‹ Le surnaturel dans les contes populairesChapitre 7 sur 31 · Hy. orphiq. LVII · texte numérisé non relu

Hy. orphiq. LVII

fois passé à Tétat d'homme pauvre, on a pu faire du héros un pêcheur ou un paysan lorsque l'histoire se racontait chez des populations adonnées à ce genre de vie.

Ces variantes du récit me semblent logiques ; je n'ai pas d'ailleurs la prétention de tout interpréter. Il suffit d'avoir fait comprendre comment le dieu a pu devenir prince, tailleur, bûcheron et militaire ; cela résume à peu près tous les cas.

Un mot seulement au sujet de la condition d'apprenti attribuée au héros. Il est dans la nature du dêva d'être un coupeur, un chasseur, un voleur. Ces qualités sont inhérentes à son essence et, s'il venait à les perdre, il ne serait plus un dêva. Il n'en est plus de même lorsque, descendu sur la terre, il devient un être humain. On peut alors supposer qu'il apprend quelque part son métier et les exemples ne manquent pas. Mais nous en constatons de pareils dans la mythologie grecque ; nous y voyons les héros étudier sous des maîtres pour acquérir les talents qui leur permettront d'accomplir leurs exploits. On doit seulement remarquer que les professeurs sont tous des personnages mythiques et il n'en saurait être autrement. Le héros doit posséder des facultés surnaturelles ; il doit prendre des leçons d'un maître qui en est

doué. C'est là un point de vue que le conte oublie quelquefois ; il nous dit alors que Télève surpasse merveilleusement son maître.

Je ne parlerai pas ici de Tétat de domesticité auquel est souvent réduit le héros ou Théroïne. Cette particularité rentre dans un ordre d'idées que j'examinerai dans un des chapitres suivants.

Quant à l'héroïne, elle est souvent une princesse ; si elle ne l'est pas, son caractère divin originaire se révèle par sa beauté surhumaine. Elle est toujours la plus belle fille du monde, ou, ce qui est la même chose, supérieure en beauté à toutes les mortelles *

La beauté du héros.

Les dieux et les demi-dieux de la (îrèce oni été représentés par leurs adorateurs comme des typés de parfaite beauté, soit masculine, soit féminine; La lumière qu'ils personnifient est en effet, pour l'homme, la chose la plus désirable et la plus belle. Dans les contes aussi, le prince est toujours beau. L'héroïne, princesse ou non, est toujours l'idéal de la beauté; elle est plus belle que toutes les femmes de ce monde ; elle est belle par elle même ;

elle est belle souvent encore par la richesse et la splendeur des ornements de sa toilette. L'or joue le principal rôle dans son habillement et même dans le portrait qu'on fait de sa personne. La vraie couleur de la lumière étant la couleur blanche, ou se serait attendu à voir ce métal remplacé par Targent. L'argent devait figurer dans le mythe primitif et nous trouverons encore des survivances de cette première conception de l'apparence du dieu. Avec le temps, l'or a remplacé l'argent en raison de son plus vif éclat. Le même changement s'est produit dans la légende grecque où Apollon, le dieu à l'arc d'argent, devient une divinité couverte d'or.

Le premier conte de Grimm (le prince Grenouille), nous montre le héros, au moment où il reprend la forme humaine, traîné dans un char attelé de huit chevaux blancs qui portent des plumes blanches sur la tête et dont les harnais sont d'or. — Ailleurs, il est vêtu d'un manteau brodé d'or et d'argent (22). — Il porte une couronne d'or (H) comme l'Aphrodite ^^puaocrcicpavo?. — Sa chevelure est d'or (136) comme celle d'Apollon ^pu(Toxô(AT)< ou de Dionysos )^pu(jo)^a(Trj<;. — Comme Apollon ^puaàwp ou Eros ^^pujocpàY);, il est un enfant d'or, né des morceaux d'un poisson d'or en même

temps qu'un cheval d'or et un lys d'or (8S).

Dans le conte 96, il est marqué au front d'une étoile rouge. Les Dioscures se montraient avec une étoile sur la tête.

L'héroïne aussi porte sur le front une étoile d'or (4). — Elle est la plus belle fille qui ait jamais paru à la lumière (12). — Elle est si belle que le soleil lui-même, qui pourtant a vu tant de choses, demeure saisi d'admiration chaque fois qu'il vient à éclairer son visage (1). — Aussi ne peut-on la comparer qu'à la lumière même. Elle est belle comme le soleil et blanche comme le jour (135). — Elle est belle comme le jour et blanche comme la neige (121). — Dans la fille aux oies (179), elle est belle comme le jour et lorsqu'elle se montre le matin, le peuple se réjouit comme si le soleil se levait. Ne retrouve-t-on pas dans ce détail un reste du mythe originaire?

Je ne saurais comprendre la comparaison de la beauté de l'héroïne à celle du jour que comme une réminiscence de sa nature première. Cette comparaison nous est devenue familière et n'excite plus notre attention. Mais en y réfléchissant, elle semble peu naturelle. Une femme peut être belle et le jour peut être beau; ces deux beautés sont d'un genre bien différent. En outre, les peuples primi-

tifs qui adoraient la lumière n'éprouvaient certainement pas pour la femme en général, ni pour une femme en particulier, les sentiments que ressentent les civilisés. Chez eux les femmes se ressemblent; rhomme sauvage regarde la femme comme un être inférieur. Le sentiment artistique qui nous fait apprécier la beauté des formes a mis quelque temps à se développer. La légende grecque ne nous dit pas que les héroïnes sont belles comme le jour, mais Homère nous apprend qu'Hélène, Pénélope, Hermione, Briséis étaient belles comme Aphrodite ou comme Artémis. Or le rapprochement est identique, puisque Artémis et Aphrodite sont des noms de la lumière. Nous retrouvons ici la différence signalée plus haut entre le mythe et le conte : d'un côté le nom personnel, de l'autre le terme qui exprime l'idée.

Revenons à la beauté de l'héroïne des traditions populaires. Dans le conte 179, elle est rose et blanche (couleurs de l'aube et de l'aurore); ses cheveux sont des rayons du soleil ; ses yeux brillent comme des étoiles (toutes comparaisons empruntées à la lumière). Quand elle pleure, ses larmes sont des perles. — Dans d'autres contes, elle est blanche comme la neige, rouge comme le sang ou comme une rose (53-161).

Parfois l'héroïne est seule, perdue dans la forêt sombre, nue comme le dieu hellénique. Elle n'a pour se couvrir que sa chevelure, si abondante et si belle qu'elle lui constitue un splendide manteau. Ses cheveux sont généralement d'or (6S) ; ils ressemblent à de For filé (18), ou ils sont d'or et d'argent (114).

La fille aux bras coupés (31) pourrait s'appeler la fille aux bras d'argent. — Je ne sais s'il serait possible de la rapprocher de l'Hèra XeuKwXevo; (aux bras blancs?).

Dans le conte de la mère Holle, lorsque la jeune fille a terminé son temps de domesticité, elle soi't et, dès qu'elle parait sur le seuil, une pluie d'or tombe sur elle et l'on peut hésiter à décider si l'or la couvre comme un vêtement ou si elle se change en une fille d'or (24). C'est Aphrodite xp^'e», X9^^^^^^ TroXu^p'jaoç. — Cette pluie d'or est l'image de la naissance de la lumière. Elle nous rappelle le moment où Apollon vient au monde, lorsque dans l'île de Dèlos tout paraît transformé en or *.

Si nous passons à l'habillement de l'héroïne, les trois robes à' Alîerleiraiih (notre Peau d'âne) sont bien connues; l'une est couleur de soleil,

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