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non chrétiennes ne peuvent nous sauver, prennent la défense des sectes chrétiennes séparées de l'Église catholique, et n'admettent pas que le protestantisme, qu'ils disent une forme diverse du vrai christianisme, soit privé de la vertu salutaire mise par Jésus-Christ dans le vrai christianisme. Discutons rapidement chacune de ces erreurs.
Libre à l'homme de choisir sa religion ; et la religion choisie par la raison de l'homme ne peut qu'être agréable à Dieu, et l'homme est certain d'y trouver son salut.
Singulière doctrine, que quelques-uns formulent ainsi : Libre à l'homme d'avoir une religion quelconque, ou de n'en point avoir du tout, ou encore d'appeler religion sacro-sainte le mépris de toute religion et la haine de Dieu. Nos libres-penseurs, organisateurs des enterrements civils, en sont aujourd'hui à ce dernier degré ; leurs prétentions ne sont pas moins étranges que leurs négations sont impies, car c'est au nom de la liberté des cultes qu'ils veulent nous contraindre à respecter et à honorer leurs attaques furieuses contre toute religion.
L'homme, libre de se faire une religion à sa commodité ? peut-être, jusqu'à un certain point, si Dieu ne lui en a pas donné une toute faite. Mais si Dieu a pris soin de donner une religion à l'homme, avec obligation pour l'homme de la recevoir et de la pratiquer, l'homme estil encore libre de rejeter cette religion venue de Dieu, pour avoir la satisfaction d'en inventer une autre ? Si Dieu a déterminé les hommages qu'il veut recevoir de l'homme, l'homme est-il libre de lui refuser ces hom-
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mages et de lui en rendre d'autres, ou de ne point lui en rendre du tout?
Vous louez un serviteur, pour tel service spécial que vous lui indiquez; ce serviteur à vos gages resle-t-il libre de faire chez vous ce qu'il voudra, ou même de n'y rien faire ? S'il ne tient aucun compte de vos ordres, mais veut agir uniquement à sa tête, trouverez-vous qu'il gagne bien son salaire et que vous êtes bien servi ?
Tout homme, au regard de Dieu, est dans la situation de ce serviteur. En nous recevant à son service, ou, ce qui revient au même, en nous appelant à l'existence, Dieu nous prescrit des devoirs qui découlent nécessairement de son titre de Créateur et de notre qualité de créatures. Ce service que toute créature doit à son Créateur, ces devoirs de soumission, d'obéissance, d'honneur, d'adoration et d'amour, personne ne peut nous en dispenser, pas même Dieu : par cette raison évidente, que personne, pas même Dieu, ne peut faire qu'il ne soit pas notre Créateur et nous ses créatures.
Quant au détail de ce service et à la manière de remplir ces devoirs, l'homme garde une certaine latitude, dans la sphère de sa raison, tant que Dieu n'a rien déterminé. Mais si Dieu juge à propos de préciser comment il veut être honoré et servi, c'est ce service et non pas un autre, cet honneur et non pas un autre, que nous devrons lui rendre.
Or, effectivement Dieu a précisé les honneurs et les hommages qu'il veut recevoir de nous, c'est-à-dire la religion qui lui est agréable et qui peut nous sauver. A trois époques principalement il a signifié à l'homme sa volonté, par trois révélations qui ne se contredisent pas, mais se perfectionnent : la révélation primitive, la révélation mosaïque et la révélation chrétienne.
La révélation primitive regardait le genre humain tout
entier. Elle lui fut faite partie avant, partie après la chute. Renfermant des vérités à croire et des commandements à observer, elle est toute une religion positive venant s'ajouter à la religion naturelle : ce qui prouve que l'homme ne doit pas se contenter de la religion purement naturelle, connue par la raison, puisque Dieu n'a jamais voulu qu'il s'en contentât.
Quel fut l'objet de cette révélation primitive ? Ce fut principalement, pour les dogmes à croire : l'existence d'un seul Dieu tout-puissant, créateur du monde, maître souverain, juste rémunérateur du bien et du mal ; la formation de l'homme à l'image de Dieu ; la chute du premier homme, et la transmission du péché originel ; la promesse du Rédempteur, et du pardon qu'il apporterait à notre race déchue. — Pour les préceptes à pratiquer : D'abord tous les devoirs que les vérités mentionnées imposent naturellement à l'homme ; puis certains préceptes positifs, comme les sacrifices sanglants, la sanctification d'un jour de la semaine, l'unité et l'indissolubilité du mariage, le moyen de purifier les enfants de la tache originelle.
Telle fut la religion donnéeprimitivement à l'homme ; il eut à la recevoir et à la suivre, non à l'inventer. Les ordres de Dieu étaient nets, et la sanction ne leur manquait pas ; nous le savons par le châtiment suffisamment rude et exemplaire, qui frappa la première transgression. Il s'agissait, non d'un précepte connu par la raison et basé sur la nature des choses, mais d'un commandement ajouté parla libre volonté de Dieu, peutêtre pour peu de temps, simplement d'un précepte d'abstinence. En livrant à l'homme tous les fruits de la terre, Dieu excepte un arbre : Cet arbre-là, je te défends d'en manger le fruit, sous peine de mort. L'homme voulut être libre de ne pas obéir à Dieu ; il mangea
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le fruit défendu, et fut puni de mort. Cette désobéissance du premier homme est le premier acte de tolérance religieuse et de liberté des cultes, dans les annales du genre humain ; l'on voit de quelle manière Dieu l'a jugé et récompensé, et les grands avantages qu'il nous a valus : Poussière, tu retourneras en poussi
La seconde révélation, faite par Dieu à Moïse plusieurs siècles après le déluge, regardait spécialement les Hébreux, ce peuple que Dieu s'était choisi et auquel il avait donné mission de conserver sur la terre, avec le dépôt de la révélation primitive, le culte du seul vrai Dieu. Chez les autres peuples, il y avait aussi des religions, mais obscurcies de tant d'erreurs et souillées de tant de crimes, que Dieu en détournait son regard avec horreur. Preuve nouvelle, que toute religion professée par les hommes n'est pas agréable à Dieu. Celle des Juifs lui était agréable, parce qu'elle venait de lui ; mais il n'y avait pas fait large la part de la tolérance, et il ne permettait pas à chacun de l'accommoder à sa manière de voir individuelle. Tout y était réglé minutieusement : les sacrifices, les dîmes, les prémices et autres offrandes, les cérémonies, les fêtes et le sabbat, les purifications, les . abstinences, les rapports avec les étrangers. Parcourez l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome ; vous y verrez Dieu s'occuper non-seulement de l'observation des grands préceptes du Décalogue, mais de la forme et des dimensions du tabernacle, des vêtements des Lévites, de l'âge et des qualités des victimes qui seraient immolées sur ses autels ; vous y verrez la moindre transgression, la plus petite velléité cVindiffèrcntisme et de latitudinarisme, réprimée sévèrement, et souvent punie de la peine capitale. Bref, tant de prescriptions, de prohibitions, et de pénalités vous 'convaincront pleinement que Dieu n'élevait pas son peuple dans le
respect et la pratique de l'indifférence religieuse.
Vint enfin la troisième et complète révélation, apportée au monde par le Fils de Dieu en personne, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sauveur de tous les hommes, il parle à tous, mais il ordonne à tous de l'écouter respectueusement, de croire à sa divine parole, et d'ohserver sa loi. Cette loi de l'Évangile est plus douce que la loi Mosaïque ; elle n'a pas moins de force, et aura plus de durée. Les transgresseurs ne sont pas toujours punis en ce monde, mais ils n'échappent pas au châtiment ; notre Dieu est patient parce qu'il est éternel.
La Religion chrétienne, ébauchée dans la religion primitive et dans la religion judaïque, est la seule religion divine, la seule vraie, la seule qui plaise à Dieu, la seule qui sauve les hommes. Elle doit s'étendre sur toute la terre, et durer jusqu'aux derniers jours du monde : Jésus-Christ l'a constituée pour cela. Il en a fait une société parfaitement organisée, ayant son chef, ses droits, ses lois, vivant d'une vie propre qu'il lui a donnée, assurée de vivre toujours, puisque toujours elle aura des âmes à convertir et à sauver. C'est l'arche de salut, où il faut nécessairement entrer pour n'être pas englouti dans les flots du déluge. C'est la cité de Dieu, toujours en lutte avec la cité du mal, et dans laquelle vivent et meurent tous les habitants de la cité éternelle.
L'Église de Jésus-Christ connaît son origine et sa destinée; elle connaît sa mission, elle la remplira jusqu'au bout, il n'est pas plus en son pouvoir qu'en son vouloir de ne pas la remplir. Car Celui qui la dirige est le Tout- Puissant; il l'a fondée sur la pierre de son sépulcre glorieux, il l'a cimentée de son sang, et il ne permet pas que ce sang précieux, dont une seule goutte vaut mille mondes, ait coulé inutilement sur la terre. Il a racheté la terre, elle est a lui, il la gardera, il y fera ce qu'il veut
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y faire. Ses disciples y vivront, y prêcheront, y mourront; l'enfer n'en arrachera pas leurs ossements, qui sont une semence. Allez par tout l'univers, prêchez l'Evangile à toute créature. Celui gui croira, et sera baptisé, sera sauvé; mais celui gui ne croira pas sera condamné (S. Marc, xvi, 15 et 16).
Qui non crediderit condemnabitur. Que deviennent vos systèmes, esprits larges et tolérants, qui trompez les hommes et les perdez, en leur persuadant qu'ils ont le choix de leur religion ? Effacez d'abord cette parole du saint Evangile, ou attendez-vous à la juste colère de Celui qui l'a prononcée, et saura la tenir. Le ciel et la terre passeront, mais les paroles de Jésus-Christ ne passeront pas sans avoir leur entier accomplissement.
Hors de l'Église, point de salut.
Ce principe, sur lequel aucun catholique ne peut avoir de doute, donne une réponse sans réplique aux partisans de l'indifférentisme au second degré ; c'est-à-dire, à ceux qui, sans affirmer nettement que toutes les religions sont également bonnes, salutaires et agréables à Dieu, voudraient élargir la voie du salut, dans le but charitable d'y voir passer un plus grand nombre d'âmes. Ayons bon espoir, disent-ils ; s'il n'est pas certain que l'on se sauve en dehors de l'Église catholique, c'est peut-être probable.
Accordons-leur un instant ce qu'ils demandent, à savoir la possibilité et la probabilité du salut en dehors de l'Église; que seront-ils en droit d'en conclure? Que ceux qui ne sont pas catholiques doivent rester tranquilles dans une religion, où peut-être ils peuvent se sauver, mais où peut-être aussi ils ne peuvent pas se sauver? Ce serait une extrême imprudence. Point de peut-être, quand il s'agit de fixer son sort pour l'éternité ! Du moment que, chez nous, de l'aveu de nos adversaires, on a certainement les moyens de se sauver, et que partout ailleurs on trouve peut-être ces moyens, mais seulement peut-être, la simple raison fait un devoir à tous les hommes de venir chez nous.
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Mais, en dehors de l'Eglise, le peut-être n'existe pas. Il est certain que Jésus-Christ oblige tous les hommes à embrasser le christianisme, à croire et à pratiquer l'Évangile, et cela sous peine de damnation éternelle : Qui non crediderit, condemnabitur. En d'autres termes, pour employer l'axiome justement consacré : Hors- de l'Église point de salut, ni certain, ni probable, ni possible.
Cet axiome, ou mieux ee dogme, entendez-le comme l'Église l'entend, et vous verre/, qu'elle ne resserre pas la voie du salut, mais la laisse aussi large que Dieu l'a faite.
Nous reconnaissons trois manières d'appartenir à l'Église catholique. Les uns appartiennent en même temps au corps et ù l'âme de l'Église : tous ceux qui ont reçu le baptême dans son sein, et observent exactement tout ce qu'elle déclare nécessaire au salut; par conséquent, tous les catholiques en état de grâce. D'autres appartiennent au corps de l'Eglise, et non à son âme : tous les catholiques dans l'état du péché ; chrétiens par leur baptême, ils ne le sont pas par leurs œuvres, et leur baptême ne suffit pas pour les sauver. D'autres enfin n'appartiennent pas au corps de l'Église, ne lui ayant pas été incorporés par le baptême ; mais appartiennent à son âme, par la charité qui les unit à Dieu. Cette troisième classe d'hommes, sans doute assez nombreuse, comprend tous ceux qui, vivant dans l'ignorance invincible et l'impossi- . bilité morale de connaître la vraie Église, ont cependant la foi surnaturelle aux vérités absolument nécessaires, observent la loi naturelle, aiment Dieu selon qu'ils le connaissent, sont disposés à lui obéir s'ils reçoivent quelques ordres en son nom. Par cet amour de Dieu ils accomplissent implicitement toute la loi.
Ainsi l'Église catholique se réjouit d'avoir un grand nombre d'enfants, inconnus d'elle, mais connus de Dieu, parmi les hérétiques, les schismatiques, même les infr
dèles ; matériellement et par les dehors ils sont dans l'hérésie, dans le schisme ou dans l'infidélité ; mais réellement et devant Dieu, à cause de leur bonne foi, ils se trouvent dans la vraie Église et dans la voie du salut.
Saint Augustin, écrivant à plusieurs chefs Donatistes, pour réfuter leurs erreurs, croit pouvoir les saluer du nom de frères très-aimcs, et il en donne la raison au commencement de sa lettre : (1) C'est qu'il ne les croit pas obstinés et opiniâtres dans leurs erreurs. Or, dit-il, ceux qui ne soutiennent pas avec opiniâtreté leurs doctrines, si fausses et si perverses qu'elles soient, mais cherchent sincèrement la vérité, décidés à la suivre quand ils la connaîtront, ceux-là ne doivent aucunement être rangés parmi les hérétiques ; surtout s'ils ne sont pas les auteurs de ces fausses doctrines, mais s'ils les ont reçues de leurs parents abusés et séduits.
La situation de ces âmes égarées, mais de bonne foi, s'appelle infidélité négative. Elle n'est pas un péché, d'après l'enseignement catholique, et ne place pas en dehors de la voie du salut. Et remarquez-le, la vérité catholique est ici plus tolérante que l'hérésie des Baïus, des Luther et des Calvin, d'après lesquels l'infidélité, quelle qu'elle soit, est un crime damnable, Dieu punissant l'infidèle, lisez celui qui n'a pas la même foi que ces hérétiques, non-seulement du mal qu'il fait sans vouloir le faire, mais encore du bien qu'il s'efforce de faire.
(1) « Dominis dilectissimis et merito prœdicandis fratribus Giono Eleusio, Felicibus, Grammalico, et ceteris omnibus quibus hoc gratum
est, Augustinus Qui sententiam suam, quamvis t'alsam atque
perversam, nulla pertinaci animositate defendunt, praeserlim quam non audacia praesumpiionis suœ pepererunt, sed a seductis atque in errorem lapsis parenlibus acceperunt, quaerunt autem cauta sollicitudine yeritatem, corrigi parati, cum invenerint; uequaquam sunt inier \v<areticos deputandi. Taies ergo vos nisi esse crederem, nullas fortasse vobis liiteras mitlerem ,, » etc. (Epist, 43, cap. 1 ; Pairol. Migne, lome xxiu, page 159.)