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Romani Pontifices et- Les Pontifes Romains et les
Concilia œcumenica à limi- Conciles œcuméniques soûl sortis
tibus sua? potestatis reces- des limites de leur puissance, ont
serunt, jura Principum u- usurpé les droits des Princes, et se
surparunt, atque etiam in sont même trompés dans leur.s dé-
rebus fidei et morum défi- finitions dogmatiques et morales, niendis errarunt.
Ainsi, d'après les adversaires du Syllabus : V L'Église n'aurait pas le droit de définir qu'elle est la seule vraie religion ; 2° les professeurs et les écrivains ne seraient tenus à respecter que les dogmes expressément définis, et dont la négation entraine l'anathème ; 3° l'Église aurait usurpé les droits des princes ; 4° enfin, elle se serait trompée dans ses définitions dogmatiques et morales. Quatre faussetés manifestes.
1° A ceux qui ne reconnaissent pas à l'Église le droit de définir que la religion catholique est la seule vraie, nous adresserons deux questions, qui sont deux réponses décisives.
D'abord, d'où leur vient à eux-mêmes le droit de surveiller et de limiter l'enseignement de l'Église de Dieu ? L'infaillibilité qu'ils refusent à l'Église, voudraient-ils se l'attribuer? Ils parlent d'empiétement, en voilà un flagrant et considérable, mais il n'est pas le fait de l'Église.
En second lieu, quel empêchement voient-ils à la définition dont ils ne veulent pas? L'Église, ayant mission de sauver les hommes, a mission de définir toutes les vérités utiles au salut des hommes. Or, de savoir s'il n'y a qu'une seule vraie religion, et quelle est cette religion uniquement vraie, c'est un point qui doit intéresser, ce nous semble, la conscience et le salut des hommes. Dès lors, pourquoi l'Église ne pourrait-elle le définir dogmatiquement ?
2° Quelques savants, surtout en Allemagne, voudraient limiter, aux seules définitions de foi expressément formulées et universellement reçues par les catholiques, la soumission absolument obligatoire des intelligences chrétiennes. Cette doctrine est d'autant plus dangereuse qu'elle est plus subtile, et qu'elle semble au premier abord respecter l'autorité infaillible de l'Eglise en matière de dogme. Pour en apercevoir le venin, il est peut-être utile de distinguer trois ordres de vérités.
Il y a les vérités de foi catholique, révélées immédiatement par Dieu, et solennellement définies par l'Église. Exemples : la dualité de natures et l'unité de personne en Jésus-Christ, la maternité divine de la sainte Vierge ou son immaculée Conception. Nier opiniâtrement l'une de ces vérités, c'est tomber dans l'hérésie et se séparer ouvertement de l'Église catholique.
Il y a les vérités de foi divine, révélées comme les précédentes, contenues dans la sainte Écriture et dans la tradition, admises par les fidèles ; mais non encore définies solennellementparl'Église,quin'apas vu encore la nécessité de cette définition. Exemples: l'infaillibilité du Souverain Pontife, avant le concile du Vatican; ou encore, la divinité de Jésus-Christ avant le concile de Nicée : pendant les quatre premiers siècles, aucun décret solennel n'était intervenu pour obliger les fidèles à croire cette vérité dont ils ne doutaient pas ; c'est l'insolente négation d'Arius qui amena l'Église à en faire une vérité de foi catholique. — Nier une vérité de foi divine, reconnue comme telle, est un grave péché d'infidélité devant Dieu, mais ne suffit pas à retrancher extérieurement du corps de l'Eglise.
Enfin il y a d'autres vérités, en grand nombre, qui ne sont pas définies comme dogmes de foi, et peuvent même
n'être pas définissables, n'étant pas révélées en propres termes, mais implicitement contenues dans d'autres vérités expressément révélées. Nous les appelons conclusions théologiques. Elles sont tout à fait certaines, étant des conclusions évidentes légitimement tirées de principes connus parla révélation divine ; mais elles ne sont pas et ne peuvent pas être des articles de foi, et leurs contradictoires ne sont pas des hérésies qui méritent l'anathème.
Ceci posé, il se trouve des hommes qui veulent rester catholiques, mais tout juste assez pour n'être pas hérétiques condamnés. Devant les dogmes définis, reconnus par tous comme vérités de foi catholique, ils s'inclinent; mais devant d'autres doctrines, qui ne sont ni formellement définies comme articles de foi, ni formellement condamnées comme hérésies, ils réservent l'indépendance de leur jugement. Prenons pour exemple le Syllabus lui-même. Les quatre-vingts propositions dont il se compose, sont toutes condamnées, mais pas toutes comme hérétiques. Si donc vous êtes avec le Syllabus relativement aux propositions certainement hérétiques, mais contre le Syllabus relativement à d'autres propositions non hérétiques, bien que respectivement fausses, erronées, scandaleuses, dangereuses, impies, proches de l'hérésie, vous usez de cette liberté de penser et d'enseigner que le Souverain Pontife réprouve avec raison dans sa lettre Tuas libsnter.
En effet, la définition solennelle d'une vérité de foi, par un concile général ou par le Souverain Pontife parlant ex cathedra, n'est pas la seule manière dont l'Église propose la vérité à ses enfants. Il y a sa croyance commune et constante ; il y a l'enseignement général de ses docteurs ; il y a la condamnation des livres dangereux; il y a des décrets pontificaux, qui ne se terminent pas par
un anathème, mais infligent à des propositions les note s théologiques qu'elles méritent ; il y a des réponses des Congrégations Romaines, disant au nom et avec l'approbation du Pontife : Telles doctrines ne sont pas sûres, et doivent être rejetées.
Autant de sources de vérités que. le vrai catholique respecte. Le vrai catholique sait que toutes les vérités religieuses, de quelque ordre qu'elles soient, entrent dans le domaine de l'infaillibilité de l'Église ; que l'Église ne se trompe pas plus lorsqu'elle déclare une doctrine erronée,que lorsqu'elle la déclare formellement hérétique, que cette sainte Église a reçu de Dieu grâce d'état pour nourrir les brebis du Christ d'une saine doctrine, pour les éloigner de tous les pâturages empoisonnés par l'erreur, pour préserver leur foi non-seulement d'une ruine entière, mais même du moindre dommage. Le vrai catholique suivra religieusement toutes les règles tracées par l'Église, il s'empressera d'adhérer complètement, sans restriction, à toutes les doctrines du Saint-Siège, et d'obéir à tous les décrets doctrinaux, moraux ou disciplinaires, rendus par l'autorité du Pontife suprême.
3° On dit que les Pontifes Romains et les Conciles œcuméniques ont dépassé les limites de leur puissance, et usurpé les droits des princes. A cette accusation générale et vague, inutile de répondre longuement ici ; elle se reproduira bientôt sous une autre forme. Pour le moment, nous prions nos adversaires de vouloir bien s'expliquer, et nous désigner un seul des droits incontestables des princes temporels, qui ait été usurpé par l'Église. S'ils nous portent un défi semblable, et désirent savoir de nous si, à notre avis, les princes n'auraient pas quelquefois usurpé les droits de l'Église, notre réponse ne se fera pas attendre.
4° On ose ajouter que les Pontifes Romains et les Conciles œcuméniques ont erré en matière de foi et de mœurs . Accusation aussi vague que la précédente, mais encore plus grave. Elle ne peut sortir que d'une bouche hérétique, car pas un catholique ne la proférerait. C'est dire à Jésus-Christ : Vous êtes un menteur ! vous aviez promis à votre Église de rester avec elle jusqu'à la consommation des siècles, de ne pas laisser l'erreur prévaloir contre elle, de lui envoyer l'Esprit de vérité , qui devait la diriger toujours et lui enseigner toute vérité : vous n'avez pas tenu parole, vous n'êtes pas le Fils de Dieu ! Que l'Église, supposition heureusement impossible ! se soit trompée une seule fois dans ses définitions solennelles touchant le dogme et la morale, et c'en est fait: Il n'y a plus d'infaillibilité, plus d'Église catholique, plus de christianisme, plus de Jésus-Christ, plus de Dieu, plus rien.
Nous sommes loin d'en avoir fini avec les injustes prétentions «lu Gésarisme. Voici encore des propositions qui refusent à l'Eglise une place au soleil (1).
Ecclesia vis inferendae potestatem non habet, neque potestatem ullam temporalem directam vel indirectam.
L'Église n'a pas le pouvoir d'employer la force, ni aucune puissance temporelle directe et indirecte.
Praeter potestatem episcopatui inhaerentem , alia est attributa temporalis potestas a civili imperio vel expresse vel tacite concessa , revocanda propterea, cum libuerit, a civili imperio.
En dehors de la puissance inhérente à la dignité episcopale, une autre puissance temporelle a été attribuée à l'Église par le sentiment formel ou tacite du pouvoir civil; le pouvoir civil peut donc, quand il lui plaît, révoquer cette puissance.
(1) Elles sont flétries par les Actes Pontificaux suivants: Lettre Apostolique Ad Apostolicse, du 22 août 1831 condamnant deux ouvrais, sur le droit canonique, du professeur Jean Népomucène Nuylz;— Allocution Nunquam fore, du 15 décembre 1856; — Allocution Maxima quiilem. du 9 juin 186? ; — Encyclique Iticreclibili, du 17 septembre 1863, adressée à l'archevêque de Santa-Fé-de-Bogota, et à ses suffi agants dans la république de la Nouvelle-Grenade, pour déplorer les lois iniques portées par le gouvernement de ce pays.