‹ Le surnaturel dans le théâtre de ShakespeareChapitre 81 sur 102 · Tieck, ouv. cité, p · texte numérisé non relu

Tieck, ouv. cité, p

sinistres projets et le fait tomber dans un piège avant qu'il ait pu les mettre à exécution \

A propos des apparitions dans ce drame, on se pose involontairement une autre question. Si Shakespeare ne pouvait faire révéler à Hamlet l'affreux secret que par Tombre du vieux roi, quel besoin avait-il de la faire apparaître deux nuits de suite sur la terrasse du château à des gardes indifférents, qui sont enfin obligés d'appeler Ham. let pour qu'il puisse lui parler ? De même que le spectre a pu apparaître au IIP acte dans une pièce de l'appartement et n^être vu que d'Hamlet, il aurait pu lui apparaître plus tôt et à lui seul, et lui parler sans courir le risque d'être épié par des étrangers.

Il semble, à première vue, que le premier acte n'ait été construit comme Shakespeare a jugé bon de le faire, qu'afin de mettre le spectateur dans un état d'esprit qui le disposât à accepter comme une réalité le rôle du surnaturel dans la pièce. C'est une raison, mais ce n'est pas la seule. Il y en

1. Voir à ce sujet Rumelin, ouv. cité, p. 100-101 ; Lœning, oiiv. cité, p. 95 212 et suiv. ; H. Conrad, ouv; cité,p.250; Alexander, ouv. cité, p. 94 et suiv., et Wurth, ouv. cité, p. 299 et suiv.

a une autre d^'ordre psychologique bien plus importante : ce n'est pas seulement le spectateur, mais Hamlet lui-même qui a besoin d'être mis par ce qui précède dans une disposition d'esprit qui le porte à ajouter foi aux paroles du spectre. Même ainsi préparé, nous voyons qu'il se met à raisonner dès que le premier trouble causé par Tapparition s'est dissipé : « Le fantôme que j'ai vu pourrait être un esprit infernal, et le démon peut revêtir la forme d'un être qui nous est cher. Peut-être abuset-il de ma faiblesse et de ma mélancolie pour me conduire au crime par le pouvoir qu'il exerce sur les imaginations de ma trempe. Il me faut d'autres preuves... * »

Voilà pourquoi il imagine la représentation qui met sur la scène un assassinat tout pareil à celui dont son père a été victime. 11 trépigne de joie lorsque son oncle laisse voir son trouble et refuse d'écouter la pièce jusqu'au bout. La preuve, il la tient cette fois ; et cependant, peu après, il est obligé de s'accuser au spectre « de laisser passer le temps et sa colère, et de négliger l'exécution

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