CHAPITRE VI
LES PERSONNAGES ENCHANTES
Il est temps de revenir aux personnages du co'nte. Au lieu de se rapporter à un château ou à un trésor, il arrive le plus souvent que renchantement s'applique à un être humain ; ce dernier doit être alors désenchanté parle héros. On a vu que, dans ce cas, le récit met en scène deux personnifications lumineuses. Mais quelquefois aussi la lumière n'est représentée que par un seul individu, le héros, et c'est lui qui est enchanté. Quoiqu'il en soit, nous allons étudier les effets que cet enchantement produit. Nous venons d'examiner sous quelles formes diverses il fait paraître le château, nous constaterons une variété de formes encore plus grande pour le personnage. Nous n'avons pas besoin d'expliquer de nouveau le sens de l'enchantement.
Il ne suffit pas de nous montrer l'être mythique
enfermé dans la région de Tobscurité, dans la forêt, ou sous la terre. Quand ils sont deux, celui qui doit délivrer l'autre pénètre forcément dans cette région et cependant il n'est pas enchanté L'enchantement doit changer Taspect ou la nature de la personne, ou lui enlever au moins une partie de ses facultés.
1. Sa forme la plus simple est celle de la servitude. Le personnage est arrivé, d'une manière ou d'une autre, dans la demeure de quelque sorcière ou de quelque être mythique appartenant à la catégorie des démons. Tantôt il a été enlevé par l'ennemi de la lumière, tantôt il lui a été livré par son père en échange de quelques services; souvent il s'est introduit chez lui insciemment parce que, perdu dans la forêt, il n'a pas trouvé d'autre lieu où se réfugier. — Il tombe alors au pouvoir du démon, est contraint de lui obéir; il devient son esclave ou, chez les populations qui n'ont pas d'esclaves, son serviteur, sondomestique. La sœur et le frère, tombés dans le puits qu'habite la nixe des eaux, sont condamnés l'une à filer^ l'autre à puiser de l'eau et à fendre du bois (79) — L'héroïne du conte S3 fait le ménage des nains, prépare leur dîner et les sert à table. — Le héros sert une sorcière, dans le conte de la Lumière bleue
(H6) ; ailleurs il sert le diable, balaie les ordures de l'enfer, entretient le bois sous les chaudières qui renferment les damnés (100) —
L'héroïne qui a une belle-mère est dans une situation identique. La belle-mère est un être démoniaque, ainsi que le conte le dit parfois expressément et que ses actes le prouvent. Sa bellefille fait toujours fonction de servante dans la maison et elle est chargée des ouvrages les plus pénibles et les plus malpropres. Tel est notamment le cas de Cendrillon. Dans la cuisine de son père, elle est certainement dans la nuit. Dès qu'elle en sort, elle est resplendissante de beauté et vêtue des robes les plus brillantes.
Dans quelques cas, on peut hésiter à décider si ce rôle de serviteur est bien une forme de l'enchantement. L'héroïne est quelquefois la servante d'un berger (56) ou d'un meunier (113) ; elle mène aux champs des oies (89), des cochons (134) ou des vaches (186). Le héros garde aussi des porcs ou des ânes (106); il est d'ailleurs dans la fameuse forêt. — Je n'hésiterai cependant pas à assimiler ces exemples aux précédents. On ne doit pas oublier que la légende se modifie, qu'elle a perdu le sens originaire du mythe, qu'elle a pu laisser de coté certains détails nécessaires pour rendre Tinter-
prétation décisive. Le narrateur s'est souvenu de la position de domesticité où se trouve son personnage ; il a oublié que le maître n'appartenait pas à la race des mortels ordinaires.
Il ne faut pas confondre Tétat de servitude dont il s'agit ici avec la situation d'apprenti ou d'élève attribuée parfois au héros. On a vu plus haut ce personnage apprendre sous un maître le métier de tailleur, ou de chasseur, ou de voleur. Nous en avons cherché l'explication. Les auteurs grecs citent aussi les noms des professeurs qui ont enseigné à leurs dieux ou à leurs demi-dieux, la musique, la médecine, le métier des armes, etc. Mais ils racontent aussi, et c'est un fait essentiellement différent, que ces dieux, pendant un temps déterminé ou non, ont été réduits en servitude. Cadmus a été esclave; Apollon a gardé les bœufs et les cavales d'Admète, a fait paître les troupeaux de Laomédon ; Hèraklès a été berger.
2. Une seconde forme de l'enchantement est le sommeil. Il en a été question à propos du château. Tout le monde, en France, connaît le conte de la belle au bois dormant. Non seulement la princesse, mais tous les gens du château, tous les habitants et tous les êtres vivants du pays sont endormis. L'arrivée du héros, c'est-à-dire du jour, suffit pour
tout réveiller. Ce conte est une variante de la DomrÔschen germanique (50) . — Cet exemple d'une princesse endormie n'est pas unique. On la retrouve dans le conte 111; le héros ne la réveille pas, il se contente de lui dérober une de ses pantoufles et de lui couper un coin de son mouchoir, pour conserver les moyens de s'en faire plus tard reconnaître. — Un autre (136) l'enlève et la porte toute endormie à son père. —
Le cas des héroïnes des contes 53 et 163 rentre dans le même ordre d'idées. Elles sont enfermées dans des cercueilç de verre et présentent toutes les apparences de la mort; on ne dit pas qu'elles soient mortes effectivement et elles ne le sont pas puisque, dès que le héros paraît, elles sortent de leur sommeil léthargique. D'ailleurs les peuples primitifs assimilent généralement le sommeil et la mort.
3. Le héros est quelquefois joe'^re^e (6, 60, 169). La légende grecque nous fournit aussi des exemples de personnages changés en pierre. C'est une manière d'exprimer qu'ils sont condamnés à l'immobilité. Le sommeil produit le même effet et nous sommes autorisés à identifier ce nouveau mode d'enchantement au précédent par ce fait que, dans le conte 62 où le château est endormi, les
chevaux qui sont dans l'écurie sont des chevaux de marbre, par conséquent pétrifiés.
4. V oubli doit probablement être considéré comme une variante du sommeil. Il arrive fréquemment que le héros, après avoir trouvé l'héroïne et lui avoir promis de l'épouser, oublie tout à coup sa fiancée, perd complètement le souvenir des événement passés et se dispose à contracter mariage avec une autre femme (56, H3, 127, 186, 193). Je ne vois d'autre explication à ce phénomène d'amnésie que le sommeil, qui nous enlève en effet la conscience de toute notre existence. — Un détail particulier confirme cette interprétation. Lorsque la première fiancée veut se faire reconnaître, elle demande à passer la nuit dans la chambre du héros (S6, 113, 127, 186). Elle le désenchante, c'est-à-dire lui rend la mémoire en le réveillant. Nous pouvons donc supposer qu'il était seulement endormi.
Les Grecs regardaient aussi l'oubli comme un des caractères de la mort ou comme le résultat du passage dans le monde extraterrestre. Les morts buvaient l'eau du fleuve Léthé et perdaient com* plètement la mémoire de leur vie antérieure.
5. On répète couramment que les personnes aveugles vivent dans la nuit. Nos yeux ne nous
servent plus dans Tobscurité, et on peut dire que Tobscurité nous aveugle. Ce sera donc encore une forme de Fenchantement. La sorcière du conte 135 empêche ainsi le cocher qui conduit Théroïne de s'apercevoir que celle-ci est précipitée dans la rivière — Le tailleur qui devient aveugle (107) doit être considéré comme la victime de la nuit. Le cor donnier qui lui a enlevé les yeilx joue ici le rôle de l'être démoniaque ; il poursuit le héros de sa haine jusqu'à la fin du conte et il est puni de la même manière que les belles-mères qui tourmentent leurs belles-filles. Le tailleur ne peut recouvrer la vue que par un moyen surnaturel.
6. Un objet que la nuit dérobe à nos regards esl pour nous un objet perdu. L'héroïne sera donc perdue et la tâche du héros consistera à la retrouver. L'explication ne présente aucune ambiguité car, dans les exemples que fournit le recueil d( Grimm, rhéroïne est toujours transportée dans h domaine de la nuit ou au pouvoir dé ses représen tants. Tantôt elle a été engloutie sous terre (91 133), tantôt elle a été enlevée par un dragon (<29). ou elle est entre les mains des géants (126).
7. Voici maintenant trois formes d'enchantement dont l'origine est plus obcure. La princess( qui ne rit pas (7, 64) est certainement enchantée
5st-ce parce que Ton ne rit pas pendant le somneil, ou que la nuit nous condamne à l'immobilité ? jlst-ce parce que la nuit étant aussi l'enfer, on ne ît plus quand on est mort, ou seulement parce jue la lumière étant le plus grand charme de 'existence, on est voué à la tristesse dès que l'on 3n est privé? Je ne trancherai pas la question. Mais la comparaison des contes précités avec tous les autres montre clairement que la situation de l'héroïne est partout identique, sinon dans la forme, au moins dans le fond. — Quant aux événements qui excitent pour la première fois le rire de l'héroïne, ils sont une interpolation du narrateur qui ne s'est pas souvenu que la présence seule du héros suffisait pour arracher la princesse à son état de torpeur, et a cherché à introduire une raison naturelle et vraisemblable qui justifiât la guérison.
8. Dans le conte des Douze Frères changés en corbeaux (9), leur sœur ne leur fera retrouver leur première forme que si elle reste sept ans sans rire et sans parler, La nuit passe en effet pour le moment et le séjour du silence. L'homme endormi ne parle pas, ni l'homme mort. Cest encore un cas d'enchantement. Dès que les sept ans sont écoulés, les douze frères reprennent
no LES PERSONNAGES ENCHANTÉS
immédiatement la forme humaine. — De même, dans les contes 92 et 121,1e héros n'est capable de désenchanter le château que s'il y passe trois nuits et y subit les mauvais traitements des démons sans proférer aucune parole et sans pousser aucun cri.
9. Le roi qui a épousé la femme sans mains (31) et qui Ta perdue, ne peut la retrouver que s'il reste sept ans sans boire ni manger. Est-ce parce qu'on ne mange pas pendant la nuit et qu'on ne saurait manger quand il ne fait pas clair ? Perséphonè devait aussi s'interdire toute nourriture dans la demeure d'Hadès si elle voulait revoir la lumière. Mais il n'y a pas lieu de comparer le mythe grec au conte germanique. Ils ne se ressemblent pas et doivent s'interpréter diversement. Le roi du conte est certainement enchanté.
10. Les formes d'enchantement dont il reste â parler se distinguent des précédentes en ce que l'aspect extérieur du personnage est complètement changé et que le héros devient méconnaissable.
La nuit altère en effet l'apparence des choses. On pourra donc supposer que celui qui était jeune et beau devient vieux et laid. Le prince du conte intitulé la Hutte dans la forêt (169) a été métamorphosé en un vieil homme gris dont la barbe des-
cend jusqu'à terre. Il est désenchanté le matin, quand la fille du bûcheron a passé la nuit dans sa hutte.
H. On peut se demander si, lorsque le narrateur met en scène un héros pauvre et misérable y nous devons admettre une nouvelle forme de Tenchantement. Elle ne serait nullement invraisemblable. Puisque la lumière nous rend toutes nos richesses, le personnage qui est dans la nuit les a donc perdues et se trouve réduit à la pauvreté. Mais, dans les récits germaniques recueillis par les frères Grimm, rien ne semble justifier une pareille conclusion. Le héros pauvre devient toujours riche, il est vrai^ ne fût-ce qu'en épousant la princesse, mais l'idée de cette richesse est tout à fait secondaire et le héros n'est probablement pas enchanté. — Un seul conte (87), intitulé le Pauvre et le Riche, noua montre un pauvre^evenu riche, grâce à l'intervention de Jésus-Christ à qui il a donné l'hospitalité et qui, pour récompense, lui a promis d'exaucer trois souhaits à sa volontés Mais cette histoire n'a pas, à notre avis, de caractère mythique et doit être rangée dans la catégorie! des apologues.
12. La nuit donne une teinte noire à tous leâ objets. L'héroïne enfermée dans le château en-
chanté (121), et enchantée elle-même, est complètement noire. Le héros doit lui rendre sa première couleur et comme la condition qui lui est imposée à cet effet consiste à passer trois nuits dans le château, à la fin de la première nuit, la princesse a vu ses pieds blanchir ; après la seconde, elle est blanche jusqu'au bout des doigts ; après la troisième elle a recouvré toute sa beauté.
Ea fille aux oies (179) est à la fois laide, vieille et noire.
13. Le héros du conte 100 doit rester sept ans sans se peigner, ni se laver , ni se brosser , ni se couper les cheveux ou les ongles. Il est au service du diable et lui sert de domestique dans l'enfer. — Le soldat du conte 101 ne quitte pas la terre, mais le diable Ta soumis aux mêmes conditions en lui promettant la fortune s'il tient son engagement jusqu'au bout. Quelle est l'origine de cette nouvelle forme d'enchantement? Est-ce parce que dans la nuit, ou dans le pays des morts, on ne s'habille plus et on ne prend plus aucun soin de sa toilette? N'est-ce pas plutôt parce que le héros, de même qu'il devient vieux et laid, doit aussi se faire remarquer par sa saleté ? Saleté est le contraire de propreté ; propreté est synonyme de blancheur et le blanc est la couleur de la lumière. Je crois que
la saleté est ici une variante de la noirceur. On se noircit en se salissant et si le mythe rapportait que le personnage avait perdu sa teinte primitive pour devenir noir, le narrateur, voulant donner une explication naturelle de la transformation, ne trouva rien de mieux que de supposer qu'il ne se lavait plus, ni ne brossait ses habits. — De même le fils du meunier (106) qui est au service des chats dans le château enchanté reste sept ans sans changer de vêtement et, lorsqu'il rentre chez son père, celuici le trouve si déguenillé qu'il ne lui permet pas de s'asseoir à sa table.
C'est probablement la même association d'idées qui a relégué le héros dans la cuisine et en a fait un cuisinier. Les exemples de cette transformation sont assez nombreux (21, 52, 65, Hl, 127, 106, 136, 198). Le personnage n'est pas même cuisinier en chef, mais simple aide de cuisine, marmiton, et s'il s'agit d'une héroïne, elle est laveuse de vaisselle. Les caractères nocturnes de la noirceur et de la domesticité sont ici réunis.
14. Le conte a encore un moyen très simple de donner au héros une apparence noire. Il suffit de le revêtir d'une enveloppe de cette couleur. Le narrateur, dans la Fille aux Oies (^179), suppose qu'elle est emmaillottée dune peau noire dont elle
se dépouille à la fin et sous laquelle elle cachait une splendide chevelure d'or.
Un enfant d'or (85) est couvert d'une peau d'ours
quand il court le monde. — Allerleirauh (la Peau d'àne germanique) se fait faire un manteau avec les peaux de toutes sortes de bêtes pour échapper aux poursuites amoureuses de son père. Le roi qui la rencontre sous ce costume la prend pour un animal d'une espèce inconnue. Lorsqu'elle enlève ce vêtement, c'est pour revêtir les fameuses robes couleur de soleil et reprendre ainsi son aspect naturel. — Hans le hérisson (108) est un bel adolescent que l'on croit être un hérisson parce que la partie supérieure de son corps est recouverte de la peau de cet animal. Lorsqu'il est enfermé dans la chambre de la princesse dont il a su se faire aimer, il n'a qu'à se dépouiller de cette peau pour devenir un beau jeune homme. Son enveloppe est brûlée, ainsi qu'on brûle les sorcières, pour que Hans en soit à jamais délivré. — Même aventure arrive au héros caché sous une peau d'âne (146). J'ai placé ici ces derniers exemples d'enchantement parce qu'ils pouvaient offrir quelques rapports avec les précédents. Mais je crois qu'il faut en chercher le point de départ dans un autre ordre d'idées. Nous allons voir le héros métamorphosé
en animal. Hans le hérisson et les personnages précités en sont des variantes. A mesure que les événements semblaient plus fabuleux, le narrateur cherchait à leur conserver la foi des auditeurs (et aussi la sienne) en modifiant le récit pour le rendre plus vraisemblable. Il était plus facile de croire à un homme revêtu de la peau d'un animal qu'à sa transformation complète en animal. Cette transformation était-elle d'ailleurs autre chose qu'un changement de peau momentané ? — La nature réelle de Tours noir, à qui la mère de Blanche-Neige et de Rose-Rouge donne l'hospitalité, est douteuse. Le conte dit que c'est bien un ours et cependant Blanche-Neige aperçoit un jour (par quelque déchirure de la peau?) l'or qui brille sous son pelage. Il est donc loisible de penser qu'il est seulement enveloppé d'une peau d'ours.
IS. La métamorphose d'une personne en animal est la forme la plus connue de l'enchantement, ou plutôt celle où on le reconnaît le plus facilement. Le poète Ovide nous en a conservé de très nombreux exemples dans les quinze chants de son poème des Métamorphoses. DansTOdyssée, Circé, à l'aide de sa baguette magique, transforme les compagnons d'Ulysse en pourceaux. Autour de sa demeure on voit errer des lions et des loups qui sont des êtres
humains enchantés. Ce sont là des faits très certainement mythiques ; mais nous sommes tellement familiarisés avec eux que, tout en les reconnaissant comme fabuleux, ils ne nous étonnent plus et nous ne trouvons nullement extraordinaire que rimagination les ait inventés par simple caprice. Rien n'est plus contraire cependant à Tobservation qu'une pareille conception et il convient d'en rechercher l'origine.
Les animaux, de forme fabuleuse ou non fabuleuse, contre lesquels luttent les demi-dieux helléniques, sont des personnifications de la nuit, des formes vivantes du nuage ténébreux. Nous avons traité cette question dans le premier chapitre. On a donc pu très logiquement penser que tout personnage, introduit dans le domaine de la nuit, puisqu'il devait changer d'apparence, devenait semblable à ses habitants. D'ailleurs, dans l'obscurité, les objets nous paraissent comme s'ils étaient enveloppés d'un nuage; ils font à nos yeux l'effet de nuages, et, si dans les traditions anciennes l'animal représente' le nnage, il représentera également l'être que les ténèbres dérobent à la vue.
Les formes animales que les contes germaniques donnent aux personnages sont assez variées. — Un prince est métamorphosé en cheval (126); un
autre en lion (88) ; un troisième en chien noir (96) ; un quatrième en renard (57). — La fille du roi de la Montagne d'Or (92) a été changée en serpent. — Il est facile de reconnaître ici les monstres de la légende grecque. On admet depuis longtemps que le serpent et le cheval sont des représentants de l'eau ou de la nuée.
On peut accepter la même interprétation pour les crapauds et les grenouilles, qui vivent habituellement dans l'eau. Le premier conte de Grimm nous raconte comment un prince métamorphosé en grenouille réussit à recouvrer sa forme humaine. — Des fils et des filles de roi sont devenus des crapauds (63, 127). — Cette espèce de bètes doit avoir des rapports avec la nuit; la fille de la sorcière vomit des crapauds toutes les fois qu'elle parle, tandis que Théroïne, la fille du mari de sa mère, laisse tomber de sa bouche des perles et des bijoux.
Nous pourrions encore signaler d'autres représentations zoomorphiques. — Le héros ou l'héroïne est changé en canard (13, 135), en chevreuil (11), en cerf (163), en âne (122, 144), en cygne (49), en corbeau (9, 25, 93), en aigle (197), en baleine (197), en pigeon (88), en rossignol (69), en oiseau d'espèce indéterminée (96). — Je n'ai
pas la prétention de supposer que toutes ces formes symbolisent la nuit. Je crois qu'une fois la métamorphose admise comme élément du conte, le narrateur a pu donner librement carrière à son imagination, pour en déterminer la nature. Toutefois, une discussion plus approfondie permettrait probablement d'assigner une origine mythique au plus grand nombre des exemples précités *.
1. Toutes les métamorphoses du conte ne rentrent pas dans la catégorie des enchantements dont nous nous occupons ici. Nous en reparlerons plus loin.