‹ Le surnaturel dans le théâtre de ShakespeareChapitre 40 sur 102 · Voir la note à ce sujet au commencement du chapitre IIL · texte numérisé non relu

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naître, comme on peut en fournir plus d'une preuve. Le fils de Marie Stuart, qui était monté tout jeune sur le trône d'Ecosse sous le nom de Jacques VI après que sa mère eût été chassée du pays et qui, par un singulier retour du sort, succéda en 1603 sous le nom de Jacques l'' à Elisabeth d'Angleterre, Fauteur de la mort de Marie Stuart, n^avait pas suivi la religion de sa mère qui était restée fidèle à la foi catholique jusque sur l'échafaud. Bien qu'il se fût montré tolérant envers le catholicisme dans sa jeunesse, les convictions protestantes devinrent de plus en plus fortes chez lui à mesure qu'il avançait en âge et, enfin, se dressant à la fois contre les^ Eglises catholique, presbytérienne et les sectes puritaines, il établit définitivement le pouvoir de l'Eglise épiscopale ou officielle d^Ângleterre. Si Jacques était zélé pour la religion, il aimait aussi à faire montre de son savoir et surtout de ses connaissances en théologie ; comme roi d'Ecosse, il avait écrit sous forme de dialogue un traité sur la démonologie,dans lequel il s'efforçait de dissiper tous les doutes, de réfuter toutes les opinions erronnées qui avaient cours et d'exposer, en s'appuyant sur le dogme, les idées que, dans sa conviction, les

théologiens, les moralistes et les gouvernements devaient avoir sur ce sujet. Ce livre bizarre fait aussi une distinction entre la magie ou nécromancie d^'une part, et Tincantation ou la sorceljlerie proprement dite d'autre part. Il appuie nombre de ses arguments sur les aveux arrachés jaux accusés dans les procès de sorcellerie de Tépoque : il fait connaître toutes les formes que prend le diable, tous les sophismes dont il use pour induire Tliomme en tentation ; il établit une classification des différentes espèces de démons, et proclame qu'il est du devoir de l'Etat et de chaque chrétien de poursuivre et d'exterminer impitoyablement toute espèce de magie et de sorcellerie.

Pour avoir une compréhension parfaitement nette des passages de Tœuvre de Shakespeare qui se rapportent aux démons et aux sorcières, il faut prendre en considérationle fait que la croyance au pouvoir diabolique et à la sorcellerie ainsi que la lutte entreprise contre les dangers qu^ils faisaient courir aux hommes avaient reçu une sanction légale, qu^on avait brûlé comme sorcières des centaines de vieilles femmes sous le règne du roi Jacques, que les poursuites judiciaires

continuèrent jusque bien avant dans le xvui* siècle, et qu'il est démontré que Shakespeare a eu connaissance des procès en sorcellerie de cette époque et des nombreux écrits qui s'y rapportent \ C'est ainsi que nous trouvons une tentative d'exorcisme dans la Comédie des Erreurs. Confondu après toute une série de méprises avec son frère jumeau, Antipholus d'Éphèse est sur le point d^être arrêté par les gens de la police qui le prennent pour un fou, lorsque le magisterPinch s'offre de Texorciser par des prières et de faire rentrer Satan aux enfers ; mal en prend à l'iafortuné magicien qu^on accable d'injures quand la vérité éclate enfin ^ Gela ressemble fort à la scène du Soir des Rois où Ton accuse sans fondement Malvolio d^être fou, c'est-à-dire possédé du diable, « dont la voix se fait entendre sourdement en lui » ; on l'encourage à lutter contre Satan qui est « l'ennemi du genre humain » ; Fabien est d'avis qu'en pareil cas il faut user de douceur, car « Satan ne se laisse point malme-

1. Brandes, ouv. cité, p. 597. W. Scott, ouv. cité, p. 49 et suiv., 183 et suiv.

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