‹ Le surnaturel dans le théâtre de ShakespeareChapitre 11 sur 102 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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antérieur ou postérieur à la moralité de Robert Wilson : The Cobblers Prophecij^ dans laquelle i c'est moins la figure des personnages que Télé- I ment surnaturel, c'est-à-dire le rôle des divinités qui se disputent la domination des hommes et se jouent d'eux, qui offre des ressemblances avec les féeries de Shakespeare *.

Il est certain que le Songe d'une nuit d'été est une pièce de circonstance; peut-être Shakespeare Ta-t-il écrite pour les noces d'un de ses amis et protecteurs, Tinfortuné comte d'Essex ou pour le compte de Southampton ^; la fiction de la pièce ainsi que la vertu attribuée aux fées par la croyance populaire de rendre les unions fécondes permettent également d'induire qu'elle a été écrite pour des noces. Mais lors même que cette pièce ne serait qu'un conte comique, un simple songe écrit pour l'amusement d'une réunion de hauts personnages, elle n'en est pas moins remplie de beautés poétiques presque inconscientes et montre que Shakespeare était un seigneur si

1. The Cohbler's Prophecy von Robert Wilson: article paru dans les Jahrbiicher d. deutsch. Shalcespeare-Gesellschaft, t. XXXIir (1897), p. 3 et suiv.

2. Gervinus, oav. cité, p. 334. — Brandes, ouv. cité, p. 152.

nagnifîque dans ce monde d'idées qu'il ne conlaissait pas la monnaie de billon et soldait ses noindre dépenses en bons écns d'or.

Le sujet de la pièce est un triple mariage. Peniant que Thésée, duc d'Athènes, célèbre ses noces ivec Hippolyte, reine des Amazones, Egée, père i'Hermia, et Démétrius, à qui Egée avait promis sa fille, venaient se plaindre à lui que Lysandre lit ensorcelé Hermia qui ne veut plus de ce inariage. Mais Démétrius ne veut pas renoncer à ^a main, bien qu'Hélène, non moins belle qu'Herrnia, brûle d'amour pour lui.

Le prince étant impuissant à arranger les choies, les fées prennent en mains les fils de l'intrijue, les emmêlent encore davantage pour comnencer, mais finissent par amener un dénouement i la satisfaction générale. Le roi des fées Oberon ît Titania, sa femme, viennent d'avoir une quenelle au sujet d'un prince indien qui sert Titania omme page et dont Oberon voudrait faire son piqueur : dans le feu de la dispute, ils s'accusent réciproquement d'infidélité : Titania est jalouse i'Hippolyte et Oberon de Thésée, leur querelle ne jette pas seulement l'inquiétude dans le monde des fées, mais cause aussi toute sorte de troubles

et de bouleversements sur la terre. Enfin, Obe-| ron médite une vengeance et, avec Taide de Puck. | il verse, pendant son sommeil, dans les yeux de Titania un charme fait du suc d'une fleur blessée j par la flèche d'Amor qui la rendra éperdument amoureuse du premier individu qu^elle apercevra à son réveil. Puck a soin que cet homme soit Bottom, un simple artisan, membre d'une troupe d'amateurs venue jouer une pièce bouffonne aux! noces de Thésée, et à qui le malicieux lutin fait une tête d'âne \ Bottom ne tarde pas à éveiller la reine des fées par les braiements qu'il pousse dans le bois et Titania tombe incontinent amoureuse de lui. Puck devrait aussi, sur Tordre d'Oberon, verser le philtre magique sur les yeux de Démétrius qu'Hélène poursuit de son amour ; j mais il se trompe de personne, prend Lysandre pour Démétrius et le premier, apercevant à son réveil Hélène avant son Hermia, tombe mortellement amoureux de la fille qui brûle pour Démétrius, de sorte que les personnes qu'un hymen

1. Un sortilège faisant à un homme une tête d'âne se trouve mentionné dans le Discovery of Witchcraft de Reginald Scot publié en 1584 et qui ne devait pas être inconnu de Shakespeare (Edition de Nicholson, 1886 ; p. 257).

devrait unir se détournent encore davantage les unes des autres. Par bonheur, quoique la nuit de la Saint-Jean soit fort courte, nos personnages eurent encore le temps de faire un nouveau somme dans le bois des fées; il y eut de nouveaux enchantements et, pour finir, Oberon se réconcilia avec Titania, les couples d'amoureux furent de nouveau réunis ; Bottom recouvra sa tête d'homme et put jouer devant Thésée avec ses compagnons la comique et lamentable histoire de Pyrame et Thisbé, et Oberon bénir un triple hyménée.

Shakespeare dans cette pièce — comme pour tenir les promesses du titre bercer le spectateur d'un rêve agréable — montre le surnaturel dans ses manifestations riantes, comiques, bouffonnes même ; parmi les figures merveilleuses de la croyance populaire, il choisit les plus charmantes, les plus bienveillantes, et « leur ôte tout ce qu^elles pourraient avoir de diabolique, d'effrayant 1. » Leurs mœurs et leur mentalité sont aussi légères que le vol qui les porte d'un bout

1. Paul Gyulai, ouv. cité, p. 24.— Gervinus, ouv. cité, t. I, p. 348.

de la terre à l'autre : tels les hommes insouciants qu'on trouve d'ordinaire très aimables. Leurs récits seuls nous apprennent que ces personnages peuvent aussi être dangereux et malfaisants, qu'ils sont capables de changer en chien, en cheval, en sanglier, en ours, en feu ; de lancer sur la terre les vagues de la mer, ravager le champ du laboureur, détruire ses troupeaux et causer des maladies \ Mais ce qu'on les voit faire est pure espièglerie et finit toujours bien ; lorsqu'ils interrompent leurs danses ou leurs chants^, c'est pour aller tuer des insectes sur les boutons de géraniums, — leur corps étant aussi exigu que la substance en est subtile — il se battent avec les chauves-souris pour leur prendre leurs ailes et en vêtir leurs petits ^ Lorsqu'ils prennent quelqu'un en affection, ils le comblent de caresses et font tout pour lui plaire ; Titania dit à Bottom à la tête d'âne : « Je te donnerai des fées pour te servir ; elles iront te chercher mille joyaux précieux dans Tabîme des eaux: elles chanteront tandis que tu dormiras sur un doux lit de fleurs, et je saurai si

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