Acte [, scène
2. Delius cite àla fin de son Introduction la traduction anglaise îontemporaine de Shakespeare du passage d'Ovide qui se rapporte à ce sujet.
des lacs tranquilles et des bocages ; et vous qui, sur les grèves, glissez d'un pied sans traces, et légèrement poursuivez Neptune ou fuyez devant lui, poursuivis du retour de ses ondes. Vous, menu peuple d'esprits nains qui, sur le gazon vert, tracez au clair de lune ces ronds enchantés dont la brebis refuse Therbe amère ; et vous, folâtres farfadets, dont s'éveille le soir au son du couvre-feu, vous n^êtes tous que de frêles monstres ; et cependant, secondé par vous, j'ai éclipsé le soleil dans la splendeur de son midi, j'ai appelé les vents mutins et fait rugir la guerre entre les vertes mers et la voûte azurée des cieux. Par vous, j'ai ébranlé le promontoire assis sur sa base immense. Oui, les tombeaux ouverts à ma voix ont lâché leurs hôtes réveillés de la mort, tant mon art avait de puissance ! Mais j'abjure ici cette noire magie ; je brise ma baguette et je l'ensevelis dans le sein de la terre ; et, plus avant que n'est jamais descendue la sonde, je noierai sous les eaux mon livre magique *. »
1. Acte V, scène 2. Pour la destruction par le feu de livres de magie, voir Reginald Scott, ouv. et édit. cités, p. 418.
Magie et superstition, croyance à l'astrologie et aux présages, divination
Nous voyons dans la synthèse de la Tempête la ligne de démarcation entre les deux provinces du monde surnaturel de Shakespeare. De même que, selon les idées de ce temps sur la démonologie, les fées n'étaient que des démons plutôt bienfaisants, et les lutins, farfadets et même parfois les diables, des fées malfaisantes, on reconnaissait à cette époque deux sortes de magie: la magie blanche, fondée sur la science, qui mettait d'ordinaire au service du bien son pouvoir de divination et celui qu'elle exerçait sur les forces de la nature et certains éléments du monde invisible, et la magie noire qui supposait un pacte avec le diable et qu'on appelait aussi « négromancie »
par corruption du mot « nécromancie » qui a un sens tout différent \
C'est aussi, à peu de chose près, la distinction ' qu'on faisait entre la magie ou nécromancie (et non pas la négromancie !) et l'incantation ou sorcellerie ^ Celle-ci était réputée bien plus dangereuse et poursuivie plus rigoureusement que celle-là.
La nécromancie, mot d'origine grecque, signifie simplement l'évocation des morts pour apprendre d'eux Tavenir ; ce genre de divination se rencontre aussi dans TAncien Testament où nous voyons que le roi Saiil va trouver la prophétesse d'Endor et lui fait évoquer Tâme de Samuel pour apprendre de lui Tissue de la guerre contre les Philistins ^ Dans Fantiquité païenne, Ulysse évoque les morts par des sacrifices pour les questionner sur la fin de son voyage *. Cette idée pri-
l.W. Scott, ouv. cité, p. 121. — Spalding, ouv. cité, 125 et suiv., J33 et suiv., 142 et suiv.
2. Daemonologia, h. e. adversus Incantationem sive Magiam Institutio, autlî. Ser. Dn. Jacobo Rege etc. Ouvrage édité à Hanovre par Guigl. Ausonius, en 1604, p. 29 et suiv.