‹ Le supplice de LouvainChapitre 7 sur 17 · Le Saint-Siège et la Belgique · texte numérisé non relu

Le Saint-Siège et la Belgique

La guerre, en mettant aux prises les catholiques de plusieurs nations, créait au Saint-Siège une situation fort délicate. L'attitude de rigoureuse neutralité, qu'il crut devoir tout de suite adopter, ne pouvait toutefois pas faire obstacle à l'expression de paternelle commisération du Chef de l'P]glise à l'égard de l'héroïque

L'ALLEMAGNE AU PILORI î)l

Belgique et des victimes innocentes d'une guerre férocement conduite.

En décembre dernier, mis au courant des faits concernant Louvain par le Primat de Belgique, le Souverain Pontife avait répondu au cardinal Mercier par une lettre où l'on lit, notamment :

«... La divine Providence Nous a confié le soin de veiller sur tous les fidèles avec une sollicitude paternelle, par conséquent que ce soit en temps prospères ou en temps adverses, Nous avons à cœur de Nous unir à tous et Nous ne pouvons qu'être bien affligé en voyant combien la nation des Belges , tant et spécialement aimée, est réduite par l'atroce guerre dans des conditions si lamentables. Nous avons vu le roi des Belges et son auguste famille, les membres du gouvernement, les notables, les évêques, les prêtres et le peuple réduits à souffrir. A ussi, plein d'un sentiment de profonde pitié, Nous ne pouvons qiïêire inspirés par une grande commisération à leur égard. A Nous qui sommes dans le deuil et la peine, il ne Nous reste qu'à souhaiter que bientôt ces tristesses prennent fin. Veuille le Dieu miséricordieux hâter cela!

« Dans ces angoisses et ces difficultés qui oppriment Nos très chers fils, nous leur rappellerons que la main du Seigneur peut toujours s'étendre pour venir au secours et pour exaucer les supplications qui lui sont adressées. L'espoir du secours divin Nous semble d'autant plus indiqué en ce temps où sont proches les jours où Nous célébrons les fêtes de la naissance du Seigneur et que Nous commémorons cette paix que Dieu a fait annoncer aux hommes par ses Anges. Que les âmes en deuil et dans la tribulation soient donc soulagées par le témoignage de Notre sollicitude paternelle; aussi Nous prions Dieu qu'il ait pitié de tout le peuple belge et qu'il daigne largement répandre sur lui tous ses bienfaits. »

De son côté, le cardinal Gasparri, secrétaire d'Etat du Saint-Siège, disait, en accusant réception de sa lettre, au cardinal Mercier :

« Permettez-moi de m'associer intimement à la peine et aux regrets que le spectacle de tant de douleurs et de tant

de maux dont souffre votre noble et chère patrie cause à votre cœur de pasteur et de Père.

« Je n'ai pas manqué de porter votre lettre à la connaissance du Saint-Père qui prend une part très vive à vos angoisses et à celles de vos populations si cruellement éprouvées, en demandant à Dieu de venir à votre secours pour vous soutenir, et de vous réconforter au milieu de votre tristesse et de votre deuil. »

Plus explicites encore sont les paroles échangées au Vatican le 17 mars dernier, lors de la réception solennelle par Benoit XV, du nouveau ministre de Belgique auprès du Saint-Siège, M. Van den Heuvel, professeur à la Faculté de Droit de l'Université de Louvain.

M. Van den Heuvel s'était exprimé en ces termes :

« Très Saint-Père, j'ai le bonheur d'être envoyé auprès de Votre Sainteté, alors que la Belgique traverse les heures les plus douloureuses de son histoire. Confiante dans les traités et ne recherchant que l'amitié de ses voisins, la Belgique se consacrait aux mille travaux de son activité industrielle et agricole, au culte des sciences et des arts, lorsqu'elle vit tout à coup, pour ne pas avoir consenti à violer les devoirs de sa neutralité, la guerre envahir son territoire et y commettre les plus épouvantables ravages. Ses monuments eux-mêmes, titres de gloire du pays, ne furent pas épargnés, et la riche bibliothèque de l'antique Université de Louvain, ce précieux legs scientifique des siècles passés, fut livrée aux flammes de l'incendie. Toutes les classes sociales s'unirent autour de leur roi dans une même solidarité défensive et patriotique. Les autorités parlèrent unanimement des devoirs qu'imposait à tous cette cruelle situation. Dois-je rappeler avec quelle éloquence et quel cœur s'exprima le cardinal archevêque de Malines?

«Parmi les douleurs que la Belgique a eu à subir, une des plus pénibles fut assurément celle qui atteignit les âmes

pieuses du pays. De vieille date, profondément catholique, la Belgique avait toujours veillé avec un soin tout particulier à la sauvegarde des intérêts religieux. Elle avait, en 1830, garanti aux cultes, pour leur pratique et leur organisation, une liberté que peu de pays connaissent encore aujourd'hui, et dont les avantages ont pu être appréciés sur place par l'illustre pontife Léon XIII. Elle avait voulu des églises dignes de sa piété, elle entendait entourer de respect les ministres du culte et assurer la liberté de la parole évangélique. Saluant dans le Saint-Siège le guide religieux et l'autorité morale suprême, elle lui voua un attachement qui n'a jamais connu de défaillance. Aussi, je ne puis dire quelle fut son affliction, lorsqu'elle vit nombre de ses églises profanées et ruinées, plusieurs de ses prêtres déportés, des centaines martyrisés et fusillés, des évêques livrés à d'indignes traitements, et l'enseignement épiscopal lui-même soumis à de multiples entraves.

« Mais, au milieu de ses malheurs, la Belgique a été profondément émue et touchée des témoignages de vive sollicitude et de paternelle bienveillance que Votre Sainteté a bien voulu lui accorder. Le roi, mon auguste souverain, m'a chargé de vous dire combien il souhaite de voir les relations amies qui ont existé entre la Belgique et le Saint- Siège continuer à se dérouler dans une parfaite harmonie et pour le plus grand bien des fidèles belges. J'ai l'honneur de remettre à Votre Sainteté les lettres royales qui m'accréditent auprès d'Elle comme envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire en mission spéciale. »

Et voici la réponse du Souverain Pontife :

a C'est avec des couleurs bien sombres, que vous venez de peindre la situation de votre pays. Monsieur le ministre. Nous aussi, en recevant les lettres de S. M. le roi des Belges, qui vous accréditent comme envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire auprès du Saint-Siège, Nous pensons aux malheurs qui ont frappé votre noble patrie dans ces derniers temps. Ce triste souvenir Nous oblige à renouveler les sentiments que Nous avons exprimés, soit directement au cardinal

archevêque de Matines, soit dans V occasion solennelle du dernier Consistoire.

En ce moment, il ISous est agréable de vous donner, Monsieur le ministre, la bienvenue à Home, mais Nous ne pouvons pas le faire sans exprimer la profonde affliction qui Nous déchire le cœur dès le commencement de Notre Pontificat. Nous croyons cependant que les Belges ne doivent pas oublier qu'après l'orage le soleil ne tarde pas à réconforter les habitants d ici-bus. Nous souhaitons de même à Nos chers fils de Belgique, de pouvoir bientôt saluer le beau soleil de la paix sur l'horizon de leur patrie.

« Nous voudrions même ne pas devoir Nous borner à de simples souhaits. Mais, pour le moment, Nous demandons que les Belges ne veuillent pas douter de la bienveillance dont Nous aimons à les entourer.

« Cest en Nous inspirant de cette bienveillance que Nous assurons le nouveau ministre de Belgique de l'accueil quil trouvera toujours chez Nous, dans V accomplissement de sa mission de raffermir les bons rapports qui existent entre son gouvernement et le Saint-Siège. En attendant, Nous le prions de faire parvenir à son auguste souverain l'hommage de Nos sentiments amicaux et d'agréer pour lui-même l'assurance de la satisfaction que Nous a causée le choix d'un personnage qui, ayant été ministre de la Justice et professeur de droit à V Université de Louvain, ne peut s'inspirer que de Vamour pour la justice et pour la vérité. »

Ajoutons enfin, que, d'après YOsservatore romano du 2 mai, le Souverain Pontife pour répondre aux demandes qu'il a reçues de concourir à la reconstitution de la bibliothèque de Louvain, aprescrit de meltre à la disposition de l'Université de Louvain les publications et les œuvres disponibles de la Bibliothèque du Vatican.

Cette décision est indépendante des secours dont le Souverain Pontife pourrait disposer ultérieure* ment.

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