Bibl. nat., mss. f. fr., n' 12491, p
Le grippé de la roquaille, l'amateur de coquilles,
Estime un rocher de roquailles Beaucoup plus qu'un cœur de rocher.
Les couplets du grippé de tableaux sont d'assez mauvais ton :
Une femme toujours caquette, Ne vous laissant jamais en paix; Mais une peinture est muette Et ne vous estourdit jamais.
Une femme un temps ne peut plaire.
Voulés-vous sçavoir comme quoy Je prends du plaisir à les faire, Mais non à les prendre cheux moy.
Le grippé des miroirs * trouve dans sa curiosité l'avantage philosophique dea se cognoistre soy-mesme ». Le grippé des verres et le grippé des pierreries vantent leur prédilection , chacun à sa manière. Il y a encore le grippé des fleurs, le grippé du Petun, le tabac « qu'on appelle l'herbe à la Reyne », le grippé des poules et des pigeons^
Est-il une grippe plus belle Que d'avoir poules et pigeons Qui soient à la mode nouvelle?
Et la liste est loin d'être complète; notre chansonnier anonyme ne parle ni des estampes, ni des pierres gravées, ni des armes, ni des chinoiseries, etc.
En 1648, à la veille de la Fronde, quatre-vingt-dix villes en France sont déjà pourvues d'un ou de plusieurs amateurs 2; Paris compte cinquante cabinets curieux à une époque où Rome n'en possède que huit ^
1. Les glaces de miroirs venaient encore à cette époque de Murano ; c'était presque une rareté et Ton en faisait de véritables collections. P. Borel cite un amateur de Nancy, <« M. Rignol, bourgeois, curieux des miroirs et des perspectives ». Le fournisseur à la mode était Poquelin, qui faisait un grand commerce de points et de glaces de Venise. C^est lui, dit Savary (Dictionnaire), « qui trouva le moyen d^attirer des ouvriers vénitiens qui vinrent à Paris, où, après quelque temps, les ouvriers français qui travaillèrent d'abord sous eux, se perfectionnèrent de telle manière que les glaces soufflées de France devinrent infiniment plus belles que celles de Venise. » En i665, Poquelin obtint, avec Nicolas du Noyer, le privilège pour rétablissement de la première manufacture de glaces qui fut installée à Tourlaville, près de Cherbourg.
2. Tai réuni une liste de i,ooo noms environ d'amateurs français au xvii* siècle; cette liste sera publiée prochainement.