Les actes pontificaux
l’église et les libertés
justice. Pendant qu’elle accorde des subsides aux institutions et aux personnes non catholiques, cette civilisation dépouille l’Église catholique de ses possessions les plus légitimes et emploie tous ses efforts à amoindrir l’autorité salutaire de cette Église. Enfin, tandis qu’elle donne liberté entière à tous les discours et à tous les écrits qui attaquent l’Église et ceux qui lui sont dévoués de cœur; tandis qu’elle excite, nourrit et favorise la licence, en même temps elle se montre réservée et peu empressée à réprimer les attaques violentes parfois, dont on use envers ceux qui publient d’excellents ouvrages, et elle punit, même avec la dernière sévérité, les auteurs de ces ouvrages, lorsqu’ils paraissent dépasser le moins du monde les bornes de la modération. »
La civilisation moderne, qui est en jeu, se confond avec les régimes politiques issus de la révolution et s’en tient à ses principes directeurs erronés. S’y méprend qui veut. Dans ces conditions, « le Souverain Pontife pourrait-il donc tendre une main amie à une pareille civilisation et faire sincèrement pacte et alliance avec elle? » Poser le problème, c’est le résoudre.
« Qu’on rende aux choses leur véritable nom, et le Saint-Siège paraîtra toujours constant avec lui-même. En effet, il fut perpétuellement le protecteur et l’initiateur de la vraie civilisation; les monuments de l’histoire l’attestent éloquemment. Dans tous les siècles, c’est le Saint-Siège qui a fait pénétrer dans les contrées les plus lointaines et les plus barbares de l’univers la vraie humanité, la vraie discipline, la vraie sagesse. Mais, si, sous le nom de civilisation, il faut entendre ce qui a été inventé précisément pour affaiblir et peut-être même pour renverser l’Église;
non, jamais le Saint-Siège et le Pontife Romain ne pourront s’allier avec une telle civilisation. »
Pie IX énumère, les uns après les autres, tous les griefs de l’Église Romaine contre les partisans de cette politique nouvelle. Le Catholicisme n’a pas d’adversaires plus acharnés.
Le mal qu’ils ont accompli et qu’ils ne cessent de faire est encore aggravé par leur cynisme. Car, « après avoir ainsi insulté à la religion qu'ils invitent hypocritement à se mettre d’accord avec la civilisation d’aujourd’hui, ils ne craignent pas de nous presser, avec la même hypocrisie, de nous réconcilier avec l’Italie, c’est-à-dire que, privés de presque toute notre principauté civile, ne soutenant le lourd fardeau du Pontificat et de la royauté qu’à l’aide de pieuses largesses que les enfants de l’Église nous envoient tous les jours avec la plus grande tendresse, tandis que nous nous voyons gratuitement en butte à lenvie et à la haine, par le fait même de ceux qui nous demandent une réconciliation, nous devrions encore déclarer, à la face de tous, que nous cédons aux spoliateurs la libre possession des provinces spoliées! Par quelle audace inouïe jusqu’à ce jour demanderaient-ils que ce Siège Apostolique sanctionnât l’enlèvement injuste et violent d’un bien, en donnant à celui qui l’a pris le pouvoir de le posséder tranquillement et honnêtement, et que l'on posât un principe aussi faux que de dire qu’un fait injuste, couronné par le succès, n’apporte aucun détriment à la sainteté du droit (}). »
Il faut avoir dans l’esprit et le caractère une mesure sans fond d’ignorance ou de faiblesse pour se faire illusion au point de croire ces concessions avantageuses. C’était cependant le cas des Catholiques libéraux. Ils avaient et ils ont l’optimisme incurable, dès qu’il s’agit des ennemis de l’Église.