LK SYLLABUS
tions, même contraires à la doctrine révélée, peuvent être tenues pour vraies, sans que l'Église ait le droit de les proscrire.
Anathème à qui dira qu'il peut arriver quelquefois, selon le progrès des sciences, que l'on doive donner aux dogmes proposés par l'Église un autre sens que le sens jusque-là compris et enseigné par l'Église.
On ne saurait trop méditer ces lumineuses doctrines du saint Concile. A rencontre du rationalisme, qui est l'antipode de la raison non moins que de la foi, l'Église prend également sous sa tutelle les droits respectifs de l'une et de l'autre. Est-il raisonnable d'employer sa raison à s'élever dans des sphères où la raison ne voit rien et ne peut plus vivre ?
Il y a des vérités que l'homme connaît par sa raison ; il y en a d'autres, que sa raison ne découvre pas, mais qu'il peut apprendre par le témoignage extérieur. Quand nous entendons des hommes, que nous savons incapables de vouloir nous tromper et incapables d'avoir été euxmêmes trompés, nous admettons leur témoignage, et nous croyons ce qu'ils nous racontent. Pourquoi rejetterions-nous le témoignage de Dieu, surtout lorsqu'il nous parle d'un monde inconnu et supérieur, que lui seul a exploré? Ce monde, inconnu de nous et connu de Dieu seul, c'est la nature divine ; admettons donc, sur son propre témoignage, ce que Dieu daigne nous révéler sur sa propre nature. Sa parole n'est-elle pas une autorité suffisante?
Cette foi que Dieu met dans nos âmes, il ne nous est point défendu de l'étudier et de l'approfondir, dans les limites prescrites par le souverain respect que nous devons à l'autorité de la parole de Dieu. C'est Dieu qui nous a donné une nature avide du vrai, c'est lui qui allume
en nous la flamme de l'intelligence. Cette flamme, il désire qu'elle soitvive; cette raison, don de sa providence et image de sa propre intelligence, il veut qu'elle s'exerce et se développe; mais ce qu'il ne veut pas, c'est 'que la raison devienne folie. Toutes les études d'une saine raison, Dieu les approuve ; mais les recherches téméraires d'une raison malade, il les condamne, comme il condamne tout orgueil, toute révolte, toute folie volontaire. Ainsi, bien loin de limiter l'horizon de nos connaissances, la foi l'agrandit de toutes parts. La foi vient en aide à la faiblesse de la raison; là où la raison se tait, la foi affirme, sans crainte de se tromper; là où la raison trouve la nuit, la foi s'avance dans la pure lumière. La foi est à la raison ce que le télescope est à la vue naturelle : Est ce que les télescopes de l'Observatoire ont enlevé la vue à nos astronomes ?