Ibid., 1, 29k
l’église et les libertés
s’attache à démontrer la vérité contraire. Il procède généralement ainsi. Cette méthode facilite la compréhension d’une doctrine.
Le développement de sa thèse l’amène à tracer ce tableau de la cité humaine, soumise à l’ordre établi par le Créateur: «Celui qui a créé et gouverne toutes choses les a disposées, dans sa prévoyante sagesse, de manière à ce que les inférieures atteignent leur fin par les moyennes et celles-ci par les supérieures. De même donc qu’il a voulu que, dans le royaume céleste lui-même, les chœurs des anges fussent distincts et subordonnés les uns aux autres,de même encore qu’il a établi dans l’Église différents degrés d’ordre avec la diversité des fonctions, en sorte que tous ne fussent pas apôtres, ni tous docteurs, ni tous pasteurs, ainsi a-t-il constitué dans la société civile plusieurs ordres différents en dignités, en droits et en puissances, afin que l’État, comme l’Église, formât un seul corps composé d’un grand nombre de membres, les uns plus nobles que les autres, mais tous nécessaires les uns aux autres et soucieux du bien commun C 1 ). »
Heureux le peuple qui transporterait cet ordre dans le domaine social et politique. Il offrirait au monde le spectacle de la cité de l’ordre. Elle contraste singulièrement avec la cité du désordre sans issue, imaginée par Rousseau et les politiciens qui s’approvisionnent chez lui de pensées.
Léon XIII promulgua, le 29 juin 1881, son encyclique Diuturnum. Il y expose les principes fondamentaux de toute politique sérieuse, tels que l'Église les a toujours enseignés. La doctrine romaine
1 Ouvr. cit ., 33 - 36 .
LES PAPES ET LA CONTRE-RÉVOLUTION
s’appuie sur les arguments que le bon sens humain a suggérés aux meilleurs philosophes de l’antiquité. On ne peut rien concevoir de plus raisonnable. Les erreurs du XVIIIe siècle y sont réfutées avec force et autorité.
L’encyclique Immortelle Del du 1er novembre 1885 est plus complète encore; elle oppose au droit nouveau de l’État laïcisé, inauguré par la Révolution, le droit traditionnel de la constitution chrétienne des États. Le Pape n’a nulle part poussé plus loin la critique des doctrines révolutionnaires que dans l’encyclique Libertas , du 20 juin 1888; c’est le Syllabus exposé et commenté en une thèse de haute allure. La pensée est aussi lumineuse que l’expression.
Il commence par une définition claire de la liberté; puis il dit ce que sont les libéraux, des hommes confondant la liberté avec une absurde licence. Voici comment il apprécie le Libéralisme: « Ce que sont les partisans du naturalisme et du rationalisme en philosophie, les fauteurs du libéralisme le sont dans l’ordre moral et civil, puisqu’ils introduisent dans les mœurs et la pratique de la vie ces principes posés par les partisans du naturalisme. »
Toutes les erreurs politiques de notre époque coulent de cette source. «Car, une fois cette conviction fixée dans l’esprit que personne n’a d’autorité sur l’homme, la conséquence est que la cause efficiente de la communauté civile et de la société doit être cherchée, non pas dans un principe extérieur ou supérieur à l’homme, mais dans la libre volonté de chacun, et que la puissance publique émane de la multitude comme de sa source première; en outre, ce que la raison individuelle est pour l’individu, la raison collective doit l’être pour la collectivité des affaires publiques; de là, la puissance appartenant
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au nombre, et les majorités créant seules le droit et le devoir ( x ). »
Je laisse de côté la réfutation qu’il fait de ce système au nom de la raison et de la foi, pour faire remarquer rinsistance avec laquelle il le nomme Libéralisme. C’est le nom qui lui convient le mieux. Ce n’est pas Léon XIII qui le lui a donné. Il avait cours depuis longtemps parmi les libéraux. Rome en reconnaît l’usage par l’emploi qu’elle en fait dans ses documents officiels. Les Catholiques n’ont qu’à laisser à ce terme sa signification, sans songer à lui donner un autre emploi.
Le Pape prend plaisir à montrer les contradictions du Libéralisme. Il le fait avec fermeté et sagesse: « D’une part, les partisans du Libéralisme s’arrogent à eux-mêmes, ainsi qu’à l’État, une licence telle qu’il n’y a point d’opinion si perverse à laquelle ils n’ouvrent la porte ni ne livrent passage; de l’autre, ils suscitent à l’Église obstacle sur obstacle, confinant sa liberté dans les limites les plus étroites qu’ils peuvent... En même temps qu’ils attribuent à l’État un pouvoir despotique et sans limite, ils proclament qu’il n’y a aucun compte à tenir de Dieu dans la conduite de la vie, ne reconnaissent pas du tout cette liberté dont nous parlons et qui est unie intimement à l’honnêteté et à la liberté, et ce qu’on fait pour la conserver, ils l’estiment fait à tort et contre l’État ( 1 2 ). »
Ces contradictions resteront toujours la tare honteuse du Libéralisme. Elles n’existent pas seulement dans les idées; on les retrouve dans les actes. Il n’est pas de tyran plus odieux qu’un libéral. Il possède l’art d’étrangler, au moral et au physique, quiconque ose parler et penser autrement que lui.