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humaine. Le conte a souvent soin de nous dire que tous ces personnages attendent impatiemment la venue de celui qui doit les délivrer, c'est-à-dire du héros lumineux.
13. Le héros musicien. — Comme Hermès et Apollon, le héros du conte est musicien. — Comme Orphée, il attire les hommes, les animaux et les êtres mythiques par les sons mélodieux de son instrument. — Le prince Peau d'âne (144) séduit la princesse par son talent sur le luth. — Le Musicien merveilleux (8) se voit suivre par le loup, le renard et le lièvre. — Dans le conte 91, ce Sont les Elfes qui viennent à Tappel de la flûte ; dans le conte 126, ce sont tous les poissons du lac* ; — Hans le stupide (16S) ne réussit à garder un troupeau de cent lièvres qu'en usant d'un sifflet dont le son les rallie infailliblement.
Le pouvoir du héros est souvent reporté sui* l'instrument dont il joue; le chapitre suivant en donnera la raison.
Le narrateur varie la nature de l'instrument, le mythe lui laissant à cet égard une entière liberté. C'est ainsi que le violon fit son apparition dans le récit. Comme la musique accompagne toujours la danse, elle ne se borna pas à charmer leë
auditeurs, elle les fit danser, et de même que ceuxfii ci étaient invinciblement attirés par la mélodie, ili furent obligés de danser. Cet. exercice prolongea cessa d'être un plaisir pour devenir un supplice Le héros du conte HO use de ce moyen pour se faire donner tout l'argent d'un juif, et Roland (dansjn le conte 56) fait danser la sorcière jusqu'à ce qu'elle tombe épuisée et sans vie.
Les rapports de la musique et de la lumière sont assez obscurs. Cependant l'accord du mythe avec le conte ne saurait être contesté.
Voilà les hauts faits dont la tradition a conservé le souvenir et qui ont popularisé le héros. Ils fournissent matière à quelques réflexions. Ils sont de natures bien différentes. Débarrasser la terre des monstres qui y commettent des ravages, rendre la vie aux morts et la santé aux mourants, sont des œuvres qui méritent la reconnaissance de l'humanité et qui peuvent immortaliser leurs auteurs. Ceux-ci nous apparaissent comme doués de facultés exceptionnelles. Deviner les choses cachées est encore le témoignage d'une intelligence supérieure. Mais d'autres tâches semblentbien étranges. Enlever un nuage qui cache la vue d'un objet est peut-être une œuvre difficile ; mais il faut pour-
tant reconnaître que l'occasion de déployer un pareil talent est bien rare. Ramasser des lentilles dans la cendre, abattre des arbres, retrouver des objets perdus, percer un poêle avec un couteau, sont des exploits tellement puérils qu'ils sont incompréhensibles. Aurait-on voulu tourner en plaisanterie le pouvoir surhumain du héros? On aurait pu inventer des facéties plus piquantes. Si du moins la coupe du bois de la forêt, le triage des objets, la recherche des objets perdus, pouvaient être utiles au développement du récit, avoir quelque rapport avec les incidents du conte, on s'expliquerait qu'il en fût question. Mais il n'en est rien. La forêt qu'on abat n'était pas même connue de l'auditeur; on ne parle plus des lentilles après qu'elles ont été ramassées, ni de l'objet retrouvé. Que des sauvages aient imaginé ces histoires, c'est possible. Encore faut-il croire qu'un sauvage ne juxtapose pas des événements sans que son cerveau établisse entr'eux quelque liaison que nous devrions pouvoir reconnaitre. S'il n'y en a pas, nous avons le droit de chercher la raison du conte ailleurs que dans la pure fantaisie.