‹ Le surnaturel dans le théâtre de ShakespeareChapitre 23 sur 102 · Acte II, scène · texte numérisé non relu

Acte II, scène

52 LE SUR^'ATUREL

le rôle du magicien est déjà d'une nature plus suspecte *. Les paroles de Glendower semblent trahir le vantard et le charlatan plutôt qu'un savant en possession des secrets de la nature; Percy ne veut point le prendre au sérieux et se moque de ses phrases ronflantes ; Falstaff prétend que le diable a prêté serment de fidélité à Glendower sur la croix d'une hallebarde wallonne; le roi Henry ^ le regarde comme un grand mais dangereux magicien, tandis que Mortimer voit en lui un bon et brave chevalier très savant et versé dans la magie. Il est certain qu^au temps de Shakespeare on voyait encore de la magie ou du prodige dans une quantité de choses qui paraissent toutes naturelles aujourd'hui, et qu'on regardait comme un magicien tout homme dont Fesprit pénétrait un peu mieux qu'un autre le fond des choses. Il y avait alors des magiciens bien connus qui s'entouraient de toute sorte d'objets bizarres ou mystérieux, comme chez Prospero qui, pour exercer sa magie, a toujours besoin de mettre sou manteau, son bonnet et de prendre sa baguette \ Il y avait

2. Première partie: acte I, scène 3; acte II, scène 4; acte 111» scène 1.

2. Gervinus, ouv.cité^t. IV, p. 198. Mézières, ouv.citè,p.536.

parmi eux des charlatans et des imposteurs notoires ; il y en avait aussi qui jouissaient d^une certaine considération et n'avaient pas à redouter des poursuites * ; mais nous verrons bientôt comment jla croyance à la sorcellerie gagae du terrain en Angleterre à partir de la fin du xvf siècle, quelle terreur elle inspire et quelles mesures on prend pour la combattre. Désormais Tinnocente « Magie blanche » se cache de plus en plus ou perd tout crédit à mesure que les fées se transforment en esprits du mal ^

La plus répandue^ la plus populaire et la moins suspectée des sciences occultes, Tastrologie ou Fart de lire l'avenir dans les astres, était encore en grand honneur dans tout le monde civilisé, et la crédulité des hommes faisait un métier lucratif de Fart de tirer des horoscopes. Shakespeare luimême, comme les hommes instruits de son temps, regardait l'astrologie comme la sœur et l'égale de l'astronomie^ où prévalait encore le système de Ptolémée malgré les découvertes de Copernic,

Brandes, ouv. cité, p. 961. Dr. Glemens Klipper: Shakespeare- Realien, Dresden, 1902, p. 109.

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