Brandes, ouv. cité, p, 540 et suiv
2. Mézières,ouv. cité, p. 394. Gervinus, ouv. cité, III, p. 241.
font peur à personne et le fantôme d'Hamlet mystérieux et muet, dont l'apparition au commencement de la pièce, à l'heure des spectres, sur la terrasse du château d^Elseneur, fait passer le frisson dans les veines du spectateur et Tintroduit sur-le-champ dans un monde mystérieux !
On entead, pour commencer, les qui vive ! des gardes qui se relèvent, un cliquetis de lances, puis on apprend que les gardes ont vu la nuit précédente, en ces lieux, un revenant qui avait une figure toute semblable au roi mort depuis peu. Cette fois ils ont amené Horatio, ami du prince Hamlet qui, ayant fréquenté des universités et beaucoup voyagé, se moque des contes à faire peur et les écoute d'aune oreille incrédule. Mais à peine les gardes ont-ils commencé leur récit que le spectre revient ! L'incrédule Horatio « est saisi d'étonnement, de peur » ; lui aussi, il reconnaît le vieux roi; il parle au fantôme ; celuici ne répond rien, mais continue sa marche et disparaît. Pendant que les soldats cherchent à deviner ce que signifie cette effrayante vision, et qu^Horatio leur explique le danger dont le Norvégien Fortinbras menace le Danemark et qu'annonce peut-être la venue du spectre, celui-ci re-
paraît. Maintenant les gardes sont résolus à tout pour le faire parler : Horatio lui barre le chemin, lui ordonne d'abord, puis le supplie de parler ; Marcellus se dispose à le frapper de sa lance, mais en ce moment le chant du coq annonce l'arrivée du jour et le spectre s'évanouit sans laisser de traces. Ils décident sur-le-champ d'instruire Hamlet, le fils du roi défunt, de ce qu^ils ont vu, espérant que cet esprit muet lui parlera ; ils se disposent donc à aller le trouver le matin même. C^est ainsi que la première scène prépare Tesprit du spectateur à accepter comme vrai le surnaturel, rhorrible \ On s'aperçoit tout de suite que ce n^'est pas une simple hallucination ; les personnages en scène sont de braves soldats^ jeunes et forts, qui n'ont pas peur de leur ombre : il y a ici un secret terrible qui fait ouvrir des tombes, et nous avons presque le frisson en pensant à ce qu'amènera la rencontre d'Hamlet avec son père. « Après une pareille introduction, on ne peut s'attendre qu'à quelque chose de grandiose, de terrible \ »