Brandes, ouv. cité, p
i CROYANCE AU DIABLE ET SORCELLERIE 95
formellement que la première magicienne qui salue Macbeth comme than de Glamis, titre qu'ail porte déjà depuis la mort de son père, parle au nom du passé, c^est donc Urda ; la deuxième qui le salue comme than de Gawdor est le présent, car, bien que Macbeth Tignore encore, le roi, à la nouvelle de sa victoire, lui a déjà conféré cette dignité dans la scène précédente ; c'est doncVérandi. Enfin, la troisième, celle qui lui prédit la royauté et qui lit dans l'avenir est Skulda. Le parallèle est séduisant à première vue, mais le rôle des magiciennes ne le justifie pas dans la suite \ 11 est certain que, dans cette scène, Macbeth et Banquo sont frappés de surprise à la vue des sorcières et qu^'elles leur font l'impression d'êtres surnaturels, tels qu'ils n^en avaient pas encore vu. Banquo dit ; « ... Qui est-ce? Elles ne ressemblent point aux habitants de la terre et pourtant elles marchent comme nous. » Et s^'adressant aux sorcières : « Etes-vous des êtres vivants et pouvez-vous répondre aux questions de Thomme ? » Et Macbeth : « Parlez, si vous pouvez parler. Qui
1. Spalding, ouv. cité, p. 86et suiv.Delius : Macbeth,Kin\AY, I. Article de la Quart, Review mentionné plus haut. Heine : Elément ar g eister, p. 84. Thiselton Dyer, ouv. cité, p. 27.
êtes- VOUS ? > Et Banquo poursuit : « Au nom de la J vérité, répondez : êtes-vous des spectres fantasti- j ques, ou êtes-vous en effet ce que vous paraissez être ? »
Et quand elles ont achevé leurs prédictions et que Macbeth voudrait en apprendre davantage, les sorcières « disparaissent ». Il faut remarquer ici que Shakespeare dans les instructions laconiques qu^il donne aux acteurs pour la mise en scène — si c'est bien lui qui les a rédigées — ne se sert que fort rarement des mots « disparaît, disparaissent » (vanishes, vanish) et seulement lorsqu'il s'agit d'apparitions de fantômes, et encore pas même toujours : ainsi les allées et venues du spectre du pèred'Hamlet sont exprimées par les termes usuels de « enter » et « exit ». Les sorcières disparaissent donc et si brusquement qu'elles font dire à Banquo : « La terre, ainsi que Tonde, enfante des bulles aériennes, filles légères de l'air, qu'un souffle dissipe. Ce que nous avons vu n'était qu'un néant. Où sont- elles évanouies?» A quoi Macbeth répond : « Dans l'air. Ces formes vaines que nous avons prises pour des corps, se sont perdues comme l'haleine dans les vents. »
C'est aussi ce que jMacbeth écrit à sa femme
dans la lettre dont elle donne lecture: « Je les ai rencontrées le jour de la victoire... et au moment où je brûlais du désir de leur poser de nouvelles questions, elles se sont évanouies dans les airs. »
Comment s'expliquer maintenant la résolution soudaine que prend Macbeth après la conversation agitée qu'il a avec sa femme à la suite de rapparition du spectre de Banquo au banquet du troisième acte, lorsqu'il dit : « J'irai trouver demain, oui, demain, dès le matin, mes trois magiciennes, il faudra qu'elles parlent encore ; je veux tout connaître... »
Et dans Tacte suivant, nous le voyons en effet paraître dans la caverne des magiciennes, les « Sœurs du Destin » du premier acte, qui, sur Tordre d'Hécate, l'attendent prêtes à l'incantation. Gomment Macbeth apprend-il que ces figures, encore si mystérieuses, si aériennes au premier acte, sont des magiciennes et où on peut les trouver pour apprendre d'elles l'avenir? Ce fait reste inexpliqué ; mais il n'en subsiste pas moins que nous nous trouvons ici en présence de sorcières toutes semblables aux vieilles femmes que Fimagination populaire accusait au temps de Shakespeare de pratiquer la magie et la divination .
Ces magiciennes ont, suivant la description j qu'en fait Banquo, Tair de vieilles femmes aux j traits flétris, le menton hérissé de barbe, donc la mine des femmes qu'on soupçonnait alors d'être des sorcières ^ Dès la première scène, elles entendent rappel du chat et du crapaud, animaux dont le corps servait de demeure, selon la croyance du temps, aux esprits servants des sorcières. Elles font toujours leur apparition au milieu du tonnerre et des éclairs, et à leur venue le beau temps même devient orageux ; c'est à cette particularité que se rapportent leurs dernières paroles avant de disparaître : « Les jours sereins nous sont odieux ; les plus affreux sont pour nous les plus beaux. Envolons-nous sur les vapeurs de cet épais brouillard », ainsi que Texclamation de Macbeth lorsqu'il paraît en scène pour la première fois : « Je n'ai jamais vu de jour si affreux et si beau ^ ! »
Elles racontent elles-mêmes comme quoi elles sont capables de déchaîner des tempêtes en mer. La femme d'un matelot n'ayant pas permis à une
1. Reg. Scot, ouv. cité, p. 3. Dans Les Joyeuses Commères de Windsor on trouve aussi une allusion au métier de sorcières des femmes à barbe (acte IV, scène 2),