Th. Dyer, ouv. cité, p
raconte comment « Henry de Windsor perdit ce que Henry de Monmouth avait gagné » : c'est-àdire la défaite des Anglais en France sous le règne de Charles VU, et se fait dans ce récit l'interprète de l'opinion régnante à cette époque en Angleterre. 11 est naturel que les Anglais auraient eu honte de convenir que leurs généraux avaient été incapables de vaincre une armée conduite par une simple bergère, et c'est pourquoi leur honneur exigeait qu^ils fissent de la Pucelle une sorcière alliée du diable. 11 faut dire pour leur excuse, et ceci est peu glorieux^ que les Français sujets du roi d'Angleterre, ou du moins le clergé normand et les docteurs de l'Université de Paris^ partageaient la manière de voir des Anglais.
Le portrait que Shakespeare fait de Jeanne d'Arc dans son drame est vague, flottant, plein de contradictions et laisse planer le doute sur l'opinion que le poète avait de ce personnage ; on reconnaît, à la manière dont il a traité ce sujet, qu'il s'est conformé à contre-cœur à ce jugement.
A sa première apparition sur la scène, Jeanne^ avec un enthousiasme sincère et en termes inspirés, fait part de sa mission et refuse d'écouter les propos exaltés du Dauphin qui font pressen-
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tir son amour ; tous les Français croient à son pouvoir d'opérer des miracles, et ce n'est qu'au commencement de la pièce que quelques mauvaises langues se permettent des remarques obscènes sur sa rencontre avec Charles VII ; le roi, couronné par son aide, prédit que les Français riionoreront un jour comme la patronne de leur nation. Naturellement les Anglais voient en elle non seulement une sorcière, mais une fille perdue ; le duc d'York fait seul exception et croit jusqu'à la fin à sa pureté. Si les propos moqueurs et grossiers qu'elle tient aux négociateurs anglais ainsi que ceux avec lesquels elle s'exprime sur le compte du brave Talbot, tombé sur le champ de bataille, jettent déjà quelque confusion dans nos idées sur la belle personnalité de Jeanne victorieuse, le trouble ne fait qu'augmenter lorsque la fortune se détourne d'elle. Devant Angers, elle évoque des esprits qui sortent de dessous terre au milieu des éclats de la foudre, mais nous ignorons s'ils viennent de l'enfer. Elle leur demande un présage pour l'avenir ; elle implore leur aide contre les Anglais, les esprits restent muets ; elle leur offre ! son corps, ils se détournent et, enfin, son âme : alors les esprits disparaissent et Jeanne s'aperçoit
avec désespoir qu^'elle a perdu son ancien pouvoir, que « l'enfer est trop fort pour qu'elle puisse lutter avec lui *. » Elle n^est donc pas Falliée,mais Fadversaire du diable.
On est révolté du récit que fait Shakespeare des souffrances de Jeanne àses derniers moments. Elle renie son père, le vieux berger qui se lamente sur le sort de son enfant ; elle déclare qu'elle n^est pas sa fille, qu'elle est issue d'un sang plus noble et repousse le « vilain »avec rudesse. Dans son dernier interrogatoire, elle se dit pure, innocente, l'élue du Ciel ; elle a fait des miracles sans le secours du démon ; mais lorsqu'on l'envoie au bûcher, elle avoue, peut-être pour sauver sa vie, qu'elle a eu une liaison avec le duc d'Alençon et qu'elle en porte le fruit dans son sein. Puis, quand elle voit que tout est en vain, sans dire lequel de ses aveux était la vérité, elle maudit les Anglais avec rage et marche à la mort.
Il est hors de doute que Shakespeare n'a été, dans cette peinture confuse du caractère de Jeanne
1, « My ancient incantations are too veek, And hell too strong for me to buckle ^vith. »
(Acte V, scène 2.)
d'Arc, que Tinterprète des préjugés de son temps.
Nous ne pouvons voir encore qu'une chronique dramatisée dans les scènes de la deuxième partie de la trilogie, racontant l'incantation qui eut lieu par ordre de la duchesse de Gloster ainsi que les conséquences qu'elle entraîna pour ses acteurs \ Tout ceci n^'est qu'un épisode sans grande importance au point de vue de Faction du drame^ mais qui a le mérite de nous faire une description détaillée et conforme aux mœurs de l'époque d'une scène de magie et d'évocation d'esprits, et de nous instruire de la procédure et de la répression usitées en pareil cas ^.
Les scènes des sorcières de Macbeth que nous avons décrites plus haut sont un problème à résoudre dont l'étude est d'une importance bien autrement considérable tant au point de vue de Tart dramatique que de l'histoire littéraire.
Pour ce qui concerne Texistence et la nature des sorcières de Macbeth^ nous devons en premier lieu repousser formellement Fidée que ce