Acte III, scène
l CROYANCE AU DIABLE ET SORCELLERIE 101
s^efforce de concilier en mettant en relief tel ou tel des éléments constitutifs de ces personnages aux dépens des autres, le plus correct est encore de se conformer exactement pour la mise en scène â l'intention manifeste du poète. On ne saurait lonc approuver Schiller qui, dans sa traduction, bu plutôt sa refonte de Macbeth^ a fait des changements et des additions arbitraires aux scènes des sorcières, et mis dans la bouche des « Sœurs du Destin », dont il fait des personnages gigantesques, des développements moraux pour nous expliquer qu'elles ne font qu^exécuter les décrets de la destinée ^
1. Voir à ce sujet l'ouvrage cité de Tieck, IV, p. 354 et celui de Gervinus, III, p. 315.
Songes, visions et apparitions de spectres.
Nous arrivons maintenant à la partie la plus sombre, la plus mystérieuse du monde surnaturel de Shakespeare, celle des songes, des visions et des spectres. C'est le point le plus intéressant, le plus irritant, pourrait-on dire, du problème dont nous essayons de donner la solution, car le poète a fait entrer ces éléments dans les pièces mêmes qui se meuvent dans le domaine de la plus grande vraisemblance, ce qui nous incite d'autant plus à rechercher dans quelle mesure Shakespeare ajoutait lui-même foi à ce qu'il veut nous faire croire.
C'est aussi dans ce domaine que la ligne de démarcation du surnaturel est le plus difficile à tracer. Chacun sait que des personnes bien portantes peuvent faire les rêves les plus étranges,
et que des personnes au cerveau malade, aux nerfs surexcités ou à tempérament hystérique peuvent voir à Tétat de veille des choses incroyables qu'elles sont ensuite fermement persuadées d'avoir vues. Une explication naturelle de ces faits est impossible, et la foi aux forces et aux phénomènes surnaturels commence là où le songe, comme présage d'événements qui arrivent en effet ou comme conseiller de la personne qui Ta eu, semble indiquer l'immixtion d'une puissance supérieure dans notre vie et nos affaires d'ici-bas. Cette croyance au surnaturel se manifeste également Il lorsque le phénomène perçu en rêve ou à l'état de veille n'est pas représenté comme une pure chimère, mais comme un personnage ayant une vie propre, qui fait preuve de volonté, pourrait-on dire, influe sur les vivants et se reconnaît à ce qu'il est lui-même agissant, quoique sous forme de vision, ou s'il apparaît même aux personnes les moins portées par tempérament à croire aux visions.
Commençons par les songes.
11 s'est trouvé dans tous les temps et dans tous les pays des hommes qui ont cru que les rêves contiennent des avertissements ou des prédictions
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touchant les événements de la vie. Plusieurs récits des Saintes-Ecritures en font foi ; Galenus, Pausanias, Lucien y croyaient; en revanche, il y a eu à toutes les époques des rationalistes, tels que Cicéron, qui ramenaient les songes à des causes naturelles et traitaient de superstition la croyance aux rêves. Celle-ci était fort répandue surtout à la grande époque de Fempire romain, mais elle persista dans la suite des âges, et au temps de Shakespeare elle préoccupait encore les esprits et engendra toute une littérature *.
Les auteurs dramatiques ont de tout temps mis en œuvre les songes. Dans les Euménides d'Eschyle, le spectre de Clytemnestre, sorti de son tombeau, excite les Euménides endormies devant le temple d'Apollon à la venger d'Oreste. On connaît le charmant drame sous forme de songe de Calderon La vida es 5w^/io, dont Fantimétabole est, en quelque sorte, la pièce de Grillparzer Der Traum ein Leben où il y a un songe sur la scène. De nos jours Râkosi % le célèbre écrivain hongrois,
1. ^Q^. Scott, ouv. cité, p. 143 et suiv. T. Gregorovius : Der Kaiser Hadinan, p. 368.