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TROISIÈME LEÇON

La révolution italienne. — La monarchie Sarcle. — Les sociétés secrètes. — L’encyclique Humanum genus. — La civilisation moderne. — Le régime des concessions. — Intransigeance apostolique.

Pie IX a vu, de ses yeux, le triomphe de la Révolution en Italie. Sera-ce un triomphe définitif? Il est permis d’en douter. Car les erreurs qu’elle introduit dans la vie politique des peuples sont si dangereuses qu’il faut s’attendre à toutes les réactions de la nature. Et ces réactions ne peuvent se passer de leur auxiliaire habituel, le temps.

La péninsule italienne était partagée, au dix-huitième siècle, en plusieurs états indépendants. Us avaient tous une constitution chrétienne. Le plus ancien et le plus respectable était certainement l’État pontifical.

Les armées révolutionnaires franchirent les Alpes. Les souverains légitimes furent dans l’impuissance de leur résister. Le Pape se vit traiter comme les autres. Napoléon 1er continua, en l’organisant à son profit, ce travail de destruction. L’Italie passa ainsi sous la dépendance de la République française, en attendant d’être soumise à Bonaparte et aux membres de sa famille.

Il y eut, des deux côtés des Alpes, même législation et mêmes erreurs. Cependant le mal en Italie était moins profond que chez nous. Aussi, après la chute de Napoléon 1er, les restaurations se firent-

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elles plus rapidement. Leur caractère contre-révolutionnaire fut très accentué.

Ce n’était pas néanmoins un retour pur et simple à l’ordre détruit par la grande catastrophe. Il y avait des ruines irréparables. Des faits accomplis s’imposaient avec toute leur brutalité. Surtout les bouleversements opérés dans les esprits échappèrent à l’action des restaurateurs. Des vérités étaient oubliées et des erreurs, acquises. Les intelligences avaient perdu la rectitude et elles étaient désormais rebelles à toute discipline. La même anarchie saisissait les volontés. On ne relève pas aisément de telles ruines morales.

Les restaurations eurent lieu quand même. Mais il resta une agitation qui, tantôt sourde, tantôt éclatante, continua sans être interrompue Les idées révolutionnaires bouillonnaient dans les cerveaux et elles mettaient les passions en tempête.

Les émancipateurs des peuples ne manquèrent pas. Ils savaient parler et écrire. Leur programme conservait, avec une scrupuleuse fidélité dans ses articles, les maximes et les prétentions des novateurs du dix-huitième siècle. Les philosophes se mirent de la partie pour augmenter ce trésor d’erreurs. Des hommes d’action assumèrent la tâche de les faire prévaloir. Ils réussirent à s’organiser fortement. Il devait surgir tôt ou tard une puissance politique, capable d’exploiter à son avantage cette poussée mal contenue des esprits et des cœurs.

Lorsque cette rencontre de la force politique et de l’idée s’est faite, tout devient possible. L’heure des grandes transformations a sonné. La sagesse consiste à la prévoir, à l’attendre et, quand on le peut, à la préparer. Les chefs de l’opinion révolutionnaire en avaient conscience. Aussi se bornèrent-ils à une propagande acharnée. Elle s’exerça dans tous les milieux. Le clergé n’y échappait point.

Ce travail de destruction se poursuivait à la façon des mines. Il s’effectuait dans l’ombre et le silence, comme sous terre. Le public ne put le soupçonner. Ceux qui le dirigeaient étaient décidés à ne rompre le mystère qu’au moment du succès certain. Ils ne furent nulle part aussi actifs et aussi habiles qu’à Rome.

La révolution eut pour la servir et propager ses idées des hommes versés dans l’art de confectionner l’opinion. Ils savaient ménager le rythme d’une marche en avant. Sans jamais reculer, c’est-à-dire sans renoncer au moindre article de leur programme, ils excellaient à taire une revendication susceptible d’effaroucher les esprits.

La pratique du dosage des erreurs à répandre est pour les trois quarts dans un succès. Un silence mesuré, parce qu’il est voulu, permet de brouiller l’opinion et de la conduire au point où une déclaration sera enfin possible. Il y a un art qui consiste à ne livrer de sa pensée que juste le nécessaire, afin de mieux conduire les hommes à son but. La plupart des obstacles sont ainsi écartés ou évités.

On use avec intelligence de mots fatidiques, qui sonnent creux et fort. Us n’ont aucune signification précise; par conséquent, ils se prêtent à toutes les équivoques. On peut les employer partout et à ce que l’on veut. Leur fortune vient de leur correspondance à un idéal que chacun porte en soi sans le savoir. Cet idéal subconscient cherche une formule par laquelle il puisse s’exprimer. Ces mots la lui présentent. Il s’accroche à eux et il entraîne avec lui ceux qu’il domine et tourmente.

Rien n’est plus facile que cette opération. Voilà des années que les libéraux de toutes nuances l’effectuent. Les résultats arrivent toujours les mêmes.

Ce mot leur sert d’appât. Iis lui imposent un

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sens qui est un article de leur programme. Celui à qui il est destiné ne s’en doute d’aucune façon. Il lui suppose même une portée toute contraire. C’est ce qui le pousse à le flairer d’abord, puis à l’avaler. Il croit absorber une idée ; et il en ingurgite une autre. Celle-ci n’entre pas seule. Elle a toute un cortège inévitable de pensées.

Les erreurs sont les anneaux d’une chaîne. Qui en prend un est condamné à traîner tous les autres. La chaîne suit. C’est ce qui arrive avec les mots progrès , liberté , peuple souverain , démocratie , etc. Ceux qui les lancent ne l’ignorent pas. Ces mots obtiennent juste l'effet auquel ils visent.

Ce travail souterrain était déjà fort avancé lorsque Pie IX ceignit la tiare. Il ne s’en doutait pas. Ces mots, en effet, le séduisirent. Il crut y reconnaître une signification acceptable. On sait le reste.

Les belles apparences disparurent vite et la réalité apparut ce qu’elle était: affreuse. C’était la révolution, ni plus ni moins. Le Pape ne fut pas le seul à tirer profit de cette expérience. Il comprit les dangers du Libéralisme. La société chrétienne se trouva par lui et avec lui mise en garde.

Cependant les fautes commises ne pouvaient être réparées immédiatement. C’est le cas des fautes politiques. Bon gré mal gré, il faut en subir les conséquences. Personne n’est de force à en arrêter le cours. ;

L’exemple donné par le Pape contribua à diminuer l’opposition pratique au Libéralisme. Les monarchies les mieux constituées de la péninsule furent désemparées, lorsque les révolutions de l’année 1848 agitèrent dans une même commotion les États catholiques de l’Europe. Le roi de Sardaigne, Char-

L r ENCYCLIQUE « QUANTA CURA »

les- Albert, prince pieux et contre-révolutionnaire, dut céder. Son fils Victor-Emmanuel lui succéda. Mais son royaume avait perdu sa constitution traditionnelle.

Cette réforme politique fit reculer ce pays au point où la révolution de juillet 1830 avait établi la France. Il eut une monarchie libérale avec un Parlement électif et des ministres responsables. C’est à la faveur de cette constitution que le Piémont fut amené à conquérir l’Italie à la politique révolutionnaire, l’homme d’État, qui fut avec Bismark le plus redoutable ennemi de l’Église catholique dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, Cavour, en usa comme d’un instrument monté à sa convenance.

L’Italie contemporaine est, en grande partie, son œuvre; et c’est une Italie à la 1789.

Pour comprendre l’attitude du Pape Pie IX après son retour de Gaëte, il est nécessaire de rappeler la manière dont se fit la préparation des événements de 1848 et de ceux qui suivirent.

L’agitation révolutionnaire des esprits éclata dans des soulèvements locaux, en 1820 et en 1831. Il n’y eut alors ni organisation commune ni programme arrêté. Mazzini se chargea de mettre quelque unité dans ces entreprises de destruction. Il créa à cette fin la Jeune Italie , qui fut bientôt suivie de la Jeune Europe.

Ces sociétés réussirent à étendre le mouvement révolutionnaire. C’en fut assez pour imposer l’esprit et la volonté du puissant créateur. Il rêvait de républiques universelles et de grandes démocraties. De nombreux Italiens s’associèrent à son enthousiasme. Ses adeptes appartenaient généralement à la noblesse et à la bourgeoisie anticléricales. Il

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y avait des médecins, des avocats, des professeurs et des officiers. Leurs premières tentatives n’eurent aucun résultat tangible. Cet idéal démocratique et républicain ne présentait encore aux foules rien qui pût les captiver. Elles n’étaient pas prêtes.

Une idée nouvelle fut bientôt mise en avant. Les poussées révolutionnaires s’aggrégèrent autour d’elle^ parce que l’opinion parvenait mieux à la saisir. Ce fut un prêtre, Gioberti, qui en parla le premier. Il se fit, en 1843, l’apôtre de l’unité italienne. Sa voix trouva des échos multiples. Le sentiment national s’éveilla aussitôt. Il correspondait à des aspirations latentes, communes à des membres de toutes les classes sociales. Ce mouvement prit une extension imprévue: on eût dit un peuple qui voulait sortir du sépulcre. De là le nom resté populaire de Risorgimento , que l’histoire a conservé.

Cet idéal n’était pas forcément révolutionnaire. Il fut accepté par des prêtres et des catholiques sincères. Rien cependant ne devait contribuer autant à mettre l’Italie sous le joug de la révolution et de ses doctrines. Il présentait au Piémont, aux Libéraux et aux Sociétés Secrètes un moyen facile de s’entendre et d’agir sur l’opinion et sur les événements. C’est contre ces forces coalisées que Pie IX dut entrer en lutte.

Ce mal sévissait ailleurs qu’en Italie. On constatait ses progrès en France, en Allemagne et en Espagne. Les formes diverses, qu’il prenait dans chaque pays pour s’adapter au tempérament national et aux circonstances politiques, ne l’empêchaient pas de rester extraordinairement un.

Ses symptômes eurent d’abord un caractère intellectuel. C’étaient des idées, qui se manifestaient dans des livres, des articles de journaux ou des discours. Elles éclataient parfois en actes révolutionnaires ou même en actes de gouvernement. On y reconnais-

sait toutes les révoltes dirigées depuis un demisiècle au moins contre l’Église et l’ordre politique chrétien.

Il y avait les élucubrations lourdes et obscures de professeurs, enseignant dans les Facultés de théologie des Universités allemandes, les prétentions quasi schismatiques de quelques gouvernements appuyées par des légistes et des canonistes d’une autorité douteuse, les systèmes philosophiques et politiques issus des erreurs de Rousseau.

Tous étaient d’accord pour inscrire en tête de leur programme la négation ou, tout au moins, la diminution de la puissance de l’Église romaine et de l’ordre social chrétien. Pie IX était personnellement visé. Il ne pouvait garder le silence devant un ennemi qui parlait et qui agissait.

La propagande des idées ne put satisfaire longtemps les partisans de la révolution. Us réclamèrent bientôt des conquêtes territoriales, les armes à la main. Ils voulurent renverser des institutions. Les législateurs offrirent leur concours pour abolir des droits séculaires.

Les territoires conquis appartenaient à l’Église romaine. Les institutions détruites étaient souvent ecclésiastiques. Et les droits abrogés fréquemment étaient sacrés. Le Souverain Pontife n’avait qu’une chose à faire: affirmer très haut les droits violés, dénoncer sans crainte les progrès de l’erreur et les triomphes de l’injustice.

Rien ne le déconcerta. Toutes les occasions lui semblèrent bonnes pour élever ses protestations. Nous en avons un écho fidèle dans ses encycliques, ses lettres et ses discours. Il avait, par son éloquence, un grand empire sur les esprits. Il trouvait spontanément les mots qui caractérisent un homme et une situation. La presse donnait à sa parole un retentissement à travers l’Europe. On ne pouvait mieux

l’église et les libertés

démasquer une erreur ou les menées secrètes d’une action diplomatique.

Les catholiques applaudirent à cette franchise courageuse, qui ne reculait devant aucune responsabilité. Ceux que les traits lancés par Pie IX atteignaient en plein visage avaient des sentiments tout autres. Ils trépignaient de colère.

On peut donc suivre les progrès de la révolution en Italie et en France avec les discours prononcés au Vatican.

Le Souverain Pontife comprit de bonne heure la part que les Sociétés secrètes prenaient à ce travail de destruction. Elles restaient fidèles à la méthode qui leur avait si bien réussi en France au dix-huitième siècle. La révolution fut leur œuvre.

Les Loges maçonniques, ouvertes à la foule des badauds et des curieux, ne furent pas celles qui fournirent la coopération la plus active. Derrière elles et à leur insu, fonctionnaient, sous des noms très divers, des sociétés de pensée. Une ombre impénétrable était habilement entretenue autour de leurs réunions. On y faisait les besognes utiles. Les Loges furent supprimées pendant une partie de la révolution française. Les sociétés de pensée continuèrent sans la moindre interruption. La plupart se transformèrent en clubs. C’est de là que sortirent tous les projets révolutionnaires et les hommes capables de les exécuter.

Ces sectes ne fonctionnaient pas seulement en France. Les provinces rhénanes, la Bavière, les Pays- Bas, l’Espagne et l’Italie avaient eu les leurs. Elles furent partout l’armée occulte et disciplinée de la révolution, menant contre l’Église catholique une campagne acharnée. Ceux qui négligent ce facteur

des événements s’exposent à ne rien comprendre dans notre histoire contemporaine.

Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, les Papes parlèrent en précurseurs. Les dangers qu’ils dénoncèrent les premiers menaçaient la société civile autant que la société religieuse.

Les chefs d’État feignirent de ne point écouter leurs avis. Cette légèreté devait leur coûter cher.

Le premier document anti maçonnique émanant du Saint-Siège porte la date du 28 avril 1738. Il est de Clément XII. Le secret absolu, dans lequel cette secte s’enveloppe, lui paraît être pour les gouvernements très dangereux; car, si l’on tient tant à se cacher, c’est évidemment pour faire du mal. On veut le faire en toute sécurité. En conséquence, il interdit, sous peine d’excommunication, aux fidèles de s’agréger à ces sociétés occultes. Benoît XIV renouvela cette défense, le 16 mars 1751.

Pie VII et Léon XII revinrent à la charge. Ils visaient plus spécialement les sociétés connues en Italie sous le nom de Charbonnerie. Leurs membres se nommaient Carbonari . Elles s’étaient constituées dans le but de conserver et de répandre les idées de la révolution et de continuer la guerre à l’Église et à son clergé:

« Tout prouve, écrit Pie VII, que les Carbonari ont principalement pour but de propager l’indifférence en matière de religion, le plus dangereux de tous les systèmes; de donner à chacun la liberté absolue de se faire une religion suivant ses penchants et ses idées; de profaner et de souiller la Passion du Sauveur par quelques-unes de leurs coupables cérémonies; de mépriser les Sacrements de l'Église et même les mystères de la religion catholique ; enfin de renverser ce Siège apostolique, contre lequel, animés d’une haine toute particulière, à cause de la primauté

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de cette chaire, ils trament les complots les plus noirs et les plus détestables C 1 ). »

Ces sociétés pullulaient dans la péninsule. Leurs vocables se diversifiaient au point de déconcerter. Elles recouraient à tous les moyens: révoltes, incendies, pillages, assassinats. C’était bien l’armée permanente de la révolution. Les Papes remarquèrent surtout les ravages qu’elles exerçaient dans les esprits. Voici ce qu’en écrit Léon XII :

« Les ouvrages que leurs membres ont osé publier sur la religion et la chose publique, leur mépris pour l’autorité, leur haine pour la souveraineté, leurs attaques contre la divinité de Jésus-Christ et l’existence même d’un Dieu, le matérialisme même qu’ils professent, leurs codes et leurs statuts, qui démontrent leurs projets et leurs vues, prouvent ce que nous avons rapporté de leurs efforts pour renverser les princes légitimes et pour ébranler les fondements de l’Église; et, ce qui est également certain, c’est que ces différentes associations, quoique portant diverses dénominations, sont alliées entre elles pour leurs infâmes projets ( 2 ). »

Léon XII aurait voulu engager les princes chrétiens dans une croisade contre la Maçonnerie. Les raisons qu’il leur donne sont péremptoires : « Ceux qui font partie de ces associations ne sont pas moins ennemis de votre puissance que de la religion. Ils attaquent l’une et l’autre et désirent également les voir renversées; et, s’ils le pouvaient, ils ne laisseraient subsister ni la religion ni l’autorité royale. » L’accord entre les chefs d’État et le Saint-Siège serait nécessaire pour mener cette campagne avec quelque chance de succès. Les Sociétés secrètes en

1. Encyclique du Pape Pie Vil, Ecclesiam , contre le carbonarisme, 13 septembre 1821.

2. Bref du Pape Léon XII contre la société dite des Francs-maçons, 13 mars 1826.

sont convaincues. Aussi s’efforcent-elles d’accumuler les malentendus dans l’espoir de troubler les relations de l’Église et de l’État. Cette tactique est très habile, on ne saurait le nier.

« Telle est la perfidie de ces hommes astucieux que, bien qu’ils forment des vœux secrets pour renverser votre puissance, ils feignent de vouloir l'étendre. Ils essaient de persuader que notre pouvoir et celui des évêques doivent être restreints et affaiblis par les princes, et qu’il faut transférer à ceux-ci les droits tant de cette Chaire Apostolique et de cette Église principale que des évêques, appelés à partager notre sollicitude. Ce n’est pas la haine seule de la religion qui anime leur zèle, mais l’espoir que les peuples soumis à votre empire, en voyant renversées les bornes posées dans les choses saintes par Jésus- Christ et son Église, seront amenés facilement par cet exemple à changer ou à détruire aussi la forme de gouvernement. »

Léon XII ne se trompait point. L’histoire de nos révolutions politiques en France vérifie, l’une après l’autre, toutes ses affirmations. Il en est de même en Italie. Des faits multiples vinrent ainsi fortifier ces premières expériences de la Cour romaine. Aussi l’anti-maçonnisme y passa-t-il bientôt à l'état de tradition. Grégoire XVI, pour son compte, ne s’en départit jamais.

Pie IX eut sans cesse les yeux fixés sur ces phalanges infernales. Il ne manqua pas une occasion de les dénoncer. Cette action ininterrompue et les idées émises pour l’appuyer aboutirent à la formation d’une tactique et d’un corps de doctrine, que nous trouvons magistralement exposés dans l’encyclique Humanum genus de Léon XIII, du 10 avril 1884.

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l’église et les libertés

Nous n’avons rien d’aussi complet sur la Maçonnerie et les Sociétés Secrètes.

Le dessein qu’elles poursuivent est défini en ces termes: « Il s’agit pour les Francs-Maçons — et tous leurs efforts tendent à ce but — il s’agit de détruire de fond en comble toute la discipline religieuse et sociale, qui est née des institutions chrétiennes, et de lui en substituer une nouvelle, façonnée à leurs idées, et dont les principes fondamentaux et les lois sont empruntés au naturalisme. »

On y retrouve dans son ensemble le plan des hommes de la révolution. Les Francs-Maçons en poursuivent l’exécution, article par article, avec une méthode rigoureuse. Rien ne les arrête.

Leur action publique se rattache à une école, où tout est prévu. Ils ont un système politique à eux. C’est celui de Rousseau et des Encyclopédistes: « Voici quels sont en cette matière les dogmes des naturalistes: les hommes sont égaux en droit; tous, et à tous les points de vue, sont d’égale condition. Étant tous libres par nature, aucun d’eux n’a le droit de commander à un de ses semblables, et c’est faire violence aux hommes que de prétendre les soumettre à une autorité quelconque, à moins que cette autorité ne procède d’eux-mêmes. Tout pouvoir est dans le peuple libre; ceux qui exercent le commandement n’en sont les détenteurs que par le mandat ou par la concession du peuple; de telle sorte que, si la volonté du peuple change, il faut dépouiller de leur autorité les chefs de l’État, même malgré eux... En outre, l’État doit être athée. »

On reconnaît là le programme démocratique de la Révolution, que la Maçonnerie a imposé à diverses nations. Le type qui le réalise le mieux est sans aucun doute la République française.

Nous ne saurions ajouter aux enseignements de Léon XIII que les leçons d’expérience politique don-

nées par les événements depuis cette époque. La France a pu les recevoir. L’Espagne et le Portugal assistent à leur répétition. Cette confirmation par les faits augmente singulièrement leur force persuasive Les défiances qui entretiennent les préjugés antireligieux disparaissent ainsi peu à peu. Les exigences de l’intérêt national se manifestent alors sans que rien vienne les voiler. On s’aperçoit que les Sociétés Secrètes sont un danger continuel et très grave pour le pays. Elles font, en France, cause commune avec les Juifs, les Métèques et les Protestants. Ces ennemis de l’intérieur leur doivent une grande partie de leurs succès.

Leurs antres cachent toutes les opérations honteuses de la trahison et de la police inavouable. L’opinion publique devra céder devant le nombre et la force des preuves. Les Francs-Maçons en ont trop fait. A l’heure présente, le Nationalisme emprunte à la Papauté son langage. Une fois de plus, les Papes ont vu et parlé les premiers. Les chefs des classes laborieuses comprennent déjà la mystification, à laquelle la Maçonnerie donne son concours. La Société Secrète leur apparaît comme l’instrument dont le Juif se sert pour diviser les Français et pour imposer ensuite au pays troublé sa puissance et sa fortune. On entrevoit le moment où les ouvriers, sortis enfin des rêves exaltés et entretenus par le Socialisme et la Démocratie, prendront à leur compte les thèses romaines. I { • : j i

Nous en verrons bien d’autres. Cela n’est point de nature à nous étonner. L’intérêt politique raisonnablement envisagé rend lumineuses, dans l’Église comme dans l’État, les mêmes vérités.

Il serait long et inutile de résumer les encycliques

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de Pie IX et ses allocutions consistoriales. Le Syllabus en contient la substance. Il nous suffira donc de lire et d’étudier ses propositions. Tout y est.

Peu après la promulgation de ce recueil, l'éditeur Cliantrel eut l’heureuse idée de réunir en un seul volume les actes auxquels le Souverain Pontife avait eu recours. Il lui donna pour titre: Les actes pontificaux cités dans V Encyclique et le Syllabus du 8 décembre 186k, suivis de divers autres documents ( x ). Ce sont les sources directes du Syllabus.

Il y a dans ce recueil une allocution, qui doit être remarquée. Elle fut prononcée par Pie IX au Consistoire du 18 mars 1861. On y trouve quelques unes des idées directrices de son enseignement. Il débute en ces termes :

« Depuis longtemps déjà, nous sommes témoins des agitations, dans lesquelles on jette la société civile, surtout à notre malheureuse époque, par la lutte violente que se livrent des principes opposés, la vérité et l’erreur, la vertu et le vice, la lumière et les ténèbres. Car certains hommes favorisent, d’une part, ce qu’ils appellent la civilisation moderne; d’autres, au contraire, défendent les droits de la justice et de notre sainte religion. Les premiers demandent que le Pontife romain se réconcilie et se mette d’accord avec le Progrès , avec le Libéralisme (ce sont leurs expressions), en un mot avec la civilisation moderne. Mais les autres réclament, avec raison, que les prin cipes immobiles et inébranlables de l’éternelle justice soient conservés sans altération; ils réclament que l’on garde intacte la force salutaire de notre divine religion, qui peut seule étendre la gloire de Dieu, apporter des remèdes salutaires aux maux qui affligent l’humanité et qui est l’unique et véritable règle, par laquelle les enfants des hommes

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