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CHAPITRE III

INDIFFÉRENTISME , LATITUDINARISME.

Ces deux mots, Indi/férentisme, Latitudinarisme , reviennent à un autre mot plus usité chez nous : Tolérance religieuse ou doctrinale. Il ne s'agit ici que des doctrines ; dans le dernier chapitre de cet ouvrage, certaines propositions libérales nous amèneront à parler de la tolérance civile, et, par occasion, de la tolérance des personnes. Au point de vue exclusif des doctrines, quatre propositions sont condamnées par le Syllabus (1).

(i) 11 nous renvoie à des Actes pontificaux nombreux et important;;. Les voici, par ordre chronologique :

L'Encycliqup Qui plvribus, du 9 novembre 1816; — l'Allocution consistoriale Ubi primvm, prononcée le 17 décembre 1847; — l'Encyclique Noslis et JVobiscum, adressée aux Evèques d'Italie le 8 décembre 1849; — la lettre Apostolique. Vulliplicesinler, du 10 juin 1851, portant condamnation d'un ouvrage espagnol en six volumes, publié par le prêtre Lima, sous ce titre : Défense de L'autorité des Gouvernements et des Evèques contre les prétentions de la Cour de Rome; — l'Allocution Singulari quadam, prononcée dans le Consistoire du 9 décembre 1854, en présence des Evèques venus à Rome pour la définition de l'Immaculée Conception; — l'Encyclique Singulari quidem .

LE SYLLABDS.

Liberum cuique homini est eam amplecti ac proûteri religionem, quam rationis lumine quis ductus veram putaverit.

Hommes in cujusvis religionis cultu viam aeternas salutis repcrire aeternamque salutem assequi possunt.

Saltem bene sperandum est de aeterna illorum omnium salute, qui in vera Christi Ecclesia nequaquam versantur.

Protestantismus non aliud est quam diversa ejusdem christianae religionis forma, in rua aeque ac in Ecclesia catholica Deo placere datum est.

Tout homme est libre d'embrasser et de suivre la religion qu'il croit vraie, en s'en rapportant à la lumière de sa raison.

Dans tout culte religieux les hommes peuvent trouver la voie du salut éternel et obtenir le salut éternel.

Tout au moins faut-il bien espérer du salut éternel de tous ceux qui ne vivent pas dans la vraie Église de Jésus-Christ.

Le Protestantisme n'est pas autre chose qu'une forme différente de la même religion chrétienne, et là il est possible de plaire à Dieu aussi bieu que dans l'Église catholique.

L'indifférentisme religieux n'inspire pas assez de dégoût et d'horreur aux hommes de notre temps ; signe

envoyée aux Evêques d'Autriche, le 17 mars 1856;— l'AIIocuIion Maximà qui tm, prononcée le 9 juin 1862. en présence des Evêques assembles pour la canonisation des martyrs du Japon; — l'Encyclique Quanloconficiamur, du 17 août 1863, aux Evêques d'Italie.

Les mêmes erreurs avaient été déjà signalées et condamnées par d'autres papes : par Grégoire XVI. dans la célèbre Encyclique Mirari vos, du 15 août 1832; — par Pie VIII, Encycl. du 24 mai 1829; — par Téon Xir. Encycl. du 3 mai 1824.

INDIFFÉBENTISME. 57

trop certain qu'un grand nombre sont atteints de cette lèpre. Le Souverain Pontife, établi par Dieu médecin des âmes, ne néglige rien pour nous guérir. Mainte et mainte fois il a dépeint sous ses vraies couleurs ce mal de l'indifférence. Il l'appelle un système horrible, impie, monstrueux, outrageant pour la raison humaine ; une erreur très-fétide et très-honteuse, entraînant pour la société chrétienne et même pour la société civile les plus désastreuses conséquences.

Ces expressions et autres semblables ne sont pas trop fortes ; puisque l'indifférence en matière de religion, comme le Pontife en fait la remarque, n'irait à rien moins qu'à détruire toute différence entre la vertu et le vice, entre la vérité et l'erreur, entre l'honnêteté et la turpitude.

Cette tolérance coupable pour tous les cultes, condamnée si fortement par le pape Pie IX, croirait-on qu'elle n'a pas rougi de se couvrir du nom et de l'autorité de Pie IX lui-même ?Les partisans de ce système avaient interprété dans ce sens certains actes de clémence, par lesquels le grand Pontife avait inauguré son règne. C'est lui qui nous l'apprend, dans son allocution Ubi primun, où il proteste de toute l'énergie de son àme indignée. « Quelle inj ure, s'écrie-t-il au milieu des Cardinaux et des Évêques, quelle injure à Notre nom et à Notre dignité Apostolique ! • Ils font entendre que, dans Notre bienveillance pour tous les hommes, Nous croyons que tous, non-seulement les enfants de l'Église, mais aussi les autres qui demeurent séparés de l'unité catholique, sont également dans la voie du salut et peuvent acquérir la vie éternelle. Nous sommes saisi d'horreur, et les paroles Nous manquent pour détester cette nouvelle et atroce calomnie. Sans doute, du fond de Notre cœur, Nous aimons tous les hommes, mai? pas autrement que dans la charité de Dieu

[)b LE SYLLAB

et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu, qui est mort pour tous, qui veut que tous se sauvent et arrivent à la connaissance de la vérité; qui, par suite de ce désir, a envoyé ses disciples dans le monde entier prêcher l'Évangile à toute créature, déclarant que ceux qui croiront et recevront le baptême seront sauvés, mais que ceux qui ne croiront pas seront condamnés. Qu'ils viennent donc, tous ceux qui veulent être sauvés, qu'ils viennent à la colonne et au firmament de la vérité, c'est-à-dire à l'Eglise : qu'ils viennent à cette vraie Église du Christ, qui offre dans ses Évêques et dans leur chef le Pontife Romain, la succession de l'autorité Apostolique continuéetoujours sans aucune interruption; qui eut toujours à cœur de prêcher, de garder et de défendre la doctrine annoncée par les Apôtres, sur l'ordre de Jésus-Christ ; qui a grandi continuellement depuis le temps des Apôtres, au milieu des difficultés de tout genre; qui, dans tout l'univers, illustrée de l'éclat des miracles, développée par le sang des martyrs, ennoblie par les vertus des confesseurs et des vierges, fortifiée par les témoignages des Pères et par leurs écrits pleins de sagesse, a été toujours et est encore florissante sur toutes les plages du monde, frappant tous les yeux par l'unité parfaite de sa foi, de ses sacrements et de son gouvernement sacré ! »

Maintenant revenons aux trois degrés d'indifférentisme, marqués dans les propositions ci-dessus. Il en est qui affirment, d'une manière absolue et générale, que toutes les religions sont bonnes, et par conséquent capables de sauver les hommes. D'autres, obligés de convenir qu'il ne peut y avoir qu'une religion vraie, veulent au moins que l'on espère le salut de ceux qui ne sont pas dans la vraie Église. D'autres enfin, accordant que les religions

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