‹ Le surnaturel dans le théâtre de ShakespeareChapitre 3 sur 102 · Goldenes Vlies, trilogie · texte numérisé non relu

Goldenes Vlies, trilogie

3. Par exemple, le Marchand d'habits, par Erckmann-ChaiviSin^Hannele et Fuhrmann Henschel,ipdir Gerhardt Hauptmann.

4. Sémiramis^ jouée le 5 juin 1767. Voir la Hamburgische Dramaturgie. (Sœmmtl. Schiftren, Berlin, 1839, VII, p. 49,)

dans le drame français en faisant apparaître le spectre de Ninus à Sémiramis et aux grands d'Assyrie assemblés, et s^efforçait de légitimer cette apparition par la croyance de Fantiquité et du moyen âge aux fantômes,Lessing s'éleva avec énergie contre la conception de Voltaire. « L'auteur dramatique — dit-il — n'est pas un historien ; sa mission n'est pas de nous apprendre ce que croyaient les anciens, mais de nous verser l'illusion et, par ce moyen^ de nous émouvoir; si le poète ne parvient pas à faire naître l'illusion en nous qui ne croyons plus aux fantômes, tout son art est vain... Mais, — poursuit-il — ne pourrat-on plus faire paraître de spectres sur la scène? Cette source d'émotions serait-elle tarie pour le spectateur? Non! la perte serait trop grande pour la poésie. Le fait que la plupart des hommes ne croient pas aux fantômes ne doit pas empêcher \ l'auteur dramatique d'en faire paraître sur la scène. Les hommes ont tous en germe une certaine disposition à y croire et, en particulier ceux pour lesquels le poète écrit. S'il a le talent de faire lever ce germe, il réussira, au théâtre, à nous I faire croire ce qu'il lui plaira, quelle que soit d'ailleurs notre opinion sur ce sujet. »

Lessing montre ensuite avec quel art Shakespeare sait nous faire croire à la réalité de ses apparitions de spectres et recherche les causes de son succès ; puis il montre les fautes que Voltaire a commises dans l'emploi du surnaturel qui Fempêchent de faire impression sur le spectateur ; ilarrive enfin à cette conclusion que le génie de Tartiste remporte sur toutes les conceptions philosophiques du monde.

Gœthe, aussi, revendique pour Fauteur le droit de parcourir toute la création, le ciel, la terre et les enfers sur les planches *.

La théorie émise par Ludwig Tieck ^ a grandement influé sur le développement de la conception dramatique. Prenant aussi Shakespeare pour point de départ et pour modèle, il détermine les conditions auxquelles Femploi du surnaturel est subordonné dans le drame et en fixe les règles dans la tragédie et la comédie, tout en reconnaissant que le succès dépendra toujours du génie de Fauteur.

1. Fausty Vorspiel auf dem Theater ; discours de clôture du directeur.

2. Shakespeare' s Behandlung des Wiz /ideriare/i, 1793. L. Tieck: Kritisçhe Schriften, Leipzig, 1848, t. I, p. 37 et suiv.

A son avis, le merveilleux ne régnera en maître absolu dans une pièce que si le spectateur est en quelque sorte bercé dans un rêve par la variété et la continuité du merveilleux, et si ce rêve n'est point troublé par des émotions trop vives. De ces pièces sont bannies les passions violentes ; elles ne doivent exciter ni la pitié, ni la crainte, ni les émotions violentes ; par contre, Télément comique et la musique contribuent puissamment à obtenir Teffet désiré, comme dans le Soiige d'une iiidt d'été et la Tempête de Shakespeare.

Les grandes passions, qui sont Tessence de la tragédie, imposent des conditions tout autres à la mise en scène des esprits. Dans ces pièces-là, ce sont les faits et les passions de ce monde qui nous intéressent, et le merveilleux n'y est de mise qu^en tant qu'il peut servir à accroître encore le sentiment de la terreur. Le monde immatériel reste donc ici dans un certain éloignement afin que ses personnages gardent quelque chose d'étrange, de mystérieux et, par cela même, nous paraissent d'autant plus redoutables. L'art du poète consiste à nous faire accepter l'impression de terreur produite par le surnaturel, de sorte que Fâme du spectateur se trouve à Tunisson de celle des per-

sonnages du drame et, en même temps, à laisser entrevoir, s'il le peut^ une explication naturelle du phénomène, afin que le mystère qui Tentoure nous laisse plongés dans le doute et la perplexité. Paul Gyulai, le célèbre critique hongrois, a pris énergiquement la défense du surnaturel comme élément dramatique et s'est élevé avec force contre les soi-disant critiques qui, donnant en exemple ce qu'il y a d'irréel dans le monde féerique de la comédie de Shakespeare, « prétendent enlever à la poésie la moitié de son empire et condamnent sans appel les plus beaux chefs-d'œuvre de l'antiquité et des temps modernes ». « Brûlez — dit-il à ces critiques-là — Homère, Virgile, le Dante, Milton, Gœthe ; déchirez toutes les œuvres de Shakespeare où l'on voit figurer des esprits ou des fées ; détruisez les trésors les plus précieux de la poésie populaire... Ce qu'il vous faut, ce n'est pas le vrai poétique, le vrai moral, mais le vrai matériel qu'on peut toucher de la main ; vous trouvez absurde tout ce que votre bon sens niais ne comprend pas» *... Gyulai fait cependant une

1, Dramaturgiai dolgozaiok (Études sur le drame): Le merveilleux et le bouffon dans Shakespeare, paru dans le Magyar Shakespeare-iàr, première année, P^ livraison, p. 17.

distinction entre les différents genres de merveil-' leux et de surnaturel au point de vue de la littérature dramatique : à son avis, le merveilleux des contes populaires a sa place marquée dans les pièces bouffonnes que Gyulaiest loin de regarder comme un genre inférieur ; en revanche, la tragédie n'admet que le «merveilleux subjectif, les visions telles que celles des ballades populaires », et il donne à l'appui des exemples tirés de Shakespeare. Selon Gyulai, l'effet que doit produire sur l'imagination l'emploi du surnaturel est subordonné à trois conditions : d'abord qu'il soit symboliquement au service d'une idée morale; puis qu'il soit à l'image du cœur humain et de ses passions, « car les fées, les bons et les mauvais génies ne sont que Texpression la plus élevée de nos vertus et de nos vices ; enfin qu'il soit fondé sur des croyances naïves ou, du moins, qu'il ait le charme des vieilles légendes et des souvenirs d'enfance pour ceux qui n'ont pas fermé volontairement leur cœur aux impressions de cette nature ».

Ceci concorde donc presque entièrement avec l'opinion de Gustave Freytag * qui n'admet le mer-

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