‹ Le surnaturel dans le théâtre de ShakespeareChapitre 80 sur 102 · Erste Ausgabe des Hamletj édit, de · texte numérisé non relu

Erste Ausgabe des Hamletj édit, de

ques qui s'occupent de cette question partagent le premier sentiment de Gœthe. Le plus conforme à la croyance populaire est encore de s^imaginer que les morts reviennent dans le costume qu'ils portaient lors de leur mise au tombeau. 11 est vrai qu^au dire d'Hamlet le corps de son père a été entouré de bandelettes de cire comme une momie et que, dans ce cas, il ne pouvait porter une armure dans sa tombe ; mais, quoi qu^il en soit, il nous semble bizarre que Tombre d'un mort doive toujours porter le costume approprié au lieu et au temps de son apparition. On a tout lieu de supposer qu'on ne faisait pas cette distinction au temps de Shakespeare et nous n^avons aucune raison d'y revenir \

Les apparitions de spectres dans Shakespeare doivent d^autant plus nous intéresser que l'usnge qu'il en fait dans ses pièces peut, à bon droit, être regardé comme particulier à lui.

Outre ce que nous avons dit en général touchant la légitimité du surnaturel dans le drame, il faut observer que, au temps de Shakespeare,

1. Delius : Hamletj p. 103-104. Lœning, ouv. cité, p. 217 . Bucknill, ouv. cité, p. 87. RolTe, ouv. cité, p. 27 et suiv.

il était de tradition et d'asage d'attribuer aux ombres seules des morts le rôle des Euménides antiques et que, vu leur nature immatérielle, on ne pouvait en faire des personnages agissants, elles devaient par leurs avis et leurs révélations susciter d'autres vengeurs de leur cause. Cette manière de procéder à la vengeance a une importance telle pour ce qui coacerme Hamlet que, sans cela, la fiction du drame ne tiendrait pas debout; c'est donc pourquoi Tieck considérait déjà comme essentiel le rôle du spectre dans cette pièce *. D'abord le feu roi a été empoisonné avec une adresse si infernale, avec de telles précautions, que sans un avis sorti de la tombe, le crime ou du moins la manière dont il a été commis ne serait jamais venue à la connaissance d'Hamlet, de sorte qu'il ne pourrait faire donner la représentation quiréveille la voix delà conscience dans le cœur du roi. D'autre part, quelque antipathie qu'éprouve Hamlet pour son oncle royal dont son « âme de prophète » devine les perfidies^ un ordre seul de son père tué pourrait le porter à lever la main sur l'époux de sa mère, le roi de

1, Krit. Schrlft, lY, p 352 et suiv.

Danemark. En revanche, la manière dont le terrible secret et Tordre de venger son père viennent à sa connaissance se rencontrant avec un naturel rêveur, superstitieux, irrésolu *, est la plus propre de toutes à créer la situation où nous le verrons se débattre si longtemps^ qui est à proprement parler le sujet du drame, et dont le prince ne parvient à s'arracher qu'à l'heure de sa mort lorsqu'il frappe d'un bras défaillant celui qui, après avoir assassiné le père, assassinait encore le fils.

Cette situation est une conséquence naturelle de l'apparition ou plutôt de la révélation faite par le spectre. Qu'on y réfléchisse un peu : un homme plus entreprenant et plus résolu qu'Hamlet se déciderait-il si facilement à tuer le roi, son oncle, sur l'accusation portée par une ombre qu'il ne peut citer en témoignage ? Son acte ne paraîtrait-il pas motivé moins par le désir de punir un crime improuvable que par celui de régner ? Cette situation aussi bien que son naturel sceptique sont causes des hésitations d'Hamlet, ce qui fait que le roi menacé dans sa vie devine ses

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