‹ Le surnaturel dans le théâtre de ShakespeareChapitre 47 sur 102 · P. 104 et suiv · texte numérisé non relu

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réglée par un décret du pape Innocent VIII, et chez les protestants par la Démonologie da roi Jacques et la législation qui s'en inspirait. II arriva une fois que la reine Elisabeth fut empêchée de dormir pendant plusieurs nuits par un mal de dents; on attribua la chose aux maléfices d'une femme Dyer et cela suffit à la faire condamner. Le duc de Buckingham fut décapité pour avoir suivi les conseils d'une sorcière. Pendant le voyage que Jacques fit en Danemark, lorsqu'il était encore roi d'Ecosse, pour épouser la princesse Anne, il s'éleva une effroyable tempête qu'on attribua aussi à des sortilèges : il s'ensuivit toute une série de procès qui menèrent plusieurs des accusés au gibet ou au bûcher. C'est en vain que quelques personnes éclairées, Réginald Scot entre autres, dans son traité TheDiscovenjofwitchcraft,àémontrèrent l'inanité de la croyance aux sorciers ; elle était trop profondément enracinée dans les âmea pour être détruite par des raisonnements et, en outre, le fanatisme faisait considérer ces persécutions comme une œuvre méritoire. Il suffisait le plus souvent de la rencontre du « damnum minatum » et du « malum secutum », c'est-à-dire d'avoirprédit un malheur, pour être accusé d'en être la

cause. Le plus souvent on ne permettait même pas à ces infortunés de se défendre, ou bien il arrivait parfois que, brisés par les tortures ou trompés par de fausses promesses, ils s^'accusaient des crimes les plus absurdes; ils n'avaient souvent que Talternative d'être asphyxiés à Fépreuve de l'eau ou d'être condamnés à mourir sur le gibet ou sur le bûcher K La force probante des faits elle-même était incapable d'ouvrir les yeux des juges sur la fausseté des aveux arrachés par la torture ; ainsi on croyait ferme comme dogme par exemple — quantité d'aveux l'attestent — que les sorciers peuvent se rendre invisibles, changer de forme, voler dans Tair, et il ne venait à personne Fidée bien simple pourtant que, si c^était vrai, aucun de ces malheureux n'irait au supplice ^

Les prédécesseurs anglais de Shakespeare mettaient des sorcières sur la scène. Nous citerons entre autres la magicienne d'Edmonton, où l'on y fait paraître sous la figure de Mother Lawyer

1. Reg. Scot, ouv. cité, p. 19-21, 24-25. Th. Dyer, ouv. cité, p. 30-31.

2, W. Scott, ouv. cité, p. 18i, 214. Mézières, ouv. cité, p. 389. Brandes, ouv. cité, p. 596-597. Spalding, ouv. cité, p. 108, 111. Lucy, ouv. cité, p. 11 et suiv.

une tragique magiciennej c'est-à-dire une femme qui n'est pas plus sorcière qu'une autre, mais qui, parce qu'on la croit telle, qu'on la persécute, la méprise, finit par se révolter contre la société et s'efforce de lui nuire K

Shakespeare — comme nous l'avons dit — fait figurer des sorcières dans deux de ses drames : l'un est la trilogie de Henry F/, une œuvre de jeunesse ou plutôt une chronique mise sur la scène, conçue sans unité dramatique, qui n'est peut-être pas en entier de lui, mais qu'il aura remaniée en vue de la mise en scène ^ ; l'autre est Macbeth, écrite lorsqu'il était parvenu à la maturité de son talent.

La sorcière qui figure dans la première partie de Henry VI n'est autre que Jeanne d'Arc, sous la dénomination de Pacelle en usage chez les Français de l'époque où elle vécut. La deuxième et la troisième parties de la trilogie ont pour unique objet les luttes acharnées de la Rose blanche et de la Rose rouge ou des maisons d'York et de Lancaster, mais dans la première, Shakespeare

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