Le nombre trois n'a aucune importance
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jour et le commencement du suivant. Le narrateur a cru devoir faire évanouir les démons à ce moment, puisqu'on entrait dans un nouveau jour; cependant il a attendu Taube pour le dénoûment. La troisième nuit, après le départ des démons, le héros s'endort et c'est seulement au point du jour, lorsqu'il se réveille, que le château est désenchanté.
La nuit et le sommeil sont généralement concomitants *, et les peuples primitifs ont assimilé les deux phénomènes. Le réveil des êtres et le retour de la lumière se confondent aisément dans l'esprit. Au lieu de tout rapporter à l'aube comme moment critique, le conte peut la remplacer par l'instant du réveil du héros. Certaines transformations se produisent en effet lorsque ce personnage cesse de dormir.
Nous avons parlé dans un des chapitres précédents des histoires où le prince, après avoir délivré l'héroïne et lui avoir promis de l'épouser, perd tout d'un coup le souvenir de sa promesse et même de la personne à qui il l'a faite. Il est sur le point de contracter une autre unii)n, lorsque la pre-
1. Voyez Homère, le soleil ze couehe et tous les dieux aussi; ils se lèvent avec l'aurore.
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mière fiancée demande à passer la nuit dans sa chambre. Ce désir semble extraordinaire; on ne comprend pas comment elle ne cherche pas à se faire reconnaître pendant le jour, alors qu'il lui sera plus facile de Taborder. Mais elle sait, ou plutôt le conte se souvient que cet état d'amnésie est une forme de l'enchantement, que Tenchantementcesse toujours le matin quand le héros se réveille, et qu'il retrouvera à ce moment seulement la mémoire du passé. Moyennant le don de certains objets surnaturels, l'héroïne obtient de s'introduire dans l'appartement du prince et, dès qu'il se réveille, il se jette dans les bras de la vraie fiancée, La même explication nous aidera à comprendre un autre détail assez singulier du récit. Puisque les exploits du héros ne sont autre chose que les exploits de la lumière, ils doivent tous s'accomplir le matin et le moment du réveil du héros, synchronique avec le lever du jour, est aussi celui où les travaux dont il est chargé se trouvent terminés. C'est alors que les châteaux sont reconstruits, les objets triés, les lacs mis à sec, etc. Si ces travaux exigent un certain temps, on devrait donc procéder à leur exécution pendant la nuit. Mais comme le sens du mythe est perdu et que l'homme a coutume de vaquer à ses occupations pendant le
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jour, quelquefois le héros est soumis pendant le jour à ses épreuves. Certains contes cependant ont conservé le souvenir du moment critique, de la manière suivante. Le héros, on Ta vu, n'opère pas toujours par lui-même; des êtres surnaturels se partagent la besogne . S'intéresse-t-il du moins à leur ouvrage et les regarde-t-il travailler? Nous lisons avec étonnement qu'il emploie le temps à dormir (H3, 186, 193) ; dès qu'il se réveille, tout est terminé.
C'est aussi tous les matins, à son réveil, que celui qui a mangé le cœur de l'oiseau trouve une pièce d'or sous son oreiller. Notons dans ce cas particulier la répétition quotidienne de l'apparition du trésor.
Ne seraient-ce pas de pareils récits qui auraient donné naissance au proverbe qui prétend que le bien vient en dormant ?
La durée du travail héroïque. — Lorsqu'une tâche est imposée au héros, le temps qui lui est accordé pour en venir à bout est souvent limité et généralement il est limité à douze heures (le conte suppose le jour et la nuit d'égale durée). Dans ces conditions, le travail doit s'exécuter pendant la nuit puisque le jour naissant le montre toujours achevé. En effet le conte du Serpent
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Blanc, par eiçemple, rapporte que les fourmis emploient toute la nuit à ramasser les dix sacs de millet répandus dans Therbe et le héros, qui n'a rien vu puisqu'il faisait nuit, aperçoit à son grand contentement, lorsque le soleil paraît, les sacs remplis et rangés devant lui. — C'est également le soir que le nain apparaît dans la chambre où est enfermée Théroïne que le roi a condamné à filer (55) ; il file toute la nuit et son œuvre finit avec l'aube.
Nous trouvons pourtant d'autres exemples oîi le héros doit avoir terminé sa besogne à la nuit. — Dans le conte 113, le vidage du lac, la construction du château, Tabattage de la forêt, doivent s'exécuter entre six heures du matin et six heures du soir. — Dans le conte 193, la vieille femme dit au tambour qu'il doit avoir tout fini avant le soir. — Et de même pour l'héroïne du conte 186. — En Grèce aussi Jason devait, dans un seul jour, labourer le champ consacré à Mars, y semer les dents du dragon et tuer le monstre qui veillait à la garde de la toison d'or. — En voici la raison probable. Tout ce que fait le héros, on savait et on disait au commencement qu'il le faisait tous les jours, puisque la lumière renaît tous les jours. On s'en est souvenu et on en a naturellement conclu que,
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puisqu'il le faisait tous les jours, il ne lui fallait pas plus d'une journée pour en venir à bout, et que le maximum de temps qu'il pouvait y employer était l'intervalle qui s'écoule entre le crépuscule du matin et celui du soir.
Toute autre durée du travail est due à la fantaisie du narrateur.
La durée de F enchantement, — L'enchantement devait commencer le soir et finir le matin. Le conte paraît lui assigner une beaucoup plus longue durée. Le fils du meunier enfermé dans la caverne des chats y passe sept années (106). — Le soldat du conte 100 sert le diable pendant sept ans. — Peau d'ours (601) doit rester sept ans sans se laver ni se peigner et sans changer de vêtement. — La princesse Maleen (198) demeure sept ans dans la tour oti le roi son père l'a enfermée. Le narrateur se croit obligé d'ajouter qu'on lui avait laissé pour sept ans d'aliments. La précaution était bonne, mais d'une exécution difficile. On ne savait pourtant pas qu'au bout de sept ans elle réussirait à sortir de sa prison. — La sœur des douze frères changés en corbeaux (9) ne doit ni parler ni rire pendant sept ans*. — Pourquoi cet intervalle