas inutile d'en signaler quelques-uns.
Voici, par exemple, le truc des « impressions d'un neutre » qui vient de visiter la Belgique.
Qui songerait, parmi ses compatriotes suisses, à se défier de ce que rapporte un architecte zurichois? Or, écoutons le Bulletin documentaire belge :
Dans la Neue Zùrcher Zeitung des 16 et 17 janvier 1915, l'architecte Probst décrit les impressions qu'il a recueillies au cours d'un voyage accompli récemment à travers la Belgique occupée
M. Probst intitule son article « Impressions d'un neutre à travers la Belgique » de telle sorte que le lecteur a le droit de s'attendre à y trouver l'opinion raisonnée et impartiale d'un homme naturellement exempt de parti pris et soucieux de ne publier que des informations dûment vérifiées.
En réalité, l'on se trouve en présence d'un rapport où le préjugé et la partialité en faveur de l'Allemagne, ainsi qu'une impardonnable légèreté, éclatent en chaque alinéa.
L'auteur lui-même fait connaître qu'il a accompli son voyage en compagnie de fonctionnaires allemands, attachés au gouvernement civil de la Belgique, notamment en compagnie de M. Glemen, chargé par ledit gouvernement d'inspecter les monuments artistiques de la Belgique, de constater les dégâts qu'ils ont soufferts du fait de l'invasion et de pourvoir provisoirement aux mesures de conservation les plus urgentes.
La compétence archéologique ou administrative de ces fonctionnaires n'est pas ici en cause. Mais à leur titre de citoyens d'un Etat accusé du crime de dévastation systéma-
tique, de fonctionnaires chargés d'effacer le plus possible les traces de l'invasion, de professionnels, enfin, de la restauration des monuments, les guides choisis par M. Probst étaient tout justement ceux par qui, en pareil cas, on ne doit pas se faire conduire quand on veut donner ensuite à sa relation la valeur du témoiguage d'un neutre.
De plus, un homme un peu pourvu de sens critique se fût imposé de ne pas accepter comme paroles d'Evangile, et sans l'épreuve de la contradiction, les renseignements fournis par ces mêmes fonctionnaires sur la cause ou le prétexte de la ruine des villes visitées.
M Probst ne parait avoir pris aucune de ces précautions, dictées par la prudence la plus élémentaire.
Cet architecte; qui fait étalage d'érudition et pose à l'homme épris des choses de l'art, trouve toutes naturelles les destructions faites par les Allemands en Belgique. Son explication est unique et commode : « C'est la guerre! » Avec cette raison-là, on justifie tout, le vandalisme comme la nécessité.
Bien plus, il pousse la complaisance jusqu'à s'étonner que les opérations militaires exécutées en Belgique n'aient pas eu encore plus de suites fâcheuses qu'elles n'en ont eues. Il n'ose pas tout à fait 1 avouer, mais il en est visiblement à admirer chez les troupes allemandes qui « ont opéré» en Belgique, l'art... d'épargner les monuments... Où se demanda ce que les Allemands eussent dû y détruire de plus pour arracher un regret à la « neutralité » de M. Probst. Cet architecte n'a vu, sans doute par habitude professionnelle, dans la destruction de tant de monuments que l'occasion de les reconstruire.
De cette mentalité étrange et de la facilité avec laquelle M. Probst a accueilli les renseignements tendancieux fournis par ses guides allemands, un seul exemple suffira :
Il s'agit du sac de Louvain.
Entre autres énormités, l'architecte Probst signale,
avec une intention évidente de blâme contre les Belges, que la population de Louvain n'a prêté aucune assistance aux travaux de sauvetage « lors de l'incendie de l'antique cité universitaire ».
Or, c'est un fait, avéré par les relations allemandes ellesmêmes, riposte le Bulletin documentaire belge, que la population de Louvain était matériellement hors d'état de donner la moindre assistance en vue de circonscrire les effets de l'incendie des monuments de la ville.
Le bon sens l'indique. Les Allemands avaient allumé exprès le feu — par représailles, disent-ils — dans le dessein de terroriser, disent les témoins; ce n'étaitpas,assurément, pour laisser tout de suite aux kabilants le loisir de l'éteindre.
De plus, en même temps qu'ils incendiaient les maisons, les soldats allemands pourchassaient les habitants dans les rues et même dan« les maisons, à coups de fusil; comment ces gens que les incendiaires eux-mêmes étaient en train d'assassiner et qui avaient trop à faire déjà pour sauver leur vie, eussent-ils encore pu songer à préserver les édifices publics des flammes qui dévoraient leur ville?
Les dossiers et rapports de la Commission d'enquête belge sont remplis de dépositions sous serment de témoins oculaires habitants de Louvain. Ils affirment (toujours d'accord en cela avec les relations allemandes) que les 25 et 26 août 19Ii, pendant que la collégiale Saint-Pierre, la bibliothèque de l'Université et des centaines de maisons brûlaient et s'effondraient, simultanément les coups de fusil tirés par les soldats crépitaient partout; éperdue de frayeur, la population fuyait dans toutes les directions, d'ailieurs arrêtée à chaque instant, attestent les témoins belges, par une soldatesque ivre. Celle-ci barrait les routes et exigeait que tous, femmes, vieillards, enfants, s'alignassent le long des trottoirs; en face de leur demeure embrasée, ces infortunés devaient défiler, les mains levées, implorant un pardon, d'ailleurs illusoire puisque cette même population était ensuite, selon les caprices des sou-
dards, dispersée à coups de crosse, fusillée, emprisonnée ou emmenée sans pitié ni merci.
En vérité, les heures passées alors par la partïe de la population de Louvain qui échappa au massacre ou à l'exil furent des heures d'une angoisse sans nom; dans l'imminence de la mort qui les menaçait, la seule chose qui restait en balance, pour les Louvanistes, c'était de savoir s'ils allaient périr par le feu ou parles balles!...
Tels sont les malheureux à qui, aujourd'hui, il se trouve « un neutre » pour venir reprocher de n'avoir pas aidé les propres massacreurs de leurs concitoyens et les incendiaires de leur ville à atténuer les effets de leur barbarie!...
C'est un comble ou bien d'inconscience ou bien de mauvaise foi (1).
Cette accusation abominable contre l'inertie volontaire des habitants de Louvain est un thème duquel les Allemands semblent avoir attendu des merveilles; ils Font renouvelé sous diverses formes. Voici notamment qu'une revue technique ose attribuer l'incendie de la bibliothèque à l'impéritie des bibliothécaires de Louvain. C'est encore le Bulletin documentaire belge que nous citerons :
En réponse à un article que le bibliothécaire de l'Université d'Amsterdam avait fait paraître dans la revue Het Boekj pour stigmatiser la destruction de la bibliothèque de l'Université de Louvain, la Zentrallblatt fur Bibliotekwezen avait écrit que ce bibliothécaire avait parlé sans connaissance de cause et sans retenir aucune des accusations formulées contre les Belges, pour les fautes dont ils s'étaient rendus coupables. La Zentrallblatt avait
(1) Bulletin documentaire belge, n° 9.
ajouté que la perte de la bibliothèque de Louvain n'avait pas si grande importance et que, d'ailleurs, aucun fonctionnaire n'était présent pour signaler aux Allemands la valeur des collections, qui, sans cela, eussent certainement été épargnées.
Dans le numéro de janvier 1915 de la même revue Het Boeki M. Burger, le bibliothécaire d'Amsterdam, répond à ces diverses objections soulevées contre son premier article.
A l'insinuation allemande consistant à reprocher aux fonctionnaires de la bibliothèque de Louvain, de ne pas avoir signalé aux Allemands, qu'il y avait lieu de protéger cet édifice, M. Burger oppose le fait que, à ce moment déjà, Louvain était régulièrement occupée par une armée allemande disciplinée, et que chacun pouvait et devait donc croire que les oeuvres d'art et la bibliothèque étaient confiées à une garde diligente. Le 25 août, à huit heures du soir, l'incendie de Louvain a éclaté à l'improviste, et, parmi les bâtiments qui flambaient, la bibliothèque fut atteinte un des premiers. Le sort du bibliothécaire qui aurait voulu s interposer n'aurait pas été douteux. Toute personne qui se montrait en rue était fusillée ou faite prisonnière. On ne laissait pas le temps de s'expliquer.
Enfin M. Burger exprime son étonnement au sujet du fait que V organe principal de la bibliophilie allemande ose écrire que la destruction de l'Université de Louvain n'a pas causé une si grande perte: « Si pareil incendie avait éclaté en temps de paix, dit-il, et si la Zentrallblatt avait osé formuler pareille opinion, elle se serait tout simplement rendue odieuse (1) ».
Un autre exemple du procédé mensonger est le suivant qui vise une soi-disant enquête allemande h
(1) Bulletin documentaire belge. Classement général, n° 41. Série documentaire, n° 20.
Louyain; nous l'empruntons au journal hollandais, le Tyd (d° du 5 mars).
Louvain. Ie'" mars. (De notre correspondant spécial.)
Dans la Dùsseldorfer Zeitung, un certain Walter Nissen avait publié un feuilleton : « Ein Tag in Lowen » (Un jour passé à Louvain). Le titre même indique que l'article est superficiel, mais il y a plus : il est erroné, il est mensonger. Et comme c'est un échantillon typique de la façon dont les journaux allemands éclairent le public, au sujet de ce qui se passe en Belgique, je ne puis laisser de vous narrer tout l'incident, aussi brièvement que possible, tel qu'il résulte de l'enquête à laquelle je me suis livré à Louvain.
M. Walter Nissen avait donc pour mission de faire une enquête au sujet de l'état des propriétés des Allemands en Belgique. Certain jour, il se rendit à Louvain dans une auto que le gouverneur allemand de Bruxelles avait mise à sa disposition et alla expliquer à M. le professeur Neerinckx, bourgmestre, le but de sa visite. Celui-ci' le fît accompagner par un agent-inspecteur de la police locale, nommé Dimartinelli. L'enquête devait se bnrner, il faut le noter, à la maison et à la bibliothèque du seul savant allemand qui résidât autrefois à Louvain, le docteur professeur Bang. Or, que raconte ce M. Nissen dans son feuilleton, comme l'expression de la vérité? Je ne veux pas faire état de la tirade selon laquelle l'hôtel de ville épargné serait « fortaneinDenkmal deutscher Kriegsfuhrung » (désormais un monument de la façon allemande de faire la guerre). Walter Nissen est bien intentionné à l'égard de l'Allemagne. Certes, Louvain commémorera à travers les siècles la façon dont les Allemands ont fait la guerre en Belgique — non pas, toutefois, dans le sens où l'entend M. Nissen.
Mais, voici les fantaisies qu'il se permet encore :
Je m'appelle, me dit l'inspecteur de police, que j'avais choisi pour m'accompagner et qui, en raison de sa qualité, était vêtu en civil et portait un brassard noir et rouge, je m'appelle Edouard di Martinelli, et je suis issu d'une famille italienne. Au-
dessus de mou lit est appendue au mur uuc gravure que mou grand-père a apportée jadis et qui représente le « Forum Roraanum », et.de la sorte, j'ai appris dès mon jeune âge, à apprécier la beauté des ruines. Cela m'arrive fort à point aujourd'hui.
Et après avoir rendu compte de cette conversation avec l'agent de police, Nissen poursuit le récit de la façon dont il a rempli sa mission proprement dite.
Le savant allemand qui avait demandé des renseignements au sujet de sa maison de Louvain, avait écrit :
« Eu prenant la fuite, j'ai pris soin de Lien fermer la porte de la maison (serrure anglaise de sûreté), et la clef se trouve chez M. V., qui est mon voisin immédiat. Je tiens surtout à savoir si ma bibliothèque, au premier étage, est restée intacte; d'autre part, dans les tiroirs de ma table de travail, sont serrés des manuscrits d'une valeur extraordinaire. » Or, continue Nissen, nous avons trouvé sur l'emplacement de la maison du savant un monceau de ruines noircies; une partie seulement de la façade était restée debout avec la porte que la serrure de sûreté garantissait contre les voleurs.
« Quant à moi, en toute honnêteté et comme témoin oculaire, « me dit l'inspecteur de police, je dois reconnaître que ce que « les Allemands prétendent est vrai. De tous côtés on a tiré des « maisons. La faute en est à tous ces damnés avis menson- « gers. »
Tel est donc le récit de ce citoyen allemand qui s'est livré à une enquête à la suite d'une mission qui lui avait été confiée par le gouvernement allemand.
Or, qu'y a-t-il de vrai dans tout cela?
Uien.
Je me suis donné la peine d'examiner tout cela, point par point.
L'agent de police en question s'appelle Jean-Baptiste Dimartinelli et non pas Edouard. Son fils a pour prénom Edouard et il est sous les armes depuis le commencement de la guerre.
Ce Jean Dimartinelli me déclare qu'il avait accompagné deux fois, au cours de la même journée, un fonctionnaire civil allemand. A leur première rencontre, celui-ci lui demande des renseignements sur son origine. Dimartinelli
154 LE SUPPLICE DK L0UVA1N
lui répondit qu'il était d'origine italienne comme son nom le faisait supposer. On ne parle pas d'autre chose. Le bonhomme ne sait rien d'une gravure du Forum Romanum\ il n'en possède même pas.
Jean Dimartinelli proteste avec énergie contre les déclarations mensongères que lui prête Nissen. Il n'y a rien de vrai dans l'aveu que les habitants auraient tiré les premiers de leurs maisons. Il n'y a rien de vrai dans tout le reste des déclarations prêtées à l'agent de police. L'agent de police n'a fait que remplir son office de guide ; à la première visite on vit cinq maisons; à la seconde visite, on vit encore cinq maisons, détruites ou non.
Mais ce qui est plus grave, c'est le mensonge au sujet de la destruction de la maison du professeur Bang., Cette maison est encore intacte, au n° 18 de la rue des Récollets, en face de l'Institut des Jésuites. Dans cette rue, il n'a pas été allumé d'incendie ; il n'a pas été pillé; on n'a rien détruit.
Que penser d'une pareille enquête possédant un cachet officiel? Que penser de la façon dont les lecteurs allemands sont informés? Le même sieur Nissen qui louangea tant le ff. bourgmestre dans le feuilleton ci-dessus, semble être le même qui, dans la même Dùsseldorfev Zeitung il y a quelque temps, l'avait vilipendé comme un « unverschamter Mensch (un homme impudent) parce qu'il lui avait déclaré ouvertement que pas un seul bourgeois de Louvain n'avait tiré sur les Allemands.
Tous ces plaidoyers, toutes ces apologies, toutes ces diversions tortueuses se retournent contre les coupables. Les Allemands ont agi à Louvain en barbares, en barbares volontaires; leurs crimes étaient prémédités. Finissons, en citant deux incidents rapportés par le journal belge le XX* Siècle (16 janvier).
A tous les faits qui furent précédemment énoncés à charge des envahisseurs et qui sont basés sur des preuves
LES EXPhICATIONS ALLEMANDES 155
irréfutables, il convient de mentionner deux incidents caractéristiques :
Premier fait. Le "mercredi 19 août, les Allemands pénétrèrent dans Lou vain.
Le lendemain, à une servante, qui nettoyait la maison de son patron, un officier dit à brûle-pourpoint : « Inutile de vous donner tant de peine. Bientôt la ville sera brûlée. » (Un se rappelle que le sac ne commença que le mardi suivant!)
Second fait. Des personnes de la haute bourgeoisie
avaient hébergé un officier et avaient traité celui-ci avec
amabilité. L'officier, un homme du monde, leur en témoi-
uait une vive reconnaissance. Or, le mardi 25 août, douze
ueures avant que le feu fût mis à la ville, il se précipita,
proie à une émotion visible, chez ses hôtes et leur dit
jûrûle-pourpoint :
- Vous allez partir sans retard avec vos enfants et vos mestiques. Une auto vous conduira à Bruxelles.
— Mais nous sommes fort bien ici, protestèrent les hantants. Pourquoi voulez-vous nous faire quitter la ville 1
out y est calme.
L'officier s'excusa de ne pouvoir leur donner d'explications, mais il insista avec tant d'éloquence que la famille uuvaniste, après avoir pris auhasard'quelques vêtements, ^rit place dans l'automobile.
— J'ai été traité avec tant de cordialité par vous, ajouta i officier, que je me fais un devoir de vous rendre service a mon tour.
La voiture prit la route de Bruxelles où, le lendemain, ses occupants furent mis au courant des faits épouvantables qui s'étaient déroulés à Louvain. Ils comprirent alors l'inestimable service que l'officier ennemi leur avait rendu !
Mais ceci prouve, n'est-il pas vrai, la préméditation.
A diverses reprises, des officiers allemands, aux indignations que provoquait la conduite de leurs troupes, se sont bornés à répondre : « C'est la guerre ! »
« Non », s'insurge la conscience universelle; « non », ripostent à leur tour les juristes, attestant les règles du droit des gens et les conventions internationales.