O LE SYLLABUS
nous, sans aucune contrainte, mais par le conseil absolument libre de sa parfaite sagesse, a tiré du néant, au commencement des temps, les deux créatures aujourd'hui existantes, la spirituelle et la corporelle, les anges et le monde matériel, et ensuite la nature humaine, chargée en quelque sorte d'unir les deux substances créées, étant elle-même composée d'esprit et de matière.
Par conséquent, Anathème à qui niera un seul vrai Dieu, Créateur et Maître des choses visibles et des invisibles.
Anathème à qui ne rougira pas d'affirmer qu'il n'existe rien que la matière.
Anathème à qui dira qu'il n'existe qu'une seule et même substance ou essence, commune à Dieu et à toutes choses.
Anathème à qui dira que les choses finies, tant corporelles que spirituelles, ou du moins les spirituelles, émanent de la substance divine ; — ou que la divine essence devient toutes choses par ses manifestations et ses évolutions ; — ou enfin, que Dieu est l'être universel, indéfini, qui, en se déterminant, constitue l'universalité des choses, composée de genres, d'espèces et d'individus.
Anathème à qui n'avouera pas que le monde, et toutes les choses qu'il contient, les spirituelles et les matérielles, ont été produites du néant, par Dieu, selon toute leur substance ; — ou dira que Dieu n'a pas créé par une volonté libre de toute nécessité, mais aussi nécessairement qu'il s'aime nécessairement lui-même ; ou niera que le monde ait été créé pour la gloire de Dieu.
Nous croyons en un Dieu Providence. Toutes les créatures qu'il a faites, dit encore le concile du Vatican, Dieu les conserve et les gouverne par sa providence, attei-
gnant d'une extrémité à l'autre avec force et disposant tout avec suavité. Toutes choses sont nues et évidentes à ses yeux, même les événements qui dépendent de la libre action des créatures.
Cette divine providence s'étend à tous les êtres et à chacun. Elle veille sur les êtres matériels et sur les animaux, sur les plus petites herbes et sur les chênes séculaires, sur l'océan et sur la goutte de rosée; elle nourrit les lions du désert et les oiseaux du ciel, elle donne au lis des champs son éclatante parure que Salomon pouvait envier dans sa gloire.
Elle veille avec un soin particulier sur l'homme, qu'elle a fait plus noble et plus grand. Mettant devant lui le bien et le mal, elle le laisse dans la main de son conseil, parce qu'elle lui a fait don de la liberté ; mais, l'invitant à choisir le bien, elle lui fournit généreusement les secours dont il a besoin pour bien vivre. Et afin de l'exciter davantage à la vertu, elle lui montre, par delà cette vie, la récompense ou le châtiment.
Elle ne veille pas seulement sur l'homme individuel, mais aussi sur les nations, dont elle suit toutes les voies et dont elle détermine la prospérité ou la décadence. Naguère encore les États-Unis d'Amérique se faisaient l'honneur de le reconnaître à la face de notre siècle incrédule. Le 5 juillet 1876, lendemain du centenaire de l'indépendance américaine, le Congrès des États-Unis a adopté à l'unanimité la résolution suivante, qui lui a été proposée par le général Sherman :
« Attendu qu'il a plu au Dieu Tout-Puissant de diriger et de garder les États-Unis d'Amérique à travers un siècle de vie nationale, et de couronner notre peuple des bienfaits suprêmes de la liberté civile et religieuse ;
« Le Sénat et la Chambre des représentants, assemblés en Congrès, reconnaissent avec adoration, au nom du peuple des
10 lv. SYLLABUê.
États-Unis, que Dieu a été la fontaine et la source, l'auteur et le donateur tle tous ces bienfaits, et que nous dépendons entièrement de sa Providence. »
Honneur au peuple qui proclame ainsi le droit de Dieu ! Ce droit de Dieu est indiscutable ; mais le déclarer hautement, en plein dix-neuvième siècle, c'est faire preuve d'une sagesse et d'une fierté peu communes.
Enfin nous croyons en un Dieu- Homme, Rédempteur de l'homme. Tout se tient dans la doctrine catholique. Notre Dieu a créé tous les êtres qui existent ; les ayant créés tous, il s'intéresse à tous et les aime tous ; les aimant tous, il les conserve et les gouverne tous, particulièrement l'homme qu'il a établi roi de la création visible. Aimant l'homme d'un amour spécial, et le voyant déchu par sa faute de sa grandeur originelle, Dieu décrète de relever l'homme et même de lui rendre une dignité plus haute que celle qu'il a perdue par son péché. Et ce décret divin produit l'Incarnation du Fils de Dieu et la Rédemption du genre humain par la croix du Calvaire ; en un mot, la déification de l'homme.
Nous combattrons dans un instant une déification stupide de l'homme; mais il est une déification vraie et glorieuse, que nous reconnaissons avec amour, et dont nous rendrons à Dieu d'éternelles actions de grâces. Ce que l'homme cherche loin de Dieu, sans espoir de le trouver, Dieu le lui donne : Je veux être ton frère, lui ditil, et avoir la même nature que toi. Monter jusqu'à moi, toi, pauvre être tombé, impossible! Mais moi, le Tout- Puissant, je puis descendre jusqu'à toi, te prendre dans les bras de mon amoureuse miséricorde, et t'élever jusqu'à moi. Je vais épouser ton humanité, et nous serons deux dans une même chair.
Etle monde a vu cette merveille. Dieu s'est fait homme, pour me faire Dieu. Jésus-Christ est mon frère, homme comme moi ; il est en mè:ne temps Fils de Dieu, et me communique le droit d'appeler Dieu mon père-. Dieu mon père vit et règne dans les cienx; Jésus-Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme, vit et règne avec son Père; j'irai un jour, si je le veux, vivre de leur vie et régner dans leur gloire. Et alors, dit l'Apôtre, quand le Christ mon Dieu et mon frère aura dompté tous ses ennemis, et en dernier lieu la mort, il présentera à Dieu son Père et le mien tous les êtres soumis ; et il se soumettra lui-même, avec tous ses élus, à la très-aimable puissance de Dieu, afin que Dieu soit tout en tous, Ut si! Deus omnia in omnibus {["auxCorinlh. xv, 28). Voilà notre déification, j'allais dire notre panthéisme dans le sens catholique.
La foi chrétienne est-elle moins glorieuse à l'humanité, que ces divagations impies qui suppriment d'un seul coup, en les dénaturant, Dieu , l'homme et le monde ?
Abordons maintenant le rationalisme absolu. Malgré son nom usurpé, il n'est pas plus raisonnable que le panthéisme. Nous l'avons appelé une déification de la raison humaine ; c'est en effet là qu'il vise. Qu'on en juge par ses prétentions.
Quelle idée un homme raisonnable se fait-il de Dieu ? Sans aucun doute, il le considère comme l'Être infiniment parfait, se suffisant à lui-même sans avoir besoin des autres êtres, qui n'auraient rien et ne seraient rien sans lui ; comme la loi suprême, d'où découle toute loi et tout droit ; comme la souveraine vérité, le souverain bien, la souveraine lumière, source de toute vérité, de tout bien, de toute lumière ; comme le terme nécessaire de toute adoration et de tout culte religieux.
Voilà, au regard de la saine raison de l'homme, quelques-uns des attributs divins. Or, ces attributs divins, le rationalisme ne les reconnaît pas à Dieu, qu'il n'admet pas; il les réclame pour lui-même, et en fait l'apanage inaliénable de la raison humaine. Que nous parlez vous de Dieu? dit-il en haussant les épaules. La raison humaine a fait évanouir, en le regardant en face, ce fantôme impuissant qui fut si longtemps la terreur des humains. La raison est elle-même, et elle seule, l'arbitre du
vrai et du faux, du bien et du mal ; elle est à elle-même, et toute seule, sa loi et sa force, et suffit pleinement, par ses propres énergies naturelles, au bonheur des individus et des nations. Que nous parlez-vous de religion, de vérités religieuses ? Nous pouvons admettre ces mots, mais voici comment il les faut entendre : toute religion est un produit de la raison humaine, toute idée religieuse vient de la même origine, et par conséquent n'est en aucune façon surnaturelle. Ne cherchez donc pas ailleurs que dans la raison le dernier mot de toutes les connaissances possibles.
C'est assez dire que le rationalisme ne s'accommode d'aucune révélation surnaturelle proprement dite. Il supprime toute révélation de ce genre ; mais, quelquefois, il y met des formes et marche par étapes.
D'abord il déclare que, si elle existe, la révélation est imparfaite, condamnée àrester touj ours imparfaite comme toutes les choses progressives, puisqu'elle est nécessairement assujettie au progrès indéfini qui est la loi de la raison elle-même.
Ensuite il affirme que la foi, fruit de la révélation surnaturelle, dans le cas où il y aurait une révélation, serait en guerre avec la raison humaine ; que la perfection de l'homme se passe très-bien de la foi et de la révélation, et que même elle trouverait dans ces importunes un obstacle et un péril.
Mais bientôt il se démasque, bon gré mal gré. Il trouve devant lui le fait écrasant de la révélation mosaïque et de la révélation chrétienne ; que fera-t-il ? Oh ! il n'est pas longtemps embarrassé. Quelques bonnes négations, et il ne reste pas une pierre de ces -monuments. Des livres inspirés par Dieu ? vaine superstition, accréditée par des hallucinés ou des fourbes. Des prophéties et des miracles? fables de poètes. Des mystères surpas-
l'f LK SYLLABI
sant la raison et s'impo-an1 h elle? injure intolérable. Esprits ignorants.ee que vous appelez mystères et vérités surnaturelles, et que vous opposez à notre philosophie rationaliste, c'est tout bonnement le résultat des recherches de cette philosophie et de ses découvertes : le Christianisme nous a pillés et se pare de nos dépouilles. Des faits relatés dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament ?• non, pas des faits, mais simplement des inventions mythiques. Je vous l'affirme, et ma parole doit vous suffire. Des prodiges innombrables opérés par Jésus sous les yeux de tout un peuple, et ensuite par ses disciples au milieu do tous les peuples ? Allons donc ! Contis faits à plaisir, ou, pour parler plus philosophiquement, mythes ingénieux ; oui, n'en doutez pas, ces martyrs, ces disciples, ces apôtre;, ces peuples, et tous les prodiges qu'ils ont vus et qu'ils attestent, ce sont des mythes nés d'une exaltation progressive dans des imaginations de plus en plus fiévreuses. Et tenez, voulez-vous que je vous livre mon dernier secret ? Jésus-Christ luimême, ce thaumaturge, ce Messie attendu, reçu, servi, adoré, vu, entendu et touché par ces témoins et par ces peuples, savez-vous ce que c'est ? Un personnage mythique ! une fiction, vous dis-je, un mythe, pas autre chose. C'est moi qui vous le dis, moi le Dieu Rationalisme. Et s'il se trouvait un téméraire assez osé pour douter de ma révélation, un criminel assez audacieux pour demander une preuve avant d'abdiquer sa raison devant ces incroyables mystères, qu'il tremble sous mes foudres et sous les anathèmes du bon sens!...
Oh ! que celui-là aurait beau jeu, qui se donnerait la peine de compter les actes de foi imposés au pur rationaliste ! Actes de foi robustes, qui, pour n'être pas entrés dans le domaine de la révélation surnaturelle, ne sont pas moins éloignés des confins de la raison naturelle....
Pressez le rationalisme.vous n'en pourrez extraire que des négations insensées, ou des affirmations sans preuves qui se résolvent encore en négations. Il nie le fa t, pourtant si clair, de la révélation. 11 nie la nécessité oul'utilité de la révélation. Il nie la possibilité de la révélation. Toujours des négations, rien q tions. EL cela
est nécessaire ; l'erreur, si affirmative et si tranchante dans ses allures, est essentiellement négative.
A ce système aussi i Le prétentieux opposons la
vraie doctrine de l'Église, en traduisant avec une fidélité scrupuleuse, et presque intégralement, les chapitres et les oanons du dernier concile œcuménique. Il traite successivement de la Révélation, de la Foi, de l'accord de la Foi avec la Raison.
1° Au sujet de la R la sainte Assemblée en-
seigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine, et se montre en quelque sorte visible dans toutes ses créatures. Mais il a plu à sa sagesse et à sa bonté de révéler au genre humain, par une autre voie qui est surnaturelle, sa propre nature et les éternels décrets de sa volonté; et cette révélation surnaturelle, Dieu l-'a faite à l'homme à plusieurs reprises, d'abord par les patriarches et les prophètes, et plus tard par son Fils unique.
C'est un bienfait de cette divine révélation, que tous les hommes soient à même, dans l'état présent du genre humain, de connaître promplement, avec une certitude absolue et sans aucun mélange d'erreur, des , vérités divines qui ne sont pas de soi inaccessibles à la raison humaine. N'allez pas conclure de là que la révélation ait été absolument nécessaire ; elle n'était nécessaire que dans cette hypothèse, devenue la situation réelle, que
Dieu ait destiné l'homme à une fin surnaturelle, en l'appelant à la participation de ces faveurs divines qui surpassent absolument l'intelligence humaine.
Cette révélation surnaturelle, selon la foi de l'Église universelle déclarée dans le concile de Trente, est contenue dans nos livres sacrés, et dans les traditions orales que les Apôtres ont reçues de la bouche du Christ, par l'inspiration du Saint-Esprit, et que toutes les générations chrétiennes se sont transmises comme de main en main. Ces livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, dans leur entier et dans toutes leurs parties, tels que le décret du concile de Trente les énumère, doivent être reçus comme sacrés et canoniques. Et quand l'Église les déclare sacrés et canoniques, elle ne veut pas dire seulement que ces livres, rédigés par la seule industrie humaine, ont été ensuite approuvés par son autorité, ni seulement qu'ils contiennent la révélation sans mélange d'erreur; mais bien qu'ils furent écrits sous la dictée de l'Esprit-Saint, qu'ils ont par conséquent Dieu pour auteur, et qu'ils furent donnés comme tels par Dieu à l'Église.
Le concile de Trente ne s'était pas contenté de fixer le catalogue des livres canoniques ; il avait en outre tracé les règles de leur interprétation légitime, pour imposer un frein salutaire à la pétulance de certains esprits. De nos jours, ces règles étant méconnues ou détournées, le concile du Vatican renouvelle le décret du concile de Trente, et en précise la signification : Dans les questions de foi et de mœurs, le vrai sens de la sainte Ecriture est celui qu'a tenu et que tient toujours notre sainte mère l'Église, à laquelle il appartient d'interpréter avec autorité les livres divins ; et par conséquent il n'est permis à personne d'interpréter ces divines Écritures contre le sens admis par l'Église, ou contre le consentement unanime des Pères.
Donc : Anathème à qui dira que le Dieu unique et vrai, notre Créateur et Seigneur, ne peut pas être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine, au moyen des créatures.
Anathème à qui dira impossible ou inutile , que l'homme soit instruit par révélation divine sur Dieu et sur le culte qu'il faut lui rendre.
Anathème à qui dira que l'homme ne peut être divinement élevé à une connaissance et une perfection audessus de sa nature ; mais que de lui-même, par un progrès continuel, il peut et doit atteindre à la possession de toute vérité et de tout bie n.
Anathème à qui ne recevra pas pour sacrés et canoniques tous les livres de la sainte Écriture, dans toutes leurs parties, selon qu'ils sont énumérés par le saint concile de Trente, ou niera qu'ils soient divinement inspirés.
2° Au sujet de la Foi, voici la doctrine du concile du Vatican :
Puisque l'homme dépend tout entier de Dieu son Créateur et son Maître, et que la raison créée est entièrement soumise à la vérité incréée, c'est pour nous une obligation d'incliner par la foi notre intelligence et notre vo- •lonté devant la révélation divine. Cette foi, qui est le commencement du salut de l'homme, l'Église Catholique enseigne qu'elle est une vertu surnaturelle, par laquelle, sous l'inspiration de Dieu et avec le secours de sa grâce, nous croyons vraies les choses qu'il nous a révélées, non parce que la vérité intrinsèque de ces choses apparaît à lajlumièrenaturelle delà raison, mais à cause de l'autorité de Dieu révélateur, également incapable d être trompé ou d'être trompeur. Car la foi,, au témoignage de l'Apôtre, est la substance des choses à espérer, l'argument des choses qui n'apparaissent pas.
iù LE sïLLAliUà.
La parole de Dieu serait une garantie suffisante. Néanmoins, afin que l'hommage de notre foi soit conforme à notre raison, Dieu a voulu ajouter aux secours intérieurs du Saint-Esprit des preuves extérieures de la révélation. De là tant de faits divins, et en premier lieu, tant de miracles et de prophéties, qui démontrent merveilleusement la puissance et la sagesse infinies de Dieu, et qui sont en même temps, pour le fait de la divine révélation, des signes très certains et à la portée de toutes les intelligences. Tel est le but des miracles et des prophéties, si nombreux et si évidents, par lesquels Moïse et les Prophètes, Notre-Seigneur lui-même et après lui ses Apôtres ont convaincu le monde.
Bien que l'assentiment de la foi ne soit point du tout un mouvement aveugle del'àme, cependant personne ne peut consentir à la prédication évangélique d'une manière utile au salut, sans l'illumination et l'inspiration du Saint-Esprit, qui donne à tous la suavité du consentent :nt et de la croyance à la vérité. Par conséquent, la foi dans son fond, même quand elle n'agit pas par la charité, est un don de Dieu, et son acte est une œuvre se rapportant au salut, et par lequel l'homme donne à Dieu une libre obéissance, en consentant et en coopérant à la grâce à laquelle il pourrait résister.
Quant à l'objet de la foi, il faut croire d'une foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition, et que l'Église, soit par un jugement solennel, soit par son enseignement ordinaire et universel, propose comme révélé à la croyance des fidèles.
Sans la foi, impossible de plaire à Dieu et d'avoir part à l'héritage de ses enfants. D'où il suit que personne ne fut .jamais justifié sans la foi, et que personne, à moins de persévérer jusqu'à la lin dans la foi, n'obtiendra jamais
la vie éternelle. Il est donc de la plus haute importance pour nous, de ne pas nous tromper dans cette foi si nécessaire. Or, afin do nous préserver de toute erreur, le Fils de Dieu a établi une gardienne de la vraie foi. une maîtresse de la parole révélée : c'est l'Église, que des signes manifestes rendent reconnaissais à tous les esprits. A l'Église catholique seule appartiennent ces caractères si nombreux et si admirables, prodigués par Dieu pour rendre évidente la crédibilité de la foi chrétienne.
Il y a plus : l'Église elle-même, par sa rapide et merveilleuse propagation, par son éminenle sainteté et son inépuisable fécondité pour toutes les bonnes œuvres, par son unité catholique et son invincible stabilité, est un grand et perpétuel motif de crédibilité, un témoignage irréfragable de 83 divine mission. Elle s'élève au milieu des nations comme un signe lumineux, invitant à venir à elle tous ceux qui ne croient pas encore, faisant voir à ses enfants que leur foi repose sur un fondement inébranlable.
A ce témoignage s'ajoute le secours efficace de la vertu d'en haut. Car ceux qui errent, notre très-doux Seigneur les excite et les aide de sa grâce, pour les faire parvenir à la connaissance de la vérité; et ceux qu'il a déjà Irans- •portés des ténèbres dans son admirable lumière, il les confirme par sa grâce, pour les faire persévérer dans cette même lumière, n'abandonnantjamais s'il n'est d'abord abandonné.
Elle est donc toute différente,- ïa condition de ceux qui, par le don céleste de la foi, ont adhéré à la vérité catholique ; et la condition de ceux qui, entraînés par des opinions humaines suivent une religion fausse : Ceux qui ont reçu la foi sous le magistère de l'Église, ne peuvent jamais avoir aucun juste motif de changer ou de mettre en doute cette foi reçue. Puisqu'il en est ainsi, rem
20 LE SYLLABOS.
grâces à Dieu le Père, qui a daigné nous admettre au partage des saints dans la lumière; ne négligeons pas une faveur si salutaire, mais, les yeux fixés sur Jésus l'auteur et le consommateur delà foi, tenons fermement l'inébranlable témoignage de notre espérance.
Donc : Anatbème à qui dira que la raison humaine est tellement indépendante, que la foi ne puisse lui être commandée par Dieu.
Anathème à qui dira que la foi divine ne se distingue pas de la science naturelle de Dieu et de la morale ; et que par suite il n'est pas requis, pour la foi divine, que la vérité révélée soit crue à cause de l'autorité de Dieu révélateur.
Anathème à qui dira que la révélation divine ne peut pas être rendue croyable par les signes extérieurs, et qu'en conséquence les hommes ne doivent être amenés à la foi que par la seule expérience intérieure de chacun ou par l'inspiration privée.
Anathème à qui dira que les miracles sont impossibles, et que par conséquent tous les récits miraculeux, même contenus dans la sainte Écriture, doivent être relégués au rang des fables ou des mythes ; ou que les miracles ne peuvent jamais être connus avec certitude, et qu'ils ne sont pas de nature à prouver valablement la divine origine de la religion chrétienne.
Anathème à qui dira que l'assentiment de la foi chrétienne n'est pas libre, mais produit nécessairement par les arguments de la raison humaine ; ou bien que la grâce de Dieu est nécessaire seulement pour la foi vivante, qui opère par la charité.
Anathème à qui dira que la condition des fidèles est la même que celle des hommes qui ne sont pas encore arrivés à la foi uniquementvraie; de telle sorte que les catholiques puissent avoir quelque juste motif de mettre
en doute la foi déjà reçue sous le magistère de l'Église, et de suspendre leur assentiment jusqu'à ce qu'ils aient fait la démonstration scientifique de la crédibilité et de la vérité de leur foi.
3° Au sujet de la Foi et de la. Raison rapprochées l'une de l'autre, le Concile rappelle cette doctrine constante de l'Eglise catholique : qu'il existe deux ordres de connaissance distincts non-seulement par leur principe, mais aussi par leur objet. Par leur principe : car le principe de l'un est la raison naturelle ; celui de l'autre, la foi divine. Par leur objet : car, outre les notions auxquelles la raison humaine peut atteindre, la foi propose à notre croyance des mystères cachés en Dieu, lesquels, sans une révélation divine, ne peuvent pas être connus. Le Fils de Dieu lui-même remercie son Père, d'avoir caché ces mystères aux sages et aux prudents de la terre, et de les avoir révélés aux petits.
Lorsque la raison, éclairée par la foi, cherche avec soin, piété et discrétion, elle peut il est vrai, avec l'aide de Dieu, acquérir quelque intelligence très-fructueuse des mystères, . tant par l'analogie des choses qu'elle connaît naturellement que par la liaison des mystères eux-mêmes entre eux et avec la fin dernière de l'homme ; mais jamais elle ne devient capable de les percevoir, comme des vérités qui constituent l'objet propre de sa connaissance. Car les mystères divins dépassent tellement par leur nature l'intellect créé, que, même transmis par la révélation et reçus par la foi, ils demeurent couverts du voile de cette même foi et comme enveloppés d'un nuage, tant que nous voyageons dans cette vie mortelle loin du Seigneur: Nous marchons par la foi, dit l'Apôtre et non par la vision.
Mais, bien que la foi soit au-dessus de la raison, jamais
22 LE SYLLA.BDS.
aucune dissension véritable ne peut exister entre la foi et la raison. Le même Dieu, qui révèle les mystères et infuse la foi, a répandu dans l'esprit humain la lumière de la raison ; or Dieu ne peut se nier lui-même, ni le vrai contredire le vrai. Cette vaine apparence de contradiction vient principalement, ou de ce que les dogmes de la foi ne sont pas compris et exposés selon l'esprit de l'Église, ou de ce que des opinions hasardées sont regardées comme des jugements de la raison. Dès lors, nous déclarons absolument fausse toute assertion contraire à une vérité connue par la foi.
L'Église, qui a reçu, avec la charge apostolique d'enseigner, le mandat de garder le dépôt de la foi, tient aussi de Dieu le droit et l'office de proscrire la fausse science, afin que nul ne soit trompé par les artifices d'une philosophie mensongère. Par conséquent, les opinions reconnues contraires à la doctrine de la foi, surtout si elles ont été réprouvées par l'Église, non-seulement il est interdit à tous les fidèles du Christ de les soutenir comme des conclusions légitimes de la science, mais c'est un devoir pour eux de les regarder plutôt comme des erreurs qui se cachent sous une trompeuse apparence de vérité.
Non-seulement la foi et la raison ne peuvent jamais être en désaccord, mais elles se prêtent un mutuel secours : la droite raison démontre les fondements de la foi, et, éclairée par sa lumière, développe la science des choses divines ; la foi, de son côté, délivre la raison de l'erreur, la protège, et l'enrichit de connaissances multipliées. Ainsi, bien loin de s'opposer à la culture des arts et des sciences, l'Église la favorise et la propage de mille manières. Elle n'ignore ni ne méprise les avantages qui en résultent pour la vie humaine ; bien plus, elle reconnaît que ces connaissances, qui ont pour pre-
mier auteur Dieu le Maître des sciences, peuvent aussi, avec l'aide de la grâce, nous conduire à Dieu, si elles sont traitées convenablement. Elle ne défend nullement que ces sciences, dans leur sphère, se servent de principes propres et de méthodes spéciales; mais, en leur reconnaissant cette juste liberté, elle ne leur permet ni de recevoir l'erreur dans leur sein, en contredisant la doctrine révélée, ni d'empiéter sur le domaine de la foi, en dépassant les limites de leur propre domaine.
C'est que la doctrine de la foi, révélée de Dieu, n'est pas proposée à l'esprit humain comme un système philosophique qu'il aurait à perfectionner, mais comme un dépôt divin confié a l'épouse du Christ, pour être fidèlement gardé et infailliblement expliqué. Et ainsi le vrai sens des dogmes sacrés, celui qui sera toujours le vrai, c'estle sens une fois déclaré par notre sainte mère l'Église ; et jamais il n'est permis de s'en éloigner, sous prétexte d'une plus haute intelligence.
Nous ne rejetons pas le progrès, loin de là! Qu'il vienne, s'il est vraiment le progrès de la foi, et non son renversement ; qu'il se multiplie, qu'il abonde dans tous les esprits et dans chacun, dans tout fidèle et dans toute l'Église. Puissent croître, avec les âges et les siècles, l'intelligence, la science, la sagesse ; mais que cette marche en avant des esprits se fasse toujours dans l'ordre, laissant à la doctrine révélée les mêmes dogmes, le môme sens, la même vérité.
Donc : Anathème à qui dira que la révélation divine ne contient point de mystères vrais et proprement dits, mais que tous les dogmes de la foi peuvent être compris et démontrés, d'après des principes naturels, par la raison convenablement cultivée.
Anathème à qui dira que les sciences humaines doivent être traitées avec une telle liberté, que leurs asser-