Acte V, scène
nages en état de veille est visible. Dans cette pièce, Shakespeare s'est conformé de son plein gré aux procédés primitifs de ses prédécesseurs et de ses contemporains en fait de technique dramatique ^
Que le songe mis sur la scène dans Richard III est différent I Là aussi, on voit apparaître des morts, mais ce sont les ombres d'hommes égorgés respirant la vengeance, et non des esprits élyséens accusant les dieux.
Richard III et le comte de Richmond, le futur Henry VII, se préparent à livrer une bataille décisive dans la plaine de Bosworth ; sur la scène on aperçoit leurs tentes dressées côte à côte. Les deux chefs, suivis de leurs partisans, entrent chacun dans la sienne pour prendre un moment de repos et se couchent ; l'un accablé des sombres pressentiments que lui donne la conscience de ses crimes^l'autre recommandant à Dieu lui et sa cause avec le calme et la confiance qui sont Tapanage d'une conscience pure et de la droiture d'âme. Le bruit du camp s'éteint^ et dans le silence delà nuit
1. Gervinus, onv. cité, III, p. 465 et suiv., loue l'idée de Shakespeare et voit le mérite de la pièce dans le caractère épique dramatisé de Cymbeline.
on voit s'élever successivement, sous forme de visions en songe, au-dessus des deux tentes, les ombres des victimes de Richard ; princes, princesses, enfants royaux que le tyran a fait égorger, parce qu'ils lui faisaient obstacle ; amis et complices dont il s'est servi perfidement pour atteindre ses fins, et qu'il a ensuite envoyés à Téchafaud : tous viennent maudire leur assassin et apporter leurs bénédictions à celui qui sera en même temps leur vengeur ^ Au moment où les ombres disparaissent, le roi se réveille en sursaut et marche au combat l'âme en proie au désespoir, tandis que Richmond puise dans son rêve un nouvel espoir et un nouveau courage.
Quelque rapport qu'il y ait entre leur situation,
1. Acte V. scène 3. Julius Gservinka,dans son étude Régiebemerkungen zu Shakespeare (J ahrbuch der deutschen Shakespeare-Gesellschaft, Berlin, 1901, p. 175 et suiv.) propose une modification à la mise en scène ; il demande qu'au lieu de se dresser au fond de la tente et de défiler conformément aux instructions de Shakespeare, les spectres entrent dans la tente de Richard, comme sils étaient vivants, qu'ils marchent, qu'ils rasseyent sur son lit, ce qui donnerait mieux Timpression d un îauchemar. Il va sans dire qu'on ne représenterait que le songe le Richard et non celui de Richmond,comme cela se fait du reste lur plusieurs scènes depuis l'innovation de H. Irving.
il n^est guère vraisemblable que deux personnes voient simultanément en rêve les mêmes figures. 11 est donc évident que, dans la pensée de Shakespeare, ce songe est la manifestation de la volonté d'une puissance supérieure qui éveille le remords dans le cœur de Tun pour affaiblir son bras au moment décisif, tandis qu^elle donne à l'autre de nouvelles forces par l'espoir de la victoire. G^est parce que Shakespeare ne pouvait rien contre ce fait historique que Richard — qu^il a montré d^ailleurs plus méchant qu^il ne le fut dans la réalité — trouve une mort héroïque dans les champs de Bosw^orth, qu'il a dû lui faire expier, la veille de la bataille, par un songe et un réveil affreux, tous les crimes dont il avait souillé sa vie pour atteindre le but de son ambition \
D'autre part, il est indéniable que Richard avait tout lieu d'être inquiet à la veille de la bataille, car il soupçonnait la trahison sous la sérénité qu'affectait le visage de ses partisans. Il est d^humeur sombre en rentrant dans sa tente, il repousse les mets et veut seulement boire ; puis il demande de la lumière, de Tencre et du papier, invite les